● Journal du Net
📅 17/04/2026 à 11:27
L'économie mondiale est chaotique mais pas désespérée pour le hedge fund PIMCO
Géopolitique
👤 Guillaume Renouard
En dépit du choc causé par la guerre en Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz, le fonds pointe la résilience de l'économie et la perspective d'une stabilisation de la politique américaine suite aux Midterms. "On passe sans cesse d’un choc à l’autre, je regrette l'époque ennuyeuse d’avant la pandémie !", soupire un gestionnaire de portefeuille britannique tout en sirotant son verre de champagne. Au Media Summit annuel organisé cette mi-avril par le fonds obligataire américain PIMCO à Londres, les soubresauts de l’actualité géopolitique sont sur toutes les lèvres. "Nous sommes dans un monde où la géopolitique est devenue extrêmement importante, un monde sur lequel plane le brouillard de la guerre, et où les marchés réagissent à toute vitesse, comme dernièrement dans le cadre du conflit en Iran. Cela entraîne davantage de volatilité, mais aussi des opportunités", a résumé Emmanuel Roman, directeur général de PIMCO, lors de sa keynote d’ouverture. Impact et durée du conflit iranien Le conflit iranien, et la crise énergétique qui se profile suite à la fermeture du détroit d’Ormuz, étaient naturellement au cœur des débats. Or, malgré l’échec du premier tour de négociation entre les Etats-Unis et l’Iran, les marchés continuent de parier sur une résolution rapide du conflit, selon Emmanuel Roman. "La réaction des investisseurs a pour l’heure conduit à une correction des marchés de 8 à 9% par rapport à l’avant-guerre, ce qui n’est pas négligeable, mais signifie qu’ils font le pari de voir la paix signée dans les prochaines semaines et le prix du baril de dollars retourner autour de 80 dollars. Aux Etats-Unis, la correction a aussi été relativement faible dans la mesure où l'impact sur les énergéticiens américains, qui comptent pour une bonne part du S&P 500, s’avère positif, les Eats-Unis étant un exportateur net de gaz et de pétrole." Pour Libby Cantrill, responsable des politiques publiques de PIMCO, Donald Trump a désormais le choix entre une escalade qui entraînerait le déploiement de troupes au sol et une tentative de s’extraire du bourbier iranien en criant victoire même si ses objectifs n’ont pas été accomplis. La première, sans être impossible, n’est pas la plus probable. "77% des électeurs républicains tendance MAGA, dont l’avis est très important pour Trump, soutiennent la guerre. En revanche, ils ne seraient que 41% à appuyer le déploiement de troupes au sol. Cette option serait donc politiquement très risquée pour le président. Le déploiement de troupes requiert en outre l’accord du Congrès, que Trump aurait très peu de chances d’obtenir." Certes, même si le conflit ne s’éternise pas, la fermeture du détroit pendant plusieurs semaines crée d’ores et déjà un choc énergétique, qui s’annonce coûteux pour tout le monde, y compris les Etats-Unis, mais aussi et surtout pour l’Europe, d’autant que celle-ci n’est pas aussi bien équipée pour absorber le choc qu’elle l’était en 2022 lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. "En 2022, l’Europe sortait d’une politique de relance budgétaire durant le Covid qui avait permis aux ménages d’accumuler de l’épargne, tandis que le marché du travail était extrêmement robuste. Aujourd’hui, les ménages n’ont plus la même épargne à disposition, et le marché du travail est plus fragile", note Peder Beck-Friis, économiste chez PIMCO. Cependant, "ce choc énergétique devrait également conduire l’Europe à investir davantage dans les énergies propres pour réduire sa dépendance au reste du monde, ce qui ouvrira des opportunités économiques importantes dans cette industrie", affirme Konstantin Veit, gestionnaire de portefeuille chez PIMCO. Vers une stabilisation de la politique américaine ? Côté américain, si Donald Trump semble actuellement déchaîné et source d’une instabilité dont on ne voit pas le bout, plusieurs éléments