● Courrier International
📅 17/04/2026 à 16:23
Condamné pour des tirs en l’air, l’opposant Julius Malema “se présente comme un martyr”
Géopolitique
Julius Malema, leader des Economic Freedom Fighters (EFF), se rend à la cour de KuGompo City, accompagné par une foule de soutiens et sympathisants de son parti, le 16 avril 2026. PHOTO Esa Alexander/REUTERS Julius Malema, “l’homme le plus en vue d’Afrique du Sud”, a été condamné par le tribunal de KuGompo City, jeudi 16 avril, à cinq ans de prison pour plusieurs chefs d’accusation, dont la possession illégale d’une arme à feu et son usage dans un lieu public, relate Al-Jazeera. L’affaire, portée au tribunal par l’AfriForum – un groupe de pression conservateur qui prétend représenter les intérêts de la minorité afrikaner – est née d’une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit Malema tirer en l’air avec ce qui semble être un fusil automatique, en juillet 2018, lors d’un rassemblement des Economic Freedom Fighters (EFF), Parti de gauche radicale qu’il a fondé. À lire aussi : Élections. En Afrique du Sud, le “radical” Julius Malema se verrait bien en faiseur de rois S’adressant à ses partisans et aux médias à la sortie du tribunal, Julius Malema s’en est pris personnellement à la magistrate à l’origine de cette décision, l’accusant de racisme et de complaisance avec l’AfriForum. “Ce n’est pas son jugement. C’est un jugement commandité”, a-t-il déclaré, cité par le Mail & Guardian. Le sulfureux Malema Une du quotidien sud-africain “Sowetan”, du vendredi 17 avril 2026. “Bien entendu, le fondateur et leader des Economic Freedom Fighters a fait appel, et ses chances de succès sont élevées”, commente un éditorialiste de Sowetan. Malema reste en liberté le temps de la procédure d’appel. Mais pour News24, c’est la “survie” du quatrième parti du Parlement sud-africain qui se joue dans ce procès. Si elle venait à être confirmée, sa peine de cinq ans de prison empêchera Julius Malema de continuer à exercer son mandat de parlementaire. “Un revers majeur pour les EFF, qui bénéficient d’un fort soutien parmi les jeunes Sud-Africains frustrés par les inégalités raciales qui persistent depuis la fin du régime de la minorité blanche en 1994”, constate Al-Jazeera. Ancien dirigeant de la Ligue de jeunesse de l’ANC, dont il a été exclu pour avoir “semé la division”, souligne le Guardian, Julius Malema déchaîne les passions en Afrique du Sud. À la tête d’un parti qui “prône l’expropriation des mines, des banques et des terres”, rappelle Bloomberg, il s’est taillé une réputation de parlementaire véhément, “bruyant, intransigeant et s’affranchissant souvent des règles de bienséance”, complète Sowetan. Ses reprises d’un chant historique de la lutte antiapartheid – “Kill the Boer, kill the farmer” (littéralement “Tuez les Boers, tuez les fermiers”) – avaient créé la controverse en Afrique du Sud. Si la Cour constitutionnelle avait estimé que la chanson ne constituait pas un “discours de haine”, la polémique avait été ravivée par le président américain Donald Trump, ce dernier y voyant la preuve d’un “génocide blanc” à l’œuvre dans le pays. Lors de la visite du président sud-africain, Cyril Ramaphosa, à la Maison-Blanche en mai 2025, Trump avait diffusé une vidéo où apparaissait Malema, ajoutant : “Pourquoi vous ne l’arrêtez pas ?” À lire aussi : Afrique. Le mythe d’un “génocide blanc”, relayé par Donald Trump, balayé par la justice sud-africaine De son côté, l’avocat Martin Hood, “l’un des plus grands spécialistes sud-africains de la loi sur le contrôle des armes à feu”, considère que la magistrate s’est trompée. “À mon avis, ce procès était motivé par des considérations politiques. M. Malema n’aurait pas dû être reconnu coupable du premier chef d’accusation, et la peine prononcée était disproportionnée”, explique-t-il au Daily Maverick. Scandale politique “L’apport de Malema à notre paysage politique est indéniable, regrette déjà Sowetan. Sous sa direction, la Ligue de jeunesse est devenue une véritable épine dans le pied de l’ANC”, le Congrès national africain, parti historique de Nelson Mandela, au pouvoir depuis 1994 mais en déclin depuis les dernières élections législatives. Ainsi, plusieurs partis politiques ont salué la condamnation du leader des EFF. D’abord le Freedom Front Plus, qui rappelle que “personne n’est au-dessus des lois”. L’Alliance démocratique (DA), principal parti d’opposition, a affirmé que cette décision “envoyait un message fort en matière de responsabilité”, relève Independant Online (IOL). Le leader de l’Alliance patriotique (PA), parti de défense de la minorité coloured (métisse), a quant à lui affirmé qu’il “prierait plutôt pour Malema et sa famille”. À lire aussi : Politique. Au Parlement sud-africain, “escrocs, racistes et fauteurs de troubles” Après la fin de l’audience, des membres des EFF vêtus de rouge, comprenant des députés et des sympathisants, ont scandé “Voetsek AfriForum, voetsek !” (“Dehors l’AfriForum, dehors !”, expression péjorative en afrikaans) au visage de deux membres d’AfriForum, relate le Daily Maverick. Plus tard, un autre groupe faisant partie de la foule rassemblée devant le tribunal a fait irruption dans le bâtiment en chantant les louanges de Malema, “en tapant sur les murs et en perturbant les audiences dans d’autres affaires”. “Nous ne comprenons pas pourquoi cette organisation n’a pas été dissoute en Afrique du Sud. À un moment donné pendant l’apartheid, l’ANC a été interdite – alors pourquoi AfriForum est-elle toujours en activité ?” s’exclame Leigh-Ann Mathys, députée des EFF, citée dans un autre article d’IOL. Si Malema cherche à “se présenter comme un martyr de la lutte contre le racisme et la suprématie blanche, cette stratégie risque de ne pas lui permettre de mobiliser un soutien au-delà des rangs des EFF”, avance News24. Mais “à bien y réfléchir, la saga judiciaire […] a fait le jeu du leader des EFF”, commente de son côté The Citizen. Pour ses partisans, “cette peine de prison – qui sera vraisemblablement réduite en appel – [est] la preuve qu’il est persécuté par les ennemis de sa révolution”. “Envoyer quelqu’un en prison pour cet événement isolé serait scandaleusement inapproprié”, conclut l’avocat de Malema, cité par The New York Times. Claire Fieux Afrique Justice Sur le même sujet Politique. Les invectives de l’opposant sud-africain Julius Malema passent mal au Kenya Politique. Défaite historique de l’ANC : “L’Afrique du Sud est au bord du salut ou de la catastrophe” Histoire. Afrique du Sud : le témoignage d’un ancien tueur du régime rouvre les plaies de l’apartheid Afrique du Sud. Roelf Meyer, un ministre de l’ère de l’apartheid, nommé ambassadeur aux États-Unis Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. 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