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📅 20/04/2026 à 17:22
"Nous sommes cuits": quand la bixonimanie, une maladie inventée pour piéger les IA, se répand comme une traînée de poudre… dans les publications scientifiques
Data Science
Inventée de toutes pièces par des chercheurs suédois, la bixonimanie s'est retrouvée citée par des intelligences artificielles… puis dans de véritables articles scientifiques. Et ce, pendant plusieurs mois. Une expérience qui révèle les failles croissantes de la production du savoir à l’ère de l’IA.Yeux irrités après avoir regardé un écran trop longtemps. Besoin compulsif de se frotter les paupières. Sensation de brûlure cutanée autour des orbites. Et, dans les cas les plus avancés, une forme supposée de lésions dermatologiques liées à l’exposition prolongée aux écrans. Voilà, en résumé, les "symptômes" de la bixonimanie. Une maladie... entièrement inventée.Tout commence en 2024 lorsqu'une équipe dirigée par la chercheuse suédoise Almira Osmanovic Thunström tente de faire exister une maladie qui n’a jamais existé autrement que sur le papier, rapporte Futurism. L'objectif? Tester la vulnérabilité des intelligences artificielles face à des publications scientifiques fictives.Les scientifiques créent alors la bixonimanie. Il s'agirait donc, en théorie, d'une affection cutanée fictive causée par le fait de fixer les écrans trop longtemps et de se frotter les yeux trop souvent."La bixonimanie est une exposition excessive à la lumière bleue à des longueurs d'onde de 500 à 700 nm, entraînant une hyperpigmentation des paupières, en particulier une teinte rose ou violette", assure l'étude. L’article en question, écrit par un "expert en bixonimanie", précise que la maladie toucherait les "personnes de plus de 35 ans présentant une carence en vitamine D" et entraînerait ainsi une modification de la structure cellulaire des paupières.Pour l’expérience, relatée par Nature, la chercheuse a notamment créé un faux chercheur du nom de Lazljiv Izgubljenovic avec de fausses photos de profil générées par IA et utilisé son nom pour publier deux "pre-prints", c’est-à-dire une version préliminaire d'un article scientifique. Le tout volontairement crédible dans la forme, mais truffé d’indices absurdes dans le fond. Et la suite a rapidement dépassé les attentes de l'équipe.Une fiction pourtant difficile à prendre au sérieuxEn quelques semaines, des modèles d’intelligence artificielle comme ChatGPT ou Gemini ont commencé à mentionner la bixonimanie comme une pathologie authentique. Certaines réponses la décrivaient même avec sérieux, symptômes à l’appui. Plus étonnant encore, des articles scientifiques ont ensuite cité ces travaux fictifs comme références crédibles, intégrant la maladie dans des chaînes de publications évaluées par les pairs.Les articles originaux comportaient pourtant des signaux d’alerte évidents. On y retrouvait des références à Star Trek, aux Simpson ou encore au Seigneur des anneaux. Le tout, directement intégré dans un texte supposément scientifique. L'université dans laquelle travaille Lazljiv Izgubljenovic, Asteria Horizon University, n’existe pas, pas plus que la ville de Nova City en Californie où elle serait basée.Pire, l'étude précise explicitement que son échantillon se base sur "50 individus inventés de 20 à 50 ans". Elle le dit très clairement: "Cet article est entièrement fictif." Autant d’éléments qui auraient dû suffire à déclencher des signaux d'alerte. Du moins chez les lecteurs humains.De mauvais conseils"Je voulais qu'il soit bien clair pour tous les médecins et le personnel médical qu'il s'agit d'une maladie fictive, car aucune affection oculaire ne s'appelle manie. C'est un terme psychiatrique", explique-t-elle.Les systèmes automatisés, eux, n’ont pas tout relevé ces incohérences. Des outils comme Bing Copilot ou Perplexity AI ont, à un moment donné, intégré la bixonimanie à leurs réponses comme une entité médicale plausible.Même ChatGPT a paniqué. D’abord prudent, évoquant une possible maladie "inventée, marginale ou pseudo-scientifique", il a ensuite validé l’existence de la maladie quelques jours plus tard dans certaines réponses, l'indiquant aux internautes si leurs symptômes correspondaient. Ce n'est qu'en janvier 2026 que la plupart des modèles de LLM ont commencé à émettre des doutes sur la réalité de cette maladie. Culture IA : Faut-il se méfier de "docteur ChatGPT" ? - 11/02 3:38Une instabilité qui illustre les limites actuelles de ces systèmes face à la vérification des sources. Très rassurant lorsqu'on sait que de plus en plus d'internautes utilisent les chatbots IA comme leurs psy ou leurs médecins.Une faille dans la chaîne scientifiqueSans surprise, OpenAI ne semble pas vraiment s'en inquiéter. Pour l'entreprise de Sam Altman, les modèles seraient même devenus "plus performants pour fournir des informations médicales sûres et précises", selon une déclaration transmise à la presse. On se demande ce que ça donnait avant cette amélioration...Une fois la supercherie découverte, plusieurs revues ont dû corriger ou retirer des articles ayant intégré ces travaux fictifs. L’une d’elles a reconnu auprès de Nature la présence de "trois références non pertinentes, dont une à une maladie fictive", et publié une rétractation.Culture IA : Le cabinet médical du futur - 29/01 4:12"Il est inquiétant de constater que ces affirmations majeures passent inaperçues dans la littérature scientifique, ou lors de l'évaluation par les pairs", observe Almira Osmanovic Thunström auprès de Nature."Je pense qu'il existe probablement de nombreux autres problèmes qui n'ont pas encore été mis au jour", ajoute-t-elle. En juillet 2025, une étude publiée dans la revue Science Advances révélait justement qu'il pourrait exister des centaines de milliers d'articles scientifiques rédigés à l'aide de l'IA.Sur les forums spécialisés comme Reddit, le ton est plus abrupt encore. Un utilisateur résume la situation en une phrase. "Nous sommes cuits".Les plus lusINFO BFMTV. 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