● Journal du Net
📅 16/04/2026 à 11:05
Ed Dinichert (Criteo) : "Criteo va devenir full-funnel et cross-canal"
Data Science
👤 Luciana Uchôa-Lefebvre
GO en libre-service, collaboration avec les agences, social, CTV, OpenAI… Ed Dinichert, chief costumer officer chez Criteo, explique comment l'adtech cherche la croissance. JDN. Le marché a très mal réagi aux prévisions de croissance de Criteo pour 2026. Le contexte de l’open web n’est pas favorable. Comment comptez-vous rebondir ? Ed Dinichert est chief costumer officer chez Criteo. © Criteo Ed Dinichert. Notre trajectoire de ces derniers mois n’a peut-être pas été perçue de manière hyper positive. Certes le gâteau de l’open web se rétrécit. Mais il ne faut pas limiter l’open web à un type d’inventaire. L’open web, c’est une ressource largement sous-estimée en data offrant des capacités de targeting, d’insights et de mesure, qui, prises de manière agrégée, s’avèrent être un excellent complément voire une alternative aux Gafam. Criteo dispose d’énormément de ressources qui la différencient. Criteo, ce sont 1 000 ingénieurs basés à Paris, une entreprise de bâtisseurs agile disposant d’un ID graph de 740 millions de visiteurs uniques par jour et 5 milliards de SKU (références produits, ndlr). Nous voyons mille milliards de dollars d’informations transactionnelles par an grâce aux plus de 17 000 sites qui embarquent nos tags partout dans le monde. C’est bien la raison pour laquelle j’ai décidé de rejoindre Criteo : cette société technologique existe depuis vingt ans et a fait preuve de beaucoup de résilience à plusieurs reprises. Je suis bien placé pour le savoir, vu que j’ai passé dix ans chez Amazon : le monde ne se résume pas à quatre grosses entreprises technologiques américaines. Il n’empêche que la publicité sur l’open web, activité historique de Criteo qui génère les trois quarts de ses revenus, perd du terrain. C’est inexact de se référer uniquement à l’open web pour décrire notre activité, vu que Criteo s’est transformé ces dernières années pour remonter dans l’entonnoir de conversion, au-delà de son activité historique (conquête, visites, retargeting…). Nous adressons désormais également le mid-funnel grâce à notre partenariat avec Meta, live depuis 18 mois. Et nous allons continuer de bâtir de nouveaux partenariats avec d’autres walled gardens, des annonces seront faites en ce sens encore cette année. A terme, Criteo a vocation à devenir full-funnel et cross-canal. Notre SSP, Grid, est live sur la CTV depuis un an et nous allons accélérer sur ce canal. Une autre clé de voûte de notre développement est l’ouverture de notre plateforme GO en self-service, c’est une grande première. Jusque-là Criteo a toujours travaillé en 100% managed. Quelle est votre ambition avec la mise à disposition, pour l’instant aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, de Criteo GO en libre-service ? L’ouverture en self-service de GO est un pas énorme que nous franchissons, qui nous offre une marge de progression extraordinaire avec le potentiel d’un million de petits et moyens annonceurs, ne serait-ce qu’aux Etats-Unis. Notre intégration avec Shopify nous permet d’onboarder les SKU de chaque annonceur en un clic (via l’url du Shopify Shop), ce qui nous ouvre un potentiel de 80 000 shops disposant de la taille critique pour devenir des annonceurs actifs chez nous. C’est considérable comme marge de progression, si on se souvient que nous disposons aujourd’hui de 17 000 clients dans le monde en managed. L’annonceur qui rejoint GO accède à l’id graph de Criteo, soit le plus gros asset de l’entreprise, développé au cours de ces vingt dernières années, pour activer ses campagnes sur l’open web, le web mobile et sur Meta et bientôt sur d’autres canaux. Sur GO, l’annonceur downloade très facilement les tags Criteo sur son site et uploade sur la plateforme tous ses flux produits : GO identifie automatiquement les produits à vendre et comprend l’entonnoir de conversion des consommateurs, afin d’optimiser l’activation des campagnes sur cette base. GO sera disponible en libre-service au niveau mondial encore cette année. Un mot aussi concernant les agences : je crois fortement à un avenir où Criteo travaillera de façon rapprochée avec les agences médias. Le