● Journal du Net 📅 17/04/2026 à 16:02

Asimov, le robot humanoïde open source à construire soi-même

Data Science 👤 Mattis Meichler
🏷️ Tags : rag rte
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Né de l'imagination d'une bande de passionnés de science-fiction et de robotique, le projet Asimov applique le modèle open source à la fabrication de robots humanoïdes. Il propose même un kit "DIY" pour construire son robot. Construire son propre robot humanoïde, c’est désormais possible. Avec le projet Asimov, la start-up Menlo Research, basée à Singapour, développe un robot en s’appuyant sur un modèle open source. L’ensemble des plans des pièces est publié sur la plate-forme GitHub, le développement se faisant en collaboration avec une communauté de passionnés. Et un kit "DIY" vient d’être dévoilé. La robotique version DIY Contrairement à des acteurs comme Tesla, Unitree ou Figure AI, qui développent des robots dans une logique industrielle classique, Menlo Research fait le pari d’une approche ouverte. La start-up spécialisée dans la recherche et le développement en IA est notamment à l’origine de l’agent open source Jendot.AI. Avec Asimov, elle applique la logique open source au hardware. Le projet est né de l’esprit de passionnés de science-fiction et de robotique. Les robots de Star Wars ont constitué une source d’inspiration majeure, notamment la scène où Anakin construit C-3PO dans son garage. "Ce sentiment de curiosité, le fait de bricoler quelque chose et de construire de ses propres mains, résume bien l’esprit d’Asimov, explique un porte-parole d’Asimov au Journal du Net (l’équipe a souhaité s’exprimer de manière collective, ndlr). Asimov a commencé comme un projet humanoïde open source. Nous voulions créer quelque chose que les gens puissent construire, comprendre et démonter. Le droit de réparer, le droit de modifier, c’est au cœur de notre vision de la robotique". Rapidement, le choix s’est porté sur un robot d’apparence humanoïde, capable d’évoluer dans les environnements conçus pour les humains. Les propriétaires des robots seront libres de les configurer selon leurs besoins ou leurs envies. Asimov V1. © Asimov Dès les premières étapes du projet, la communauté a été invitée à collaborer via un forum et un groupe Discord qui réunissent désormais plus de 2 000 membres, majoritairement ingénieurs et développeurs. Et toutes les deux semaines, un événement baptisé "Community Friday" est organisé pour examiner les designs et permettre aux membres de la communauté de faire leurs retours. Il peut s’agir de détails mineurs, comme signaler un problème au niveau d’une articulation de hanche ou proposer des améliorations sur l’assemblage des pièces, ou de contributions plus importantes, comme suggérer des approches entièrement nouvelles. "Les idées viennent de différents pays, horizons et niveaux d’expertise, explique l’équipe d’Asimov. Cette diversité est essentielle, car la robotique n’est pas un problème relevant d’une seule discipline". Cette collaboration a donné naissance à un kit DIY baptisé "Here Be Dragons Edition", proposé à 15 000 dollars. Il sera livré dans les prochains mois. La version du robot ainsi proposée mesurera 1m20 pour 35 kilos, et disposera de 25+2 degrés de mobilité, des caractéristiques proches de celles du G1 d’Unitree. L’objectif est de mettre les robots entre les mains de développeurs, de chercheurs et de constructeurs afin qu’ils puissent commencer à expérimenter et à contribuer. "Nous sommes moins intéressés par la vente d’un robot unique que par la création des conditions permettant à toute une génération de construire avec eux", explique le porte-parole d’Asimov. Un robot accessible Toujours dans l’esprit de démocratiser les robots humanoïdes, le projet Asimov a pour objectif de ramener le coût total d’exploitation d’un robot humanoïde à moins de 30 000 dollars par an, en incluant l’entretien et le software. L’équipe parie sur le fait que cette réduction des coûts passera par le développement d’un écosystème avec des chaînes d’approvisionnement ouvertes, plusieurs fabricants et des designs standardisés. Une autre priorité consiste à permettre de remplacer les pièces rapidement et à moindre coût, ce qui constitue actuellement un problème majeur pour la robotique humanoïde. "De nombreux systèmes sont conçus pour des conditions idéales, explique le porte-parole d’Asimov. Nous essayons de faire l’inverse : concevoir en anticipant les pannes et la dégradation. Un robot qui ne fonctionne que lorsque tout est parfait n’est pas un robot que l’on peut réellement déployer". Les plans de chaque pièce sont publiés sur la plateforme open source GitHub, ce qui permet de les fabriquer avec une imprimante 3D. La couche logicielle est au cœur du projet, car elle est le seul élément persistant. Un défi majeur est le passage de la simulation à la réalité, souvent problématique dans le développement de robots humanoïdes. Pour y répondre, l'équipe conçoit le firmware et les algorithmes de contrôle comme un système unifié dès le départ, en intégrant les imperfections du réel. "Il est tentant de penser que des simulations photoréalistes suffisent, mais la réalité est désordonnée d'une manière difficile à modéliser", reconnaît le porte-parole. Poussière sur une caméra, interférences électriques, pièces usées après des mois d'utilisation : autant de micro-défaillances qu'aucune simulation ne capture parfaitement. Au-delà des aspects techniques et économiques, Asimov entend contribuer à une réflexion plus large sur la robotique humanoïde et sa place dans nos sociétés. "De nombreuses entreprises se concentrent sur les démonstrations fonctionnelles et les capacités, ce qui est important, mais ce n’est qu’une partie du sujet, explique le porte-parole. Lorsqu’on crée quelque chose qui évolue dans le monde sous une forme proche de la nôtre, cela soulève naturellement des questions : ce que signifie construire à notre image, quelles responsabilités cela implique et quel type de relation nous voulons entretenir avec ces systèmes".
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