● Courrier International
📅 15/04/2026 à 16:00
Mexique : Omar García Harfuch, ministre de la Sécurité et “sex-symbol”
Géopolitique
Une commerçante vend des articles à l’effigie d’Omar García Harfuch, ministre de la Sécurité mexicain, dont la popularité a grimpé en flèche après la mort du chef de cartel "El Mencho" en février, à Mexico, le 12 mars 2026. Henry Romero / REUTERS [Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 17 mars 2026 et republié le 15 avril] Peut-on être ministre chargé de la Sécurité publique et susciter le même enthousiasme qu’une vedette de la pop ? Au Mexique, la réponse semble être oui. Ces dernières semaines, la figure d’Omar García Harfuch, actuel ministre de la Sécurité de Claudia Sheinbaum, fait l’objet d’un phénomène médiatique et populaire pour le moins singulier. À lire aussi : Criminalité. Le Mexique enregistre une baisse des homicides, mais “la violence n’a pas disparu” Depuis la capture puis la mort du chef du Cártel de Jalisco Nueva Generación, Nemesio Oseguera Cervantès, alias “El Mencho”, le 22 février, lors d’une opération des autorités mexicaines, le ministre est élevé au rang de véritable star. Une glorification et une popularité poussées à l’extrême, au point que des ventes de produits dérivés à son effigie connaissent un franc succès, rapporte La Vanguardia. Peluches et couvertures “ultradouces” Couvertures, peluches, coussins, serviettes de plage… L’homme de 44 ans, qualifié par la presse de “sex-symbol” ou encore de nouveau “Daddy du Mexique” (El Nuevo Papi de México, en espagnol), s’invite désormais sur une vaste gamme de produits vendus dans tout le pays. Ces articles circulent notamment sur la plateforme de vente en ligne latino-américaine Mercado Libre, mais aussi sur Amazon, indique le quotidien mexicain. Selon le même journal, les prix varient de 263 à 358 pesos mexicains (de 13 à 17,5 euros environ). D’après les informations obtenues par l’agence Reuters, et largement relayées par la presse locale, jusqu’à 150 couvertures “ultradouces” se venderaient chaque jour grâce aux commandes reçues des États-Unis ou du Costa Rica. Le phénomène a même retenu l’attention du voisin nord-américain, où le Wall Street Journal évoque un phénomène “frappant, même dans un pays habitué à des personnalités publiques hors du commun”, comme “le dictateur Porfirio Díaz au début du XXe siècle ou l’ancien président Andrés Manuel López Obrador”. À lire aussi : Football. À l’approche du Mondial 2026, le Mexique tente de dissiper les craintes sur la sécurité Toutefois, tous les commerçants ne semblent pas à l’aise avec cette ode à Omar García Harfuch. Comme le souligne un reportage de Milenio, certains vendeurs préfèrent ne pas exposer leurs produits sur leurs étals, par crainte d’éventuelles représailles de la part des groupes criminels. Dans un pays où la violence liée aux cartels demeure une réalité quotidienne, afficher le visage d’un haut responsable de la sécurité publique peut être perçu comme un geste risqué. En témoigne cette commerçante anonyme établie dans le Guanajuato, et interrogée par le quotidien mexicain : “Ça peut être très dangereux. Je ne sais pas si cela peut avoir un lien avec les groupes criminels, mais moi je préfère vendre uniquement sur commande.” Popularité croissante Si cette frénésie autour de celui que certains surnomment le “Batman de la sécurité” peut prêter à sourire, elle témoigne aussi de la popularité croissante d’Harfuch au Mexique au cours des derniers mois. En septembre 2025, un sondage national réalisé par El Financiero révélait que le ministre bénéficiait d’une cote de popularité avoisinant les 59 %, faisant de lui la personnalité politique la mieux perçue au sein de la “quatrième transformation” – ou “4T” – le grand projet politique et social mené par la présidente Claudia Sheinbaum et son alliance Morena (gauche). À lire aussi : Controverse. Claudia Sheinbaum a-t-elle eu raison de relancer la guerre contre le narcotrafic au Mexique ? Cette popularité croