● Journal du Net 📅 19/04/2026 à 10:00

L'IA n'est pas (encore) responsable de la baisse des embauches selon LinkedIn

Cybersécurité 👤 Frédéric Olivieri
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Alors que l'intelligence artificielle est souvent accusée de menacer l'emploi, les données de LinkedIn racontent une autre histoire. la baisse des recrutements depuis 2022 s'expliquerait autrement... Depuis plusieurs mois, l'IA s'impose au cœur des débats sur l'avenir du travail. Entre automatisation de certaines tâches et promesses d'outils capables de remplacer certaines fonctions, de nombreux observateurs redoutent une vague de suppressions de postes. Pourtant, les données de LinkedIn apportent un éclairage plus nuancé. D'après le réseau social, la baisse des recrutements observée ces dernières années ne serait pas directement liée à l'essor de l'IA. Une conclusion qui contraste avec les inquiétudes largement relayées dans l'écosystème technologique… LinkedIn observe une baisse des recrutements de 20% depuis 2022 Lors d'une intervention au sommet Semafor World Economy, Blake Lawit, directeur des affaires publiques et juridiques de LinkedIn, a dévoilé certaines tendances issues des données de la plateforme. Selon lui, les recrutements ont chuté d'environ 20% depuis 2022. Un recul notable qui s'appuie sur l'"economic graph" de LinkedIn, une base de données regroupant plus d'un milliard de membres, des entreprises, des compétences et des offres d'emploi. Malgré cette contraction du marché du travail, l'entreprise affirme ne pas avoir identifié de lien direct avec l'intelligence artificielle. Blake Lawit explique que les secteurs souvent cités comme les plus exposés à l'automatisation (support client, marketing ou fonctions administratives) ne montrent pas de signes particuliers de remplacement par l'IA dans les données actuelles. Autrement dit, la baisse des recrutements existe bien, mais elle ne serait pas plus marquée dans les métiers supposés les plus menacés. Les taux d'intérêt pointés comme principale cause Pour LinkedIn, l'explication se situerait plutôt du côté du contexte macroéconomique. L'augmentation des taux d'intérêt observée depuis 2022 aurait incité les entreprises à ralentir leurs embauches. Lorsque le coût du capital augmente, les organisations tendent à limiter leurs investissements et à reporter certaines dépenses. Les recrutements font souvent partie des premières variables ajustées, notamment dans les entreprises technologiques ou les start-up. Cette prudence se traduirait donc par un marché de l'emploi plus attentiste, sans que l'IA n'en soit la cause principale. LinkedIn souligne d'ailleurs que la baisse des embauches touche l'ensemble des profils, y compris les jeunes diplômés entrant sur le marché du travail. Là encore, la plateforme n'observe pas d'écart notable qui suggérerait un remplacement massif par des outils d'intelligence artificielle. Des métiers qui évoluent plus vite que jamais Si l'IA ne semble pas encore bouleverser directement les recrutements, LinkedIn estime néanmoins que son impact sur les compétences sera considérable. La plateforme indique qu'au cours des dernières années, les compétences nécessaires pour exercer un métier ont déjà évolué d'environ 25% en moyenne. Avec la généralisation de l'intelligence artificielle, ce chiffre pourrait atteindre 70% d'ici 2030. Ainsi, le phénomène ne passerait pas nécessairement par des suppressions de postes immédiates, mais plutôt par une transformation progressive des métiers. Même sans changer d'emploi, les salariés pourraient voir leur rôle évoluer rapidement sous l'effet de ces nouveaux outils. Une perspective qui explique pourquoi LinkedIn insiste davantage sur la nécessité d'adapter les compétences plutôt que sur la disparition massive d'emplois à court terme…
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