● Courrier International 📅 19/04/2026 à 12:04

Qu’attend l’Allemagne pour s’inspirer des émissions littéraires françaises ?

Géopolitique
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D’après le journaliste allemand Felix Stephan, les programmes télévisés français accordent plus d’importance à la littérature que ceux diffusés en Allemagne. DESSIN DE BALABAN, LUXEMBOURG. Un ouvrage lui déplaît ? Il finira ses jours dans la corbeille à papier. En Allemagne, le critique littéraire Denis Scheck a provoqué un tollé, fin mars, lors d’une émission de la chaîne de télévision publique ARD, en jetant à la poubelle un livre récemment publié qu’il jugeait de piètre qualité. “Dommage pour la culture”, déplore Felix Stephan dans les colonnes de la Süddeutsche Zeitung (SZ). Selon le journaliste, une telle scène n’aurait jamais pu se produire à la télévision française, car le pays accorde une grande valeur à la culture littéraire. À lire aussi : Médias. L’Allemagne, championne du monde de l’audiovisuel public “Tout commence, peut-être, sur les bancs de l’école”, suggère Felix Stephan. Le journaliste évoque notamment le passage obligé par la philosophie, au lycée, pour “presque tous les adolescents français, qu’ils se destinent à une carrière de jardinier, de viticulteur ou de ministre”. Certes, tous ne sont pas passionnés par Rousseau, Kant ou Spinoza. Mais au moins, ils se seront frottés à quelques-uns de ces grands écrivains, “alors qu’en Allemagne, il est tout à fait possible de se hisser à la tête d’une grande entreprise cotée en Bourse sans avoir jamais lu la moindre ligne de philosophie”. Une “culture littéraire” partagée Cette culture commune, estime le journaliste allemand, se ressent dans les débats sur les plateaux des grands médias, où “il est tacitement admis que le public comprend des concepts comme la dialectique, la phénoménologie ou le surmoi”. Même chose sur France 2, le midi, où “entre deux conseils de jardinage et un bulletin météo”, des professeurs de philosophie de la Sorbonne viennent s’exprimer sur “leur dernière monographie”, sans que des explications complémentaires ne semblent nécessaires. “Une heure trente d’émission consacrée à la littérature en prime time ? Aucun problème pour les Français”, remarque la SZ, se référant à La Grande Librairie, sur France 5. Sans battre des records d’audience, “la plus grande émission littéraire de l’Hexagone” a le mérite de perdurer, présentant aux téléspectateurs une grande diversité d’opinions et d’auteurs. À lire aussi : Idées. Lire ne sert à rien et c’est pour ça qu’il faut s’y mettre ! “Lorsque l’autrice d’origine marocaine Leïla Slimani s’est retrouvée face au philosophe conservateur Alain Finkielkraut sur le plateau, il y a quelques semaines, les deux auteurs ont débattu comme si le cœur même de la République en dépendait”, s’enthousiasme Felix Stephan. Deux semaines plus tôt, Michel Houellebecq provoquait “un grand moment de télévision”, en répondant par l’affirmative à la question de savoir si l’idée de la fin de la civilisation occidentale l’amusait. De tels épisodes ne s’observent plus que rarement dans le paysage médiatique allemand, regrette la SZ. Plutôt que de céder à “la crainte” et de s’en remettre à “l’oracle de l’audimat” pour déterminer le potentiel d’une émission, au détriment de la visibilité de nombreux auteurs, l’Allemagne devrait donc voir en la controverse provoquée par Denis Scheck l’opportunité de se réinventer, en s’inspirant de l’audiovisuel public français. Littérature Europe Culture Allemagne Sur le même sujet Vidéo. Faudra-t-il bientôt surveiller le temps d’écran de nos animaux ? Italie. Dans le métro de Milan, sur la trace des derniers lecteurs Vu de l’étranger. Mais pourquoi les Français sont-ils aussi fous de Céline Dion ? Tendance. “Smart is the new sexy” : pour être séduisant, oubliez le luxe, soyez intelligent Source de l’article Süddeutsche Zeitung (Munich) Créé en 1945, le “Journal du sud de l’Allemagne” compte parmi les quotidiens suprarégionaux de référence du pays. De tendance libérale, il est un grand défenseur des valeurs démocratiques et de l’État de droit. Il emploie ou a employé les meilleures plumes du pays. Sa page 3, qui publie grands reportages et articles de fond, est une institution. Le quotidien se distingue aussi par l’importance qu’il accorde à la culture, traitée dans ses pages immédiatement après l’actualité politique. Lire la suite Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Salzbourg en été : une scène à ciel ouvert Je découvre l’article → Éditions Drakoo Tentez de remporter un exemplaire de « Les enfants du bois » de Andrea Casaran aux éditions Drakoo. Je reçois ma bande dessinée → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire de « Les filles du Kurdistan » de M. Sauloy & C. Baloup aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée →
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