● Univers Freebox 📅 16/04/2026 à 11:30

Piratage en ligne : l’efficacité des blocages remise en question par une étude européenne

Cybersécurité 👤 Lucas Musset
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Piratage en ligne : l’efficacité des blocages remise en question par une étude européenne En s’attaquant aux FAI, DNS et VPN, les autorités ont élargi leur arsenal. Mais selon le CEPS, l’impact sur le piratage reste incertain. Depuis plusieurs années, l’Europe durcit le ton face au piratage en ligne. D’abord concentrée sur les fournisseurs d’accès à Internet, la riposte s’est progressivement étendue à d’autres maillons clés du web, comme les services DNS, les plateformes intermédiaires et plus récemment les VPN. Une stratégie de plus en plus globale… mais dont l’efficacité réelle est aujourd’hui sérieusement questionnée. Une escalade technique qui touche tout l’écosystème C’est le constat dressé par le Centre for European Policy Studies (CEPS) dans un rapport récent. Selon lui, la lutte contre le piratage s’est transformée en une forme d’escalade : chaque nouvelle mesure de blocage entraîne des techniques de contournement, qui justifient à leur tour de nouvelles restrictions. Résultat, les autorités ne se contentent plus de bloquer des sites via les FAI. Elles ciblent désormais aussi des acteurs comme Cloudflare ou Google via leurs services DNS, voire des fournisseurs de VPN. Mais en élargissant ainsi le périmètre, c’est toute l’infrastructure du web qui se retrouve indirectement impactée, affirme l’étude. Le rapport met en lumière un effet secondaire majeur : le surblocage. En particulier lorsque les autorités bloquent des adresses IP. Contrairement à une idée répandue, une adresse IP ne correspond pas à un seul site. Avec les CDN modernes, une même IP peut héberger des centaines, voire des milliers de services. En bloquer une revient donc à couper l’accès à de nombreux contenus légitimes. Plusieurs incidents récents illustrent ce phénomène : en Italie, un blocage a rendu Google Drive inaccessible en Espagne, une décision liée à LaLiga a affecté plus de 3 000 services hébergés via Cloudflare ailleurs en Europe, certains blocages ont perturbé des services comme OpenDNS, opéré par Cisco Pour le CEPS, ces situations ne sont pas des accidents isolés, mais une conséquence directe des méthodes utilisées. Au-delà des effets collatéraux, une autre question se pose : ces blocages fonctionnent-ils vraiment ? Bloquer un site peut réduire son accessibilité à court terme, mais les internautes trouvent rapidement des solutions alternatives : DNS différents, VPN, proxies… Ce jeu du chat et de la souris limite fortement l’impact des mesures dans la durée. Le rapport souligne même que la baisse du piratage observée ces dernières années s’explique surtout par un autre facteur : l’amélioration de l’offre légale. Plateformes plus accessibles, catalogues plus riches, prix plus compétitifs… autant d’éléments qui incitent naturellement les utilisateurs à abandonner les solutions illégales. Autre point soulevé : le déséquilibre entre les acteurs. Les ayants droit, à l’origine des demandes de blocage, ne supportent ni les coûts techniques ni les conséquences des erreurs. Ces responsabilités reposent sur les intermédiaires, qui doivent appliquer les décisions parfois dans l’urgence. Un fonctionnement qui encourage des demandes larges, sans toujours mesurer les dommages collatéraux. Face à ces limites, le CEPS appelle à revoir l’approche actuelle. Parmi ses recommandations, abandonner le blocage par adresse IP, jugé trop imprécis, privilégier des méthodes plus ciblées, comme le blocage DNS ou par URL, rééquilibrer les responsabilités, en impliquant davantage les ayants droit. En filigrane, une idée se dessine : la lutte contre le piratage ne peut pas reposer uniquement sur des mesures techniques toujours plus larges. À noter enfin que l’étude a été financée par Nord Security, maison mère de NordVPN, un acteur directement concerné par ces politiques. Le think tank assure néanmoins avoir mené ses travaux en toute indépendance. Cet article a été repris sur le site Univers FreeBox Publié le 16/04/2026 à 11h30 par Lucas Musset
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