● Courrier International 📅 20/04/2026 à 18:02

“On couche ensemble ?” Comment Google Calendar règne sur la vie sexuelle des étudiants américains

Géopolitique
Illustration
Dessin d’Arend Van Dam, Pays-Bas. [Cet article a été publié le 8 novembre 2025 et republié le 20 avril 2026] Au début de sa première année à l’université Cornell, Vanessa Long reçoit une invitation Google Calendar de la part d’un camarade de classe. “Rejoins-moi dans ma chambre ?” précise l’invitation, fixée à 22 heures. Elle clique sur “oui”, perplexe. Ce n’est que plus tard qu’elle se rend compte qu’il s’agit d’une interaction des plus banales sur le campus. L’étudiant en question voulait simplement passer du temps avec elle. À Cornell, les étudiants programment absolument tout sur “GCal”, ainsi qu’ils surnomment l’application. À lire aussi : Conciergerie. Sur les campus américains, des “deuxièmes mamans” à 425 dollars par an Vanessa cite quelques exemples : “L’heure à laquelle ils se couchent, l’heure à laquelle ils mangent, la pause où ils sortent prendre l’air cinq minutes et même les invitations à déjeuner à la seule cafétéria du campus, où l’on mange déjà tous les jours.” “Je pensais être la reine de l’organisation, mais j’ai vite compris qu’il y avait plus fort que moi ici”, confie-t-elle. Aucun événement n’est trop insignifiant Sur les campus universitaires américains, les étudiants ont pris l’habitude de planifier leurs journées et leurs semaines à l’aide de blocs de couleur. Aucun événement n’est trop court ou trop insignifiant pour y figurer et, en théorie, il n’y a aucun interdit. Certains étudiants utilisent même l’application pour se proposer un date. D’aucuns pensent que cela va trop loin et que cette frénésie calendaire élimine toute spontanéité en réduisant la vie à des créneaux horaires. D’autres affirment que ceux qui se créent un agenda de ministre veulent simplement que tout le monde sache à quel point ils sont occupés. À lire aussi : Vidéo. La ruée vers les sororités : la “Rush Week” ou le parcours des combattantes Kaitlin Martin, étudiante en dernière année à l’université Georgetown, estime que les événements qu’elle planifie sur GCal représentent en moyenne dix à douze heures de ses journées. “Cela commence généralement une heure avant le début des cours, pour finir avec ma dernière matière ou activité de la journée”, précise-t-elle. Kaitlin se sert de l’application pour planifier ses cours, ses repas, ses tâches de la journée et ses sorties entre amis. Quand elle prévoit quelque chose avec un autre étudiant de Georgetown, c’est souvent au moyen d’une invitation sur GCal. Pour elle, se contenter d’aller là où son agenda la mène est une aubaine. “Il y a tellement de choses à faire en permanence que je préfère ne pas avoir à y penser”, explique Kaitlin, et c’est possible. “Mon seul point de repère est de me dire : ‘Bon, voilà ma prochaine tâche.’” “Je n’ai plus à me souvenir de quoi que ce soit”, conclut-elle. Et plus si affinités Un soir, à la fin de sa première année au Williams College, Elijah Diallo discutait avec ses amis de la stratégie à adopter pour aborder une fille qui lui avait tapé dans l’œil en cours de théâtre. Soudain, une idée lui est venue : une invitation GCal ! C’est ce qu’il a fait, en la programmant vendredi soir à 23 h 30 avec, en guise de titre, un prosaïque : “On couche ensemble ?” “Elle a répondu ‘oui’, et je vous laisse deviner la suite”, raconte Elijah. Tous deux sont sortis ensemble le reste du semestre, mais leur idylle n’a pas duré. À lire aussi : La chronique du “New York Times”. Modern Love : “Comment le pire rendez-vous amoureux de ma vie est devenu le meilleur” “Quitte à faire le premier pas, autant que ce soit drôle”, justifie Elijah. “Au Williams College, Google Calendar a une telle place dans l’imaginaire collectif que je ne voyais pas meilleure option.” Elijah n’est pas le seul à mêler histoire de cœur et calendrier en ligne. Asuka Koda, étudiante à l’université Yale, nous confie que lorsqu’un camarade de classe lui a proposé de se voir un vendredi très chargé, elle lui a envoyé une capture d’écran de son calendrier pour qu’ils puissent s’organiser. “Il s’est intercalé dans un créneau très étrange, de 17 heures à 18 heures. Si j’y suis allée, c’est bien parce que c’était dans mon GCal”, s’amuse-t-elle. Il n’y a jamais eu de deuxième rendez-vous. Emploi du temps complet De telles prouesses calendaires sont devenues habituelles pour Asuka. Récemment, elle s’est rendue à New York et a posté une capture d’écran de son calendrier sur Instagram pour que ses amis bloquent des créneaux avec elle. “Résultat : j’avais un emploi du temps complet pendant quarante-huit heures”, assure-t-elle. À lire aussi : Psychologie. Le meilleur moyen de