● Les Numériques Télécom 📅 19/04/2026 à 14:26

L’indice de réparabilité européen est mal fichu et les constructeurs en profitent

Cybersécurité 👤 Corentin Bechade
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L’indice de réparabilité européen est mal fichu et les constructeurs en profitent Par Corentin Bechade (@corentinbechade) Publié le 19/04/26 à 14h26 Nos réseaux : Suivez-nous Commenter 4 © DenPhotos / Shutterstock - Un iPhone à côté de son étiquette énergie Pendant combien de temps exactement aurai-je le droit à des mises à jour sur mon tout nouveau smartphone ? C’est à cette question importante qu’est censé répondre le nouvel indice de réparabilité européen tout juste mis en place. Malheureusement, la grande majorité des constructeurs de smartphones indique des données erronées sur ce point.Pourtant, cette caractéristique est loin d’être anecdotique et pèse pour 15 % de la note finale. De quoi faire passer certains produits d’un seuil à l’autre sur l’échelle de réparabilité européenne.Un compte à rebours très variableComme l’indique le texte qui détaille les méthodes de calcul de l’indice (Annexe IV, alinéa 5), la durée des mises à jour fournie par les constructeurs doit être calculée "après la date de fin de la mise sur le marché du modèle de produit". Ainsi, pour un iPhone 16 sorti en 2024 et toujours officiellement vendu sur le site d’Apple en 2026, l’engagement du constructeur devrait donc s’étendre jusqu’en 2031 au minimum, la durée de prise en charge logicielle étant supposément de cinq ans.Or, cela semble contredire des déclarations que la firme a faites aux autorités britanniques sur le même téléphone. En réponse à une loi de 2022, les fabricants d’appareils électroniques sont obligés d’indiquer la durée de prise en charge logicielle de leur appareil. Sur la fiche de l’iPhone 16, il est ainsi marqué qu’Apple s’engage à fournir "5 ans de mise à jour" pour son mobile… mais depuis la date de la première mise sur le marché de l’appareil cette fois-ci. Soit jusqu’en 2029. Qu’en est-il concrètement alors ? Difficile de savoir, puisque l’entreprise n’a pas apporté de réponses à nos questions au moment de l’écriture de ces lignes. À lire également : Comment déchiffrer la nouvelle étiquette énergie pour les smartphones ? Et Apple n’est pas la seule entreprise à se situer dans le flou sur ce point. Google, qui s’est publiquement engagé à fournir sept ans de mises à jour sur ses téléphones Pixel depuis sa huitième génération d’appareil, semble aussi s’arranger avec l’indice européen. Les promesses du constructeur sont aussi calculées à partir de la date de mise sur le marché du produit, comme l’écrit la firme noir sur blanc. Or, les mêmes sept ans de suivi sont indiqués sur la fiche européenne d’un produit comme le Pixel 9a.Selon Google, le mobile sorti en 2025 sera donc maintenu à jour jusqu’en 2032. Selon les informations de l’indice européen, cela devrait être 2033, puisque l’appareil est toujours en vente sur le Google Store en 2026. Cette belle longévité théorique vaut d’ailleurs au smartphone la très bonne note de 5/5 sur ce critère. Une durée un an moins longue (qui correspondrait aux promesses de Google) lui vaudrait la note de 3/5 et ferait tomber son classement général de réparabilité de "B" à "C". Contacté, Google n’a pas non plus répondu à nos questions.Samsung, seul bon élève ?Parmi les grands noms du secteur, seul Samsung semble à vrai dire respecter à la lettre les contraintes de la loi européenne. Le Galaxy S26 qui, lui aussi, vient avec sept ans de promesse de mise à jour, n’indique que cinq ans de suivi sur sa fiche produit européenne, afin de rendre compte des deux ans de commercialisation prévue. Idem pour le Galaxy S25, dont la fiche a été corrigée en septembre 2025 pour justement rendre compte de cette méthode de calcul peu ordinaire. Une mise en conformité totalement assumée, nous assure Samsung, même si cela met l’entreprise en difficulté par rapport à ses concurrents, puisqu’elle ne joue pas exactement selon les mêmes règles.Avouons-le, cela dit, les règles de calcul de l’UE ont de quoi rendre perplexe. Il est effectivement bien plus simple de savoir à quelle date un téléphone a été mis sur le marché la première fois que de savoir quand sa dernière unité a été vendue. Particulièrement avec la multiplication des canaux de vente. Surtout que le texte européen qui oblige les constructeurs à fournir cinq ans de mise à jour minimum calcule lui la durée à partir de la date de la première mise sur le marché. Même un acteur comme Fairphone, qu'il est difficile d'accuser de greenwashing, semble s'être emmêlé les pinceaux. Contactée, la Commission européenne n’a pas répondu à nos questions.Malheureusement, cela rend l’indice européen de réparabilité nettement moins utile en l’état. Difficile de comparer des téléphones entre eux quand les constructeurs n’utilisent pas tous le même cahier des charges. Jusqu’à sa correction par Bruxelles ou par les constructeurs, il faudra donc prendre cette note avec des pincettes. Dommage pour un projet qui visait justement à simplifier tout ça. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.
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