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📅 20/04/2026 à 14:49
"Il s'agit de fabriquer une majorité artificielle": à l’approche des élections de mi-mandat, les faux influenceurs générés par IA pro-Trump pullulent sur les réseaux sociaux
Géopolitique
A l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, une multitude de faux influenceurs générés par intelligence artificielle envahissent les réseaux sociaux et tout virtuels qu'ils sont, ils affichent un vrai soutien à Donald Trump. Leur objectif? Non pas convaincre les internautes, mais saturer les flux et donner l'impression d'un consensus."Si vous soutenez Trump, vous venez de vous faire un ami." Cette phrase résonne en boucle sur les réseaux sociaux. Elle a par exemple été prononcée sur Tiktok par une jeune femme blonde au sourire calibré. Derrière elle, un groupe de femmes rit, verre à la main. Elle fixe la caméra, prononce la phrase, puis la vidéo s’interrompt.Quelques heures plus tard, une autre séquence apparaît. Une brune, cette fois, dans un stade. Même regard, même intonation, même phrase. Puis une troisième, une rousse sur un terrain de basket, qui corrige à peine la formule. "Vous venez de vous faire un ami", assure-t-elle.Sous chaque vidéo, une légende maladroite. "Je suis nouveau ici et j’aime Dieu, l’Amérique et Trump!!", peut-on lire. Si tous ces contenus se répètent, ce n'est pas l'oeuvre d'une nouvelle trend. Car rien de tout cela n’est authentique. Ni ces visages, ni ces voix, ni ces élans politiques. Tout ces faux influenceurs sont générés par intelligence artificielle (IA).Une armée de visages synthétiquesDepuis plusieurs mois, à l’approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, ces avatars politiques prolifèrent. The New York Times en a recensé plus de 300 depuis janvier, notamment sur Tiktok. A Purdue University, le laboratoire GRAIL (Governance and Responsible AI Lab) a identifié une douzaine d'autres comptes sur Tiktok, Facebook ou Instagram. Eric Nelson, analyste en enquêtes spéciales chez Alethea, une entreprise spécialisée dans la gestion des menaces numériques, a identifié neuf autres comptes sur Youtube."Ça peut se payer cher dans les urnes": pour Donald Trump, la guerre en Iran est un sérieux risque politique 17:29Tous présentent les mêmes caractéristiques. Des hommes et des femmes d’apparence ordinaire, quoique souvent très beaux, filmés dans des contextes familiers, qui commentent l’actualité avec aplomb. Guerre en Iran, avortement, culture pop,... Les sujets varient, mais le fil conducteur est le même. Tous font l'éloge de Donald Trump, prônent l'Amérique d'abord (America first) et dénoncent la "gauche radicale".Certains personnages reviennent de manière récurrente, comme des acteurs dans une série sans fin. Une blonde aux tresses dans une ferme, une femme noire portant une casquette rouge "MAGA", une autre en fauteuil roulant vêtue d’un haut violet. Des figures récurrentes, modifiées et déclinées à l’infini.Des comptes vont jusqu’à adapter leurs avatars. En quelques semaines, un personnage peut changer de cheveux, de regard, de style... comme pour tester différentes versions de lui-même. Le Times a commencé à suivre un compte début février, juste après sa première publication. Depuis, ce compte a publié 37 vidéos. L'avatar a subi six transformations. Ses cheveux sont par exemple devenus blonds et ses yeux ont viré du marron au bleu.Flux saturés et majorité artificielleL'émergence de ces avatars politiques générés par l'IA, selon les chercheurs, suggère une vaste campagne de séduction des électeurs conservateurs. Ni le New York Times ni les chercheurs qu'il a consultés n'ont trouvé de réseaux similaires à gauche.Ainsi, ces avatars apparaissent régulièrement dans des contextes militaires ou déguisés en agents d'immigration, comme pour tirer profit des conflits récents. Un compte Instagram examiné par le Washington Post, met en scène un avatar IA représentant un soldat blond posant avec Donald Trump et d'autres dirigeants mondiaux. La publication compte plus d'un million d'abonnés.C'est déjà demain : Une IA "détecteur de mensonges" pour les politiques - 02/03 2:08Au cours d'une semaine, dix comptes différents ont publié une série de photos de femmes en treillis militaire. "Si cela vous choque, tant mieux, continuez à faire défiler", lance-t-elle, avant d'inciter les internautes à "cliquer sur 'suivre'"."Les personnes qui se préparent pour les élections de mi-mandat doivent s'attendre à voir certains de ces contenus sur leurs comptes, et à ce qu'ils soient conçus pour être particulièrement attrayants ou stimulants pour elles", insiste Kaylyn Jackson Schiff, codirectrice de GRAIL, interrogé par le New York Times.L’objectif n’est pas nécessairement de convaincre, mais de saturer les fils d’actualité de contenus homogènes et de donner l’impression d’un consensus. Car un flux massif de publications pro-Trump, mêlé à du contenu créé par des humains sur les réseaux sociaux, pourrait préparer le terrain pour que les internautes aient une opinion plus favorable des Républicains et de Donald Trump. Une stratégie de "diffusion massive", plutôt que de ciblage précis."Ils tentent de diffuser des messages politiques et de donner l'illusion d'un consensus", observe pour le New York Times Andrew Yoon, membre de l'équipe technique de CivAI, une organisation à but non lucratif qui sensibilise le public aux capacités et aux conséquences de l'IA. "Il s’agit de fabriquer une majorité artificielle", résume-t-il.Une vidéo pour 3 dollarsLe phénomène intrigue autant qu’il inquiète. Qui orchestre cette production massive? Une ferme de contenus? Une opération d’influence étrangère? Une simple stratégie marketing poussée à l’extrême? Les experts peinent à trancher. