● Courrier International 📅 16/04/2026 à 18:43

Au Salvador, les enfants de 12 ans pourront être condamnés à la prison à perpétuité

Géopolitique
Illustration
Le président du Salvador, Nayib Bukele, à San Salvador, au Salvador, le 30 janvier 2026. PHOTO JOSE CABEZAS/REUTERS La charge symbolique de l’image est très forte. Une cellule de prison sombre est illuminée par un rayon de lumière qui, tel un timide espoir qui se faufile, arrive à percer les barreaux écartés d’une fenêtre. Mais le titre qui accompagne cette couverture d’El Independiente ne laisse, lui, aucune place à l’optimisme. “Réclusion à perpétuité au Salvador : un outil de mise en scène politique.” La une de l’hebdomadaire “El Independiente” du 12 au 18 mars 2026. Avec cette une, parue au mois de mars, cet hebdomadaire d’opposition salvadorien entendait dénoncer une loi votée par le parlement qui a définitivement été promulgué par le président Nayib Bukele le 15 avril. Celle-ci, retrace La Prensa Grafica, “permettra de prononcer des peines d’emprisonnement à perpétuité dans les affaires d’homicide, de viol et de terrorisme à l’encontre des personnes reconnues coupables, en tant qu’auteurs ou complices, des crimes mentionnés”. À lire aussi : Droits humains. Au Salvador, le combat d’une mère pour faire sortir son fils de la mégaprison de Bukele Un changement de taille, puisque jusqu’ici, la prison à vie n’était pas comprise dans le corpus législatif de ce pays d’Amérique centrale. Toutefois, le détail qui a le plus marqué le Salvador, tout comme la presse internationale, est le fait que la perpétuité pourra s’appliquer même aux mineurs, et ce, dès l’âge de 12 ans. Une disposition choquante, même si les personnes condamnées à cette peine pourront prétendre à un régime de liberté surveillée après avoir purgé 25 ans d’emprisonnement, si elles sont mineures, ou à partir de 30 ans, si elles sont majeures. Politique sécuritaire Le caractère extrême de cette réforme surprend, mais elle est moins étonnante lorsque l’on observe la trajectoire politique de Nayib Bukele. Président de la République depuis 2019, cet allié de Donald Trump a mené depuis son arrivée au pouvoir une politique sécuritaire extrême, qui a permis de faire baisser le taux de criminalité, au prix de nombreuses entorses aux droits humains. Ainsi, dans sa volonté de mener une guerre sans merci aux gangs, Bukele a mis en place un état d’urgence permanent et emprisonné plus de 1 % de la population. À lire aussi : Criminalité. Salvador : la répression du président Bukele contre les gangs séduit ses voisins Une politique d’incarcération de masse, qui s’est par ailleurs accompagnée de très graves erreurs, puisque, comme le note El País, il a été découvert que, “des dizaines de milliers de personnes arrêtées au Salvador sous le régime d’exception ne figuraient pas, dans les registres officiels, comme des membres de gangs. Un chiffre qui montre que le modèle sécuritaire de Nayib Bukele ne fait plus clairement la distinction entre coupables et innocents”, accuse le média espagnol. Et El Independiente n’est pas moins critique. “Un pays rempli de prisons, c’est l’aveu d’un gouvernement qui a échoué dans sa mission d’éducation, qui n’a pas l’intention de mettre un crayon dans la main d’un enfant, mais plutôt un cadenas sur la porte d’un homme”, accuse l’hebdomadaire en faisant référence à la récente réforme constitutionnelle. Cette dernière, aura des conséquences néfastes sur toute la société, puisque désormais, “la peur rampante ne touchera pas seulement le criminel, mais aussi le citoyen lambda, témoin du pouvoir absolu de l’État, qui peut décréter qui disparaîtra de la société à jamais”. Or conclut El Independiente, “l’histoire nous enseigne que la répression poussée à l’extrême ne fait que nourrir une violence encore plus féroce pour le futur. La répression sans prévention n’est qu’un mirage, et la seule véritable sécurité est celle qui naît de la justice sociale”. Beniamino Morante Nayib Bukele Amériques Sur le même sujet Politique. Après une réforme constitutionnelle au Salvador, la crainte d’une “dynastie Bukele” Éducation. Au Salvador, le régime de Bukele impose des règles capillaires dans les écoles Politique. Au Salvador, l’exil des journalistes et un “risque de panne informative” Santé. Au Salvador, Bukele confie la gestion des maladies chroniques à l’IA Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. 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