● BFM Tech 📅 16/04/2026 à 15:28

Comment, coupés d’Internet depuis le début du conflit, les Iraniens contournent le black-out grâce à des informations cachées dans des signaux satellites furtifs

Géopolitique
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Des signaux furtifs contournent le black-out internet iranien (illustration) - BFM TechCoupés d’Internet depuis le début du conflit, les Iraniens peuvent compter sur des signaux satellitaires discrets pour contourner le black-out numérique, notamment grâce à une technologie appelée Toosheh, développée par l'ONG américaine NetFreedom Pioneers.Le 8 janvier 2026, dans un contexte de manifestations massives, l’Iran a imposé un black-out informationnel sans précédent, coupant presque totalement Internet dans tout le pays et perturbant fortement les communications. Cette mesure a isolé plus de 90 millions d’habitants, les privant d’accès au monde extérieur mais aussi de communication entre eux.Depuis cet épisode, la situation ne s’est jamais totalement normalisée: à la suite de frappes aériennes américaines et israéliennes fin février, les autorités iraniennes ont réinstauré des restrictions massives, entraînant de nouvelles coupures des flux d’information internationaux.Une censure de facto d'autant plus facile à mettre en place que le réseau iranien est extrêmement centralisé, avec peu de fournisseurs d'accès et peu de point d'accès physique au réseau mondial. La "plupart des points de passage vers les réseaux internationaux sont ainsi aux mains d'opérateurs télécom liés à l'Etat iranien", explique Evan Alireza Firoozi, directeur exécutif de l'ONG américaine NetFreedom Pioneers (NFP), dans une tribune publiée dans la revue Spectrum de l'IEEE.La situation s'est même dégradé à partir de 2013 quand le projet de Réseau national d'information d'Iran a commencé à voir le jour. Une sorte d'intranet national, sous contrôle où il est donc aisé de contrôler les flux d'information entrants et sortants via le Net...Un membre des forces de sécurité iraniennes monte la garde sous un grand portrait du nouveau Guide suprême de l'Iran, Mojtaba Khamenei, lors d'une cérémonie commémorative marquant le 40e jour depuis l'assassinat de son père, l'ayatollah Ali Khamenei, lors de frappes conjointes américano-israéliennes, le 9 avril 2026 à Téhéran, en Iran. © Majid Saeedi / GETTY IMAGES EUROPEQuoi qu'il en soit, lors des précédentes coupures, de nombreux Iraniens réussissaient encore à contourner les blocages grâce aux VPN. Mais cette solution est aujourd’hui beaucoup moins efficace. Les autorités ont en effet renforcé leur contrôle en utilisant des technologies plus avancées, comme la "Deep Packet Inspection" (inspection approfondie des paquets).Concrètement, cela leur permet de surveiller en temps réel ce qui circule sur Internet et d’identifier certains types de connexions. Elles peuvent ainsi repérer et bloquer plus facilement les VPN, les applications de messagerie, les réseaux sociaux ou les sites considérés comme sensibles.Contournement par le satelliteToutefois, il existe toujours une dernière technique pour contourner cette chape de plomb numérique. Une technologie appelée Toosheh permet de diffuser des informations en temps réel en Iran, offrant ainsi une bouée de sauvetage à des millions de personnes privées d’informations fiables. Elle a été développée par l'ONG américaine NetFreedom Pioneers (NFP), et plus précisément par un de ses cofondateurs, Mehdi Yahyanejad, un technologue et entrepreneur irano-américain.Cette technologie s’inscrit dans la continuité de l’usage massif de la télévision par satellite en Iran, largement répandue malgré son interdiction. Les signaux satellites gratuits, non chiffrés, peuvent ainsi être captés sans abonnement et même enregistrés.La Chine et la Russie, discrets gagnants de la guerre en Iran? 21:50Grâce à des cartes de diffusion vidéo numérique (DVB pour Digital Video Broadcasting, un dispositif qui permet de capter les signaux de télévision numérique par satellite, NDLR), connectées à un ordinateur, certains utilisateurs transforment ainsi leur matériel en récepteur capable de recevoir et de décoder les signaux