permettent de miser sur une relative normalisation de la politique fédérale. Le premier est les élections de mi-mandat, qui vont très certainement mener à un Congrès divisé entre républicains et démocrates, selon Libby Cantrill. "Les électeurs américains demeurent très préoccupés par le coût de la vie, et tiennent Donald Trump pour responsable de la hausse de celui-ci. Les républicains vont donc sans doute perdre leur faible majorité de six élus à la Chambre des représentants. Ils devraient en revanche conserver le Sénat, étant donné que les démocrates devraient remporter des Etats très conservateurs comme le Texas et l’Ohio pour arracher la majorité." Un Congrès divisé signifie que les démocrates seront capables de bloquer la plupart des lois que Donald Trump voudra mettre en œuvre, créant de facto un climat de faible intervention gouvernementale historiquement plutôt bon pour les affaires. En outre, si Jerome Powell, le patron de la Fed, va en mai être remplacé par Kevin Warsh, un proche de Donald Trump, la capacité de celui-ci à baisser rapidement les taux d’intérêt, comme le souhaite le président, sera limitée. "Le patron de la Fed est influent, mais pas tout puissant. Une baisse du taux directeur doit être approuvée par la majorité des douze membres qui votent à chaque réunion, et la voix du directeur ne compte que pour une", note Libby Cantrill. Sur une note plus négative, les droits de douane, dont une partie a été invalidée par la Cour suprême, ont de fortes chances de revenir en force. "Le président a le pouvoir d’imposer seul des droits de douane, que le Congrès lui a conférés durant les années 1970. Malgré son récent camouflet, il est donc très probable qu’il se serve des mécanismes légaux à sa disposition pour reconstituer les tariffs qui viennent d’être invalidés." Faut-il craindre la bulle de l’IA ? Enfin, les experts de PIMCO sont également optimistes quant au risque de crise financière entraîné par un éclatement de la bulle de l’IA. Les hyperscalers ont prévu de mettre 700 milliards de dollars de Capex dans les infrastructures de l’IA cette année, et 800 milliards supplémentaires l’an prochain, des sommes colossales pour lesquelles ils ont, de manière inédite, commencé à recourir à la dette plutôt qu’à leurs fonds propres. Là où leurs dépenses de Capex absorbaient 30% de leurs fonds propres en 2023, ce chiffre a bondi à 80% aujourd’hui. Ce qui fait craindre un choc pouvant dégénérer en crise systémique si l’IA ne tient pas ses promesses. Cependant, les comparaisons avec la bulle Internet ne tiennent pas, selon Lofti Karoui, managing director de PIMCO. "Durant les années 1990, les entreprises qui se sont endettées pour investir pendant la bulle du dot-com étaient peu, voire pas du tout profitables. Ce n’est pas le cas des hyperscalers, qui continuent de gagner énormément d’argent. En outre, si ces entreprises ont commencé à s’endetter, elles partent quasiment de zéro, le monde de la tech étant historiquement le moins endetté de l’économie américaine. Le levier d'endettement des hyperscalers est aujourd’hui d'environ 1,2x. Au sein du S&P 500, la moyenne est 3x. Il y a donc de la marge." Quid d’un choc systémique créé par une crise du crédit privé, comme le craignent un nombre croissant d’investisseurs ? Ici aussi, le managing director de PIMCO se veut confiant. "Là encore, les comparaisons avec la crise de 2008 ne tiennent pas. En 2008, deux ingrédients avaient amplifié le choc : un levier d'endettement extrême et le décalage entre actifs et passifs. Les banques finançaient des crédits longs et peu liquides, comme des prêts immobiliers sur 30 ans, avec des passifs courts, comme des emprunts sur les marchés monétaires. Aucun de ces deux éléments n’est présent aujourd’hui. Il est tout à fait possible qu’il y ait une correction sur le marché du crédit privé, avec la faillite de plusieurs acteurs, mais la probabilité que cela dégénère en une crise systémique me semble donc très faible."
🔗 Lire l'article original
👁️ 0 lecture