● Courrier International 📅 15/04/2026 à 19:57

La une du magazine “L’Espresso” provoque la colère d’Israël

Géopolitique
Illustration
La première page du magazine italien “L’Espresso” du 10 avril 2026. L’Espresso Dans un champ d’oliviers situé à l’ouest d’Hébron, en Cisjordanie, un homme, qui semble être un soldat israélien, sourit de façon sournoise, voire cruelle, à une femme que l’on imagine palestinienne. Celui qui est décrit dans la légende comme un “colon” arbore des papillotes, symbole de ferveur religieuse dans le judaïsme orthodoxe. “L’Abus”, titre L’Espresso pour accompagner cette photo de une. Un abus qui, dans l’idée de ce magazine de gauche, est perpétré par l’armée israélienne contre les Palestiniens. “L’annexion de la Cisjordanie, avec les soldats complices des colons. Gaza anéantie. L’avancée au Liban. La frontière violée en Syrie. La guerre à l’Iran. Le nettoyage ethnique et les massacres. Ainsi la droite sioniste donne-t-elle forme au Grand Israël”, peut-on lire en bas de la couverture. Le message est extrêmement fort, et pourtant, c’est la photo qui a déclenché un petit tremblement de terre diplomatique. En effet, après la publication de la une du 10 avril, l’ambassadeur israélien en Italie, Jonathan Peled, avait protesté sur X, en écrivant la déclaration suivante, relayée dans un autre article de L’Espresso. “Nous condamnons fermement l’utilisation manipulatrice de cette couverture. L’image déforme la réalité complexe à laquelle Israël est confronté, en promouvant stéréotypes et haine. Un journalisme responsable se doit d’être équilibré et impartial.” À lire aussi : Géopolitique. Giorgia Meloni suspend l’accord de défense entre l’Italie et Israël La conséquence de l’intervention de l’ambassadeur, forcément relayée dans la presse israélienne, a été d’attirer encore davantage l’attention sur cette couverture, stimulant le débat, surtout en Italie, sur la nature excessive ou non de celle-ci. Le quotidien de droite Il Giornale, par exemple, se range du côté de Jonathan Peled en critiquant une image “qui déploie une narration manichéenne représentant l’État hébreu comme le mal, une sorte de réincarnation du nazisme qui mènerait un ‘génocide’ sadique aux dépens d’un peuple palestinien totalement innocent”. Au-delà du débat sur le message véhiculé par l’image, retrace Open, c’est la véridicité même du cliché qui a été remise en cause, le média en ligne voyant dans ces polémiques, “un exemple d’‘IApochondrie’, ce soupçon systématique qui transforme chaque contenu en un présumé faux généré par l’intelligence artificielle”. Face aux rumeurs, l’auteur de la photo concernée a finalement décidé de prendre lui-même la parole dans le cadre d’un long post sur Instagram, où il partage une vidéo de la scène de laquelle la photo a été tirée. Ses explications successives, relayées par L’Espresso, permettent d’avoir un éclairage supplémentaire sur le cliché. “Dès le début de la récolte des olives, un groupe de colons israéliens armés (dont certains portaient l’uniforme de l’armée, comme le colon en question), accompagné de vrais soldats, est arrivé sur les lieux et a empêché les Palestiniens de récolter leurs olives. L’expression du colon représenté est la conséquence du geste qu’il a répété. Il imitait le cri que pousse le berger pour rassembler son troupeau, s’adressant aux Palestiniens comme à ses propres bêtes.” De son côté, devant la polémique qui montait, l’ambassade de Palestine en Italie s’est logiquement également emparée de la question, en allant jusqu’à retrouver la femme qui apparaît sur le cliché, qui a donné sa propre version des faits. Elle y dénonce les “menaces” et les “harcèlements répétés” que subit la population locale, ce qui corrobore logiquement le message que le média de gauche voulait véhiculer en premier lieu. Beniamino Morante Moyen-Orient Israël Europe Sur le même sujet Politique. Silvia Salis, nouvelle héroïne de la gauche italienne pour combattre Meloni ? Éclairage. Accords Israël-Liban : une histoire d’échecs successifs depuis 1948 Diplomatie. Les discussions entre le Liban et Israël à Washington : “productives” mais sans cessez-le-feu Vu d'Italie. La fin de l’idylle entre Trump et Meloni va-t-elle profiter à la Première ministre ? Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. 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