libre-service est la voie royale pour cela : nous allons proposer cette année une version entreprise de GO en libre-service pour permettre aux agences de piloter les campagnes de leurs clients annonceurs. Aujourd’hui Criteo collabore avec les agences uniquement sur le volet retail media. Cela va changer. Vous êtes ouverts à ce que des concurrents qui ont aussi des graphs, comme Publicis, Dentsu ou Havas, se servent de votre id graph ? Nous sommes en ce moment même en discussions actives avec des grands groupes d’agences qui disposent de leurs propres ID graphs pour voir de quelle manière Criteo peut les enrichir. Nous sommes complémentaires. Criteo va aider les agences à obtenir de meilleures performances. A titre d’illustration, nous avons permis à un annonceur d’augmenter de 50% le reach d’une campagne achetée via Amazon DSP grâce à notre ID graph activé en curation sur notre SSP Grid. Votre cours de bourse a grimpé lors de l’annonce de votre partenariat avec OpenAI. Où en êtes-vous et pouvez-vous nous en dire plus sur ce que, concrètement, vous apportez à OpenAI ? Nous sommes très fiers d’être les premiers à être live chez OpenAI aux Etats-Unis et avec beaucoup d’annonceurs à bord et aussi bientôt en Australie, au Canada et en Nouvelle-Zélande. Nous sommes aux prémices de cette nouvelle aventure sur ce canal qui, à mon sens, doit être perçu comme étant là pour favoriser la découverte, le milieu et le haut de l’entonnoir. Pourquoi Criteo ? Un LLM aujourd’hui n’a pas nécessairement besoin d’un DSP, mais d’un acteur qui lui apporte les insights les plus profonds possibles pour livrer l’expérience publicitaire la plus fine et la plus personnalisée. C’est pour cela, je pense, qu’OpenAI a choisi de commencer avec Criteo. Nous sommes là pour leur fournir un maximum d'insights à la fois en profondeur et en volume : quand ChatGPT reçoit une requête d’un utilisateur, nous sommes en capacité de chercher dans nos 5 milliards de SKU le détail du modèle, de la couleur, du prix, etc. afin de faire remonter la réponse la plus juste, le tout en livrant la bonne publicité grâce à notre DCO (dynamic creative optimization). Le prochain sujet pour nous avec eux sera la mesure. Open AI cherche à construire sa propre stack : pensez-vous vraiment que votre partenariat est de nature à se pérenniser ? A nous de les convaincre de notre capacité à leur procurer les innovations et les solutions dont ils auront besoin sur le long cours, plutôt que seulement les accompagner dans l’incubation de leur stack publicitaire. Les fonctionnalités agentiques pour vos partenaires sont-elles un levier potentiel de croissance pour les prochaines années ? Nos outils intègrent déjà fortement des agents d’IA pour automatiser le travail (insights, workflows, rapports…). Même notre SSP, Grid, est prompt-based. Nous expérimentons le MCP avec iProspect et Amnet (Dentsu) et nos travaux autour du lancement de campagnes agentiques sont en très bonne progression. Nous sommes par ailleurs très intéressés à renforcer ces expérimentations et nous invitons d’autres agences à ne pas hésiter à nous challenger sur ces sujets. La connexion agentique est à ses prémisses et je pense qu’elle deviendra une réalité économique dès 2027. Le retail media, activité vers laquelle Criteo s’est tournée ces dernières années pour bâtir son avenir, ne livre pas toutes ses promesses, étant par nature limitée en-dehors d’Amazon et fortement concurrencée par d’autres plateformes. Vous avez perdu un gros client en 2025 : Target. Comment comptez-vous rebondir ? Nous avons beaucoup de marge de croissance avec nos propres clients, dont beaucoup n’opèrent pas encore une stratégie 100% retail media, une part considérable des activations passant par le trade marketing. Nos clients ont par conséquent encore beaucoup à découvrir sur ce qu’ils peuvent gagner grâce à la technologie publicitaire. Pour ce qui est de l’avenir de cette activité, il ne faut pas oublier que le retail media n’a de sens pour les annonceurs que de manière agrégée : ce marché est extrêmement fragmenté et les annonceurs ont besoin d’un acteur comme Criteo pour leur permettre d’activer et d’obtenir une vision, un workflow, des insights, un ROAS et une mesure multi-retailers.
🔗 Lire l'article original
👁️ 0 lecture