garder ses amis, c’est de s’imposer des rendez-vous réguliers Plus tard, Asuka a découvert que les étudiants de Yale pouvaient voir ses disponibilités dans l’application, ce qui permet de se passer des captures d’écran. Grâce à la fonctionnalité “planning de rendez-vous”, les étudiants d’une même université peuvent voir quand la plupart de leurs camarades sont occupés. Vivek Yarlagedda, étudiant de deuxième année à l’université Stanford, est submergé d’invitations pour toutes sortes d’événements, que ce soit des clubs étudiants ou des fêtes organisées par les fraternités. Il se dit préoccupé par cette tendance qui revient à “laisser les calendriers dicter nos vies”. Selon lui, certaines invitations à des événements étudiants sont même envoyées par Calendly, un site de prise de rendez-vous en ligne principalement utilisé par les entreprises pour les réunions et les entretiens d’embauche. “Envoyer à quelqu’un un lien Calendly avec un message du type : ‘on se capte ?’, c’est un peu contre-nature”, défend-il. À lire aussi : Idées. L’amitié doit rester “la plus libre de nos relations” “Du vent, et rien d’autre” ? Kyra Ariker, étudiante en dernière année à l’université du Michigan, regrette quant à elle que certains de ses camarades de promo se vantent de leurs calendriers surchargés. “C’est du vent et rien d’autre”, raille-t-elle. “Chaque minute de leur vie est consignée sur Google Calendar, comme s’ils ne pouvaient pas se brosser les dents sans le noter dans leur agenda.” Kyra, pour sa part, utilise Google Calendar pour les événements des clubs étudiants et des sororités, mais c’est à peu près tout. À lire aussi : Vidéo. Ces tiktokeuses qui planifient leur vie en fonction de leur cycle menstruel À la fin de son cursus au Williams College, l’anecdote d’Elijah Diallo avait fait le tour du campus, et il s’est même retrouvé à recevoir une invitation identique, avec la même proposition en titre : “On couche ensemble ?” A posteriori, il décrit sa réponse initiale comme la pire réponse possible : sa vie amoureuse était au plus bas à ce moment-là. Il avait donc cliqué sur “peut-être”. “C’était méchant”, reconnaît-il. Pris de remords, il avait envoyé un SMS à l’étudiante pour lui donner une explication, se souvient-il. “J’ai décliné l’invitation, mais je lui ai dit que l’idée était géniale et que je la respectais beaucoup.” Haley Zimmerman Lire l’article original Amour Éducation Amériques Sur le même sujet Psychologie. La clé du bonheur ? Se lever tôt, avant les premières lueurs de l’aube États-Unis. Les jeunes conservateurs ne font plus profil bas sur les campus américains Témoignages. Le choc culturel des Tunisiennes revenues au pays : “Je me suis sentie jugée” La pilule philosophique. Oui, j’ai parfois une furieuse envie de tout faire péter Source de l’article The Wall Street Journal (New York) C’est la bible des milieux d’affaires. Mais à manier avec précaution : d’un côté, des enquêtes et reportages de grande qualité, avec un souci de neutralité. De l’autre, des pages éditoriales très partisanes. Les chroniqueurs et le comité éditorial défendent, souvent avec virulence, les points de vue conservateurs, même si le titre a toujours maintenu une certaine distance vis-à-vis de Donald Trump. Récompensé par une quarantaine de prix Pulitzer, The WSJ est surtout apprécié pour ses analyses des marchés financiers et son suivi des tendances du management et des affaires. Depuis son rachat, en juillet 2007, par le groupe News Corp. de Rupert Murdoch, le quotidien a toutefois évolué vers une formule plus généraliste afin de rivaliser avec The New York Times. Un luxueux supplément sur l’art de vivre, baptisé WSJ Magazine, a vu le jour en septembre 2008. Installée dans le quartier financier de New York depuis sa création, en 1889, la rédaction a quitté Wall Street en 2008 pour s’établir un peu plus au nord, à Midtown, dans les locaux de News Corp. Elle comprend au total 1 800 journalistes répartis dans près de cinquante pays. Avec 468 000 abonnés papier à la fin du premier semestre 2024, The Wall Street Journal a le plus grand tirage des quotidiens aux États-Unis. Et même s’il est derrière The New York Times en termes d’abonnés en ligne, il comptait tout de même, à cette date, près de 4,3 millions d’abonnés au total (papier et web). Lire la suite Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Salzbourg en été : une scène à ciel ouvert Je découvre l’article → Paris Globe Festival Tentez de remporter un pass valable pour 2 spectacles au choix parmi la sélection du festival Paris Globe du 27 mai au 4 juin. Je tente ma chance → Éditions Drakoo Tentez de remporter un exemplaire de « Les enfants du bois » de Andrea Casaran aux éditions Drakoo. Je reçois ma bande dessinée →
← Retour