satellites, leur permettant de stocker des contenus et même de télécharger des données via des canaux dédiés.Anonymat garanti?Le magazine IEEE Spectrum détaille le mécanisme de fonctionnement de cette technologie. Concrètement, un récepteur satellite ne fait pas la différence entre des données classiques (comme la télévision) encodées dans un flux de données Mpeg et celles envoyées et encodées par Toosheh: pour lui, tout se ressemble. Ainsi, les concepteurs de Toosheh, qui veut dire "besace" en farsi, ont eu l'idée de greffer leurs données sur une des couches du flux satellite.Résultat, des données peuvent être transmises sur un flux Mpeg, qui sera perçu comme tel par un récepteur satellite, alors qu'il contiendra des documents, des vidéos, etc.Pour émettre ces données encodées, Toosheh utilise un ou plusieurs satellites Yahsat, des satellites de télécommunication exploités par la société éponyme, basée aux Emirats arabes unis, et qui sont en position géostationnaire au dessus du Moyen-Orient.Ce flux sera ensuite reçu, stocké, puis décodé par le logiciel Toosheh. Le contenu pourra ensuite être consulté sur un ordinateur ou un smartphone, sans laisser de trace. Car Toosheh ne conserve aucun log de son activité, ce qui garantit l’anonymat des utilisateurs.Un policier monte la garde sous une affiche de l'ancien guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 10 mars 2026 à Téhéran, en Iran. © SAEED QAQ / ANADOLU / ANADOLU VIA AFPAlors, Toosheh ne donne pas accès à Internet et ne fonctionne pas comme le web, où l’on cherche une information. En revanche, il permet à ses utilisateurs de recevoir automatiquement des fichiers sélectionnés avec soin, un peu comme un magazine numérique, pouvant atteindre plusieurs gigaoctets de données.Cette technologie a déjà permis de diffuser divers contenus en Iran, notamment des tutoriels de premiers secours destinés aux secouristes et aux manifestants blessés, ainsi que des reportages non censurés provenant de médias comme BBC Persian, Iran International, IranWire ou encore VOA Farsi. Elle a également servi à distribuer des logiciels essentiels, en particulier certains outils permettant de contourner la censure et la surveillance.Le coût (modeste) de la liberté d'informationSi Toosheh est gratuit pour les utilisateurs, à l'exception de l'achat d'une antenne et d'un récepteur satellite, l'émission des données représente un vrai coût puisque NetFreedom Pioneers a besoin de payer "des dizaines de milliers de dollars par mois pour la bande passante satellite", explique Evan Alireza Firoozi, qui continue: "Nous avions reçu un financement du département d’État américain, mais en août 2025, ce financement a pris fin, nous contraignant à suspendre les services en Iran".Jusqu'à ce que les manifestations de décembre éclatent et que la diffusion d'information vers l'Iran devienne à nouveau "une priorité urgente". "Pour relancer Toosheh, nous avions besoin d’environ 50.000 dollars par mois.", déclare le directeur exécutif de NFP. Une somme qui a été récoltée auprès de donateurs privés pour quelques mois."A l’avenir, nous envisageons que Toosheh devienne un élément fondamental de la résilience numérique mondiale. Il est non censuré, intraçable et résistant aux coupures imposées par les gouvernements", assène Evan Alireza Firoozi, qui reconnaît qu'il peut être parfois être difficile d'expliquer la valeur de cette technologie uniquement descendante à des personnes qui profitent d'un "accès ouvert à Internet" et "vivent dans un monde libre".Les plus lusSoupçonné de violences conjugales, Jean Imbert n'est plus le chef du Plaza Athénée"Une très, très longue histoire": ce que l'enfant séquestré plus d'un an dans une camionnette dans le Haut-Rhin a dit aux enquêteursIran: un conseiller de Mojtaba Khamenei menace de couler les navires américains s'ils tentent de faire "la police" dans le détroit d'Ormuz"Quelle injustice!": la presse madrilène hurle au scandale après l'exclusion de Camavinga face au Bayern"Je suis très heureux": Jordan Bardella officialise sa relation avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles
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