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📅 16/04/2026 à 08:27
J'ai regardé ces vidéos et courts-métrages générés par IA, et j'ai compris qu'Hollywood avait du souci à se faire
Géopolitique
👤 Aymeric Geoffre-Rouland
J'ai regardé ces vidéos et courts-métrages générés par IA, et j'ai compris qu'Hollywood avait du souci à se faire95 % de slop écœurant, 5 % de sidération Par Aymeric Geoffre-Rouland Publié le 16/04/26 à 08h27 Nos réseaux : Suivez-nous Commenter 4 © AI OR DIE - Neil deGrasse Tyson, astrophysicien et acteur involontaire d'un blockbuster qui n'existe pas. Tout est parti d'un scroll sur r/aivideo. Puis d'autres subreddits, et de fil en fil, une évidence : 95 % des vidéos générées par IA qui circulent est du slop.Des visages qui fondent, des mouvements impossibles, des scénarios générés par un LLM fatigué. J'ai failli refermer l'onglet dix fois. Et puis, au détour d'une vidéo, puis d'une autre, puis d'une autre, le vertige : des courts-métrages de deux ou trois minutes, fabriqués par une ou deux personnes avec une poignée d'outils grand public - Grok, Kling AI, Seedance 2.0, ElevenLabs, Fish Audio, Freepik, etc. - et qui m'ont sincèrement bluffé, ému, parfois franchement mis mal à l'aise.Du slop qui annonce autre choseD'abord ce pastiche de blockbuster Marvel, signé AI OR DIE, sorti le 14 avril 2026 : Elon Musk, Neil deGrasse Tyson et Sam Bankman-Fried tentent de sauver le multivers, voix clonées avec un aplomb troublant et 25 000 vues encaissées en 48 heures. Tout cela respire l'artifice, le grotesque, le caricatural, sue la ficelle scénaristique, mais sur un écran de téléphone, l'illusion tient. Et elle tient pour tout le monde, désormais. Du même créateur, BIG BIG SPACE: Episode 1, premier opus d'une série conçue comme un véritable feuilleton, prouve que la logique de chaîne narrative, et plus seulement de one-shot viral, commence à s'installer chez les créateurs IA. D'autres épisodes sont sortis ensuite. En Chine, le court-métrage Huo Qubing, consacré à un général antique, a cumulé 500 millions de vues en quelques semaines. Produit en 48 heures par une équipe de vingt personnes sans acteurs ni tournage, uniquement avec des outils d'IA, pour un coût de calcul dérisoire. Même registre, autre tonalité : en mars, le cinéaste Hashem Al-Ghaili publiait The Strays of Hiroshima, un court-métrage animé cette fois-ci, suivant un chiot errant et un chat dans les rues d'Hiroshima en août 1945. L'amitié des deux bêtes s'étire jusqu'au largage de Little Boy. Trois minutes, aucun acteur, une charge émotionnelle que bien des productions traditionnelles peineraient à égaler. Enfin, le studio shenzhénois WAI a publié début avril Paper Phone, un court-métrage de trois minutes, réalisé par deux personnes en trois jours avec Kling 3.0 Omini. On y suit un petit garçon entrant dans une boutique d'offrandes funéraires avec 15 yuans en poche, pour acheter un téléphone en papier et “appeler” sa grand-mère défunte. Le seul accessoire physique du tournage était ce téléphone dessiné à la main. Les plateformes rattrapées, les studios coincésSur Reddit, les subreddits dédiés à la vidéo IA se multiplient et les courts-métrages s'enchaînent. YouTube, lui, a fini par craquer : en décembre dernier, la plateforme a supprimé Screen Culture et KH Studio, deux mastodontes cumulant plus de deux millions d'abonnés et plus d'un milliard de vues à eux deux. Leur péché ? Screen Culture avait publié 23 versions différentes d'un trailer pour The Fantastic Four: First Steps, dont plusieurs écrasaient la bande-annonce officielle dans les résultats de recherche. Hollywood doublé par son propre fandom.Côté industrie, la panique est feutrée mais bien réelle. La SAG-AFTRA, puissant syndicat des acteurs américains présidé depuis peu par Sean Astin, a rouvert ses négociations avec les studios le 9 février, bien avant l'expiration du contrat le 30 juin. Son chef négociateur Duncan Crabtree-Ireland pousse pour une “Tilly tax”, du nom de Tilly Norwood, cette “actrice” entièrement générée par IA dévoilée l'an passé par la société britannique Particle6. L'idée : taxer chaque personnage synthétique au même niveau qu'un acteur humain, pour couper toute incitation économique au remplacement.“Qu'est-ce que ça veut dire, mourir ?” Trois minutes, deux personnes, une IA chinoise. Paper Phone est, de loin, la vidéo qui m'a le plus marqué cette semaine.© Kling AI / réalisé par Li Ting, écrit par Yang XuanSigne que rien n'est écrit d'avance, OpenAI a brutalement fermé Sora le 24 mars dernier, son application vidéo phare : 15 millions de dollars de coûts quotidiens pour 367 000 dollars de revenus mensuels, et un partenariat à un milliard avec Disney qui n'aura jamais été finalisé. Produire de la vidéo par IA coûte encore une fortune, et personne n'a trouvé la formule pour la rentabiliser.Combien de temps avant qu'un vrai long-métrage, et pas un pastiche YouTube teinté de slop, sorte d'une chambre d'étudiant ? L'artisanat hollywoodien ne s'éteindra pas demain matin, mais son oligopole, lui, prend l'eau à grande vitesse, et la bataille pour savoir qui captera cette nouvelle manne est loin d'être tranchée. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ? 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