● Courrier International
📅 16/04/2026 à 07:01
En oubliant le climat, BP chauffe ses actionnaires
Géopolitique
Climatiques Avec le printemps arrive la saison des assemblées générales des entreprises, ces grands forums où se joue en principe la “démocratie actionnariale”, comme le rappelle Mark van Baal, fondateur de Follow This, à CNBC. Si l’on en croit ce collectif néerlandais d’actionnaires militants du climat, qui fait pression, de l’intérieur, sur les géants du pétrole, l’assemblée de BP, le 23 avril près de Londres, risque fort de tourner au pugilat. L’industriel britannique a en effet refusé d’inscrire leur résolution à l’ordre du jour. Dans une pure logique capitaliste, ce texte demandait à l’entreprise de détailler sa stratégie pour continuer à créer de la valeur si la consommation de gaz et de pétrole venait à baisser à moyen et long termes. Rappelons que BP, après s’être engagé, en 2019, à réduire de 25 % sa production d’hydrocarbures d’ici à 2030 pour se concentrer sur les énergies bas carbone, a fait volte-face l’année dernière, annonçant des investissements massifs dans le gaz et le pétrole. En refusant de soumettre le sujet au vote, BP a franchi une ligne rouge. Mais le géant pétrolier ne s’est pas arrêté là. Il va aussi proposer aux actionnaires d’organiser dorénavant les assemblées générales uniquement en ligne et – pourquoi se gêner ? – de révoquer deux résolutions, lui imposant de publier des informations détaillées sur sa politique climatique, qu’ils avaient approuvées en 2015 et 2019. Même pour des investisseurs pur jus, c’en est trop. Legal & General Investment Management, l’un des huit principaux actionnaires de BP, “déplore un ‘défaut de transparence’ qui limite la capacité des actionnaires à évaluer les risques liés à la transition énergétique”, relate The Observer. Scandalisé, le gestionnaire britannique votera contre le renouvellement d’Albert Manifold à la présidence de BP – un poste qu’il n’occupe que depuis six mois. Glass Lewitt, l’une des principales agences de conseil en vote mandatées par les investisseurs institutionnels, et le Local Authority Pension Fund Forum, groupement de fonds de pension britannique, réclament eux aussi la tête du président. Tout ce beau monde appelle désormais à soutenir, contre l’avis du conseil d’administration, une autre résolution, assez proche de celle de Follow This, déposée par l’ONG Australasian Centre for Corporate Responsibility : BP doit démontrer que l’augmentation des investissements dans les énergies fossiles peut créer de la valeur pour les actionnaires. Dans l’immédiat, on peut en douter. Pour la première fois depuis la pandémie de Covid, la consommation de pétrole devrait reculer en 2026 sous l’effet des pénuries et des hausses de prix liées à la guerre en Iran, a indiqué l’Agence internationale de l’énergie le 14 avril. À plus long terme, ce n’est pas gagné non plus. Selon l’un des trois scénarios (dit “intermédiaire”) présentés en novembre dernier par cette organisation, la demande de pétrole déclinera durablement à partir de 2030 (et 2035 pour le gaz). Cité par The Wall Street Journal, le président du Local Authority Pension Fund Forum s’inquiète : “À l’heure où les conséquences concrètes de l’inaction à l’égard du réchauffement climatique se font sentir, l’augmentation des investissements dans les énergies fossiles, sans preuve manifeste de compétitivité, constitue un risque important pour les épargnants.” Pour les compagnies pétrolières aussi, sans doute. Pascale Boyen Vous n’êtes pas encore abonné ? Abonnez-vous dès 1€ En bref Le castor, ce héros du climat Grâce aux barrages qu’il construit, le castor lutte contre le réchauffement climatique en aidant au maintien des écosystèmes aquatiques, montre une étude publiée dans la revue scientifique Communications Earth & Environnment. Selon les chercheurs, les “zones humides créées par les castors stockent jusqu’à dix fois plus de carbone que des paysages comparables” dont ils sont absents, rapporte Die Tageszeitung. Pour en savoir plus, c’est ici. Pré-COP dans le Pacifique “Tuvalu, État insulaire du Pacifique en première ligne de la crise climatique, accueillera une réunion spéciale des dirigeants mondiaux avant la COP31 de cette année.” C’est ce que The Guardian Australia retient de la toute première lettre en tant que président désigné de l’édition 2026 du sommet onusien que Murat Kurum, ministre du Climat turc, a adressée le 13 avril aux partenaires internationaux. Cette réunion spéciale se tiendra dans le cadre des préparatifs à la Conférence internationale sur le climat, qui se tiendra aux Fidji du 5 au 8 octobre. Puis, en novembre, les négociateurs se retrouveront à Antalya, en Turquie, sous l’égide de Chris Bowen, ministre de l’Énergie australien. Ce partage entre Pacifique et Turquie avait été décidé à la suite d’un long bras de fer qui a débuté à la COP30. Déforestation : l’Indonésie dépassera-t-elle le Brésil ? Depuis l’arrivée au pouvoir du président Prabowo Subianto en octobre 2024, l’Indonésie connaît une nette accélération de la déforestation tropicale, qui a atteint 433 751 hectares dans le pays en 2025. Soit une hausse de 66 % par rapport à l’année précédente. C’est Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, qui est “le principal moteur de la déforestation”, rapporte le quotidien Kompas, tandis que la progression en Papouasie est la plus rapide, avec une hausse de 348 % par rapport à 2024. Pour en savoir plus, c’est ici. Menace sur le manchot empereur C’est officiel : l’animal emblématique de l’Antarctique a été ajouté par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à la liste rouge des espèces en danger, au côté de l’otarie de Kerguelen. “Le changement climatique est en train de pousser deux espèces emblématiques de l’Antarctique au bord de l’extinction”, explique CNN. Le si “charismatique” manchot empereur pourrait voir sa population diminuer “de moitié d’ici aux années 2080”. Pour en savoir plus, c’est ici. À relire EL PAÍS AMÉRICA, 10/04/2026 : Mexique. Dans le Veracruz, les fuites de pétrole liées à la fracturation hydraulique contaminent les terres agricoles JUMMAR, 05/08/2025 : Géopolitique. “La soif de Bassorah” ou l’histoire tragique du dessèchement de l’Irak DIE ZEIT, 23/07/2022 : Infographie. La face sombre de l’avocat Vous venez de lire l’édition no 138 de Climatiques. Courrier international Gaz à effet de serre Finance Énergies fossiles Climat Changement climatique Nos lecteurs ont lu aussi Pendant que vous dormiez. Israël-Liban, incendie en Australie, fusillade en Turquie, licenciements à la BBC, Grasset : les informations de la nuit La face sombre de l’avocat. La face sombre de l’avocat Vu d’Italie. La course à l’Élysée 2027, ce grand opéra-bouffe À la une du magazine. Présidentielle 2027 en France : le bal des prétendants, vu par la presse étrangère Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Bibliocité « Contre l’imposture, l’auto-défense intellectuelle ». Rencontre avec Aurélie Jean, auteure d’« Imposture, comment identifier les usurpateurs du débat public » le 16 avril 2026. Je m’inscris → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire de « Les filles du Kurdistan » de M. Sauloy & C. Baloup aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
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