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Un plan effrayant pour notre avenir : le géant de la data Palantir publie un manifeste qui glace le sang

Géopolitique 👤 Aymeric Geoffre-Rouland
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Un plan effrayant pour notre avenir : le géant de la data Palantir publie un manifeste qui glace le sang Par Aymeric Geoffre-Rouland Publié le 20/04/26 à 10h05 Nos réseaux : Suivez-nous Commenter 4 © PJ McDonnell - Palantir, entreprise controversée au cœur des débats sur la surveillance de masse. Samedi 19 avril, Palantir a publié sur X un résumé en 22 points de The Technological Republic, l'ouvrage cosigné par son PDG Alexander Karp et Nicholas Zamiska, directeur des affaires publiques du groupe. Présenté comme une simple réponse aux questions fréquentes sur la vision de l'entreprise, le texte va bien au-delà de l'exercice de communication. C'est une profession de foi géopolitique assumée, rédigée par une société dont le coeur de métier consiste à fournir des logiciels de surveillance et d'analyse de données aux armées, aux services de renseignement et aux agences d'immigration occidentales.Because we get asked a lot.The Technological Republic, in brief.1. Silicon Valley owes a moral debt to the country that made its rise possible. The engineering elite of Silicon Valley has an affirmative obligation to participate in the defense of the nation.2. We must rebel…— Palantir (@PalantirTech) April 18, 2026C’est précisément là que le texte devient problématique. Palantir intervient déjà au cœur du réel, en structurant les usages et les rapports de force à travers les outils qu’elle déploie. Dès lors, la publication d’une doctrine appelant au réarmement, à la hiérarchisation des cultures et au recul du pluralisme prolonge une dynamique tangible : celle de technologies existantes, inscrites dans les pratiques et porteuses de cette même vision du monde. Ces 22 points ne sont pas de la philosophie en apesanteur. C'est l'idéologie publique d'une entreprise dont le chiffre d'affaires dépend de la politique qu'elle promeut.Ce que dit concrètement le manifeste de PalantirLa thèse centrale tient en une formule : la survie des démocraties libérales repose désormais sur la puissance logicielle, et la Silicon Valley a une dette morale envers la nation qui l'a fait naître. Jusque-là, rien de scandaleux. Mais les conclusions qu'en tire Palantir sont autrement plus abrasives.Le texte réclame l'instauration d'un service national universel aux Etats-Unis. Il juge que le “désarmement” de l'Allemagne et du Japon après 1945 était une erreur historique qu'il faut corriger. Il affirme que l'ère de la dissuasion nucléaire touche à sa fin, et qu'une nouvelle dissuasion fondée sur l'intelligence artificielle doit la remplacer.Façade du bureau tokyoïte de Palantir, l'entreprise à l’origine d’un manifeste controversé sur la surveillance et le pouvoir technologique.© Hiroshi-Mori-StockSur l'armement autonome, Palantir balaie tout débat éthique : les adversaires de l'Occident ne s'embarrasseront pas de ces scrupules, donc l'Occident ne devrait pas non plus.Mais le passage le plus explosif se situe en fin de document. Palantir y dénonce ce qu'elle appelle “la tentation creuse d'un pluralisme vide”, et affirme que certaines cultures ont produit des avancées remarquables là où d'autres se sont révélées “dysfonctionnelles et régressives”. L'entreprise reproche à l'Occident d'avoir renoncé, au nom de l'inclusivité, à définir ses propres cultures nationales. À lire également : Qui est vraiment Palantir, ce géant américain de l’analyse des données à la réputation sulfureuse ? Pourquoi ce texte inquiètePour un lecteur français, il faut mesurer ce que cela signifie en pratique : Palantir n'est pas un think tank, ni un éditorialiste. C'est un prestataire technologique intégré aux rouages les plus sensibles de l'Etat américain. Ses logiciels équipent l'armée, la NSA, le FBI, la police de New York, et surtout l'ICE, l'agence fédérale chargée de l'immigration. Des élus démocrates au Congrès ont d'ailleurs récemment exigé des comptes sur la manière dont les outils Palantir sont utilisés dans la stratégie de déportation de l'administration Trump.Logo de Palantir, prestataire technologique dont les outils équipent l’armée, la NSA, le FBI et l’ICE, et dont le manifeste révèle une idéologie opérationnelle.© Guilherand-Granges, France, PhotoGranary02Quand une entreprise de cette envergure, pesant 45 milliards de dollars et tirant l'essentiel de ses 1,4 milliard de revenus trimestriels de contrats gouvernementaux, se met à théoriser publiquement la supériorité culturelle de l'Occident et l'obsolescence du débat démocratique sur l'armement, on sort du registre de l'opinion : on entre dans celui de l'idéologie opérationnelle, une vision du monde adossée à une infrastructure déjà en place pour l'appliquer.C'est sans doute la leçon la plus inconfortable de ce manifeste. Non pas que Palantir pense ces choses, car beaucoup le savaient déjà. Mais qu'elle juge désormais utile de les écrire noir sur blanc, avec la tranquille assurance d'une entreprise qui sait que ses clients ne la lâcheront pas. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.
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