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le coût est dérisoire.Selon des acteurs du secteur, une vidéo peut être générée pour moins de trois dollars. Une somme très faible comparée aux campagnes politiques traditionnelles. Des start-up spécialisées dans l’IA publicitaire promettent même de générer des "armées d’influenceurs virtuels" à la chaîne. Une économie de moyens qui permet aujourd’hui à une poignée d’individus, voire à une seule personne, de simuler un mouvement d’ampleur."Une seule personne peut désormais orchestrer, pour un coût dix fois inférieur, ce qui nécessitait auparavant une équipe de 30 créateurs et 40.000 dollars", assure Zuhair Lakhani, cofondateur de Doublespeed, une start-up de publicité par IA, au New York Times.Si l'entreprise assure avoir refusé de collaborer avec des campagnes politiques, d'autres, moins scrupuleuses, acceptent ces contrats "très tentants."Des plateformes débordéesFace à cette prolifération, les plateformes tentent de réagir. Tiktok a déclaré dans un communiqué avoir examiné attentivement les 304 comptes et n'avoir trouvé "aucun indice d'opérations d'influence clandestines". L'entreprise a conclu que ces comptes appartenaient à des spammeurs cherchant à générer de l'engagement, une "pratique courante et regrettable sur les téléphones et les réseaux sociaux". L'entreprise a indiqué être en train de supprimer ces comptes.De son côté, Meta impose, en théorie, l’étiquetage des contenus générés par IA. Youtube indique également au média américain examiner les chaînes utilisant des avatars politiques générés par IA et supprimer celles qui enfreignent son règlement relatif au spam et aux pratiques trompeuses.Mais la frontière est de plus en plus floue. Les avatars s’améliorent, les voix se naturalisent, les erreurs se raréfient. Leurs messages sont pourtant truffés de fautes. En légende, on peut ainsi lire que Monsieur Trump est leur "présidont" préféré. Certains se décrivent comme "partageant la vérité" et incitent les spectateurs à "me suivre en premier si j'aime mon live". La biographie d'au moins 13 comptes indique "Républicain et fier. Si vous soutenez Trump, faites-le moi savoir." D'autres publications montrent des drapeaux américains déformés, un indice clair de l'utilisation de l'intelligence artificielle.Mais qu'importe puisque les utilisateurs y croient. Pour preuve, ces comptes cumulent des dizaines de milliers d’abonnés. Leurs vidéos atteignent souvent des centaines de milliers de vues, voire plus d'un demi-million pour certaines. Et pourtant, rien n’indique qu’ils soient artificiels.Une politique aux 1.000 visagesDans les commentaires, de nombreux utilisateurs répondent comme s’ils interagissaient avec de vraies personnes. Ils débattent, approuvent, se confient parfois. L’illusion fonctionne. Ils participent, sans toujours le savoir, à une conversation dont une partie des interlocuteurs n’existe pas.Les faux profils, les bots, les campagnes d’influence ne sont pas nouveaux. Ce qui change, c’est leur incarnation. Désormais, la propagande a un visage. Ou plutôt, des milliers de visages, de plus en plus réalistes.Même Donald Trump a relayé l’un de ces contenus, brouillant un peu plus la frontière entre réel et artificiel. Lors de sa première apparition, le personnage, suivi par plus de 51.000 abonnés sur Tiktok, parlait avec un accent étranger marqué. Le lendemain, il s’exprimait dans un anglais américain standard. Entre-temps, l’algorithme avait corrigé le tir.Sur le même sujet"L'IA a dopé le phénomène de memification de la politique": une caisse de résonance pour Donald Trump, et en France?Municipales 2026: comment éviter le piège des faux sites générés par l’IA et reconnaître les fausses informations sur les réseaux sociauxA mesure que les élections approchent, ces figures pourraient se multiplier encore. Et se fondre dans le flux, indistinguables des véritables créateurs de contenu. Dans cet univers saturé d’images, la question n’est plus seulement de savoir ce qui est vrai ou faux, mais qui, ou quoi, nous délivre une information.Les plus lusINFO BFMTV. La lettre envoyée par Marine Le Pen et Jordan Bardella aux chefs d'entreprise "dans le cadre de la préparation des échéances électorales majeures de 2027"Pire tuerie aux États-Unis depuis 2024, suspect abattu... Ce que l'on sait de la mort par balles de huit enfants en Louisiane"Attaque politique" contre manque de modération et deepfakes pornographiques: ce que l'on sait de la convocation d'Elon Musk devant la justice françaiseNBA: Wembanyama régale pour son premier match de play-offs, les Spurs commencent bienGuerre au Moyen-Orient: un soldat israélien photographié en train de frapper une statue de Jésus-Christ dans le sud du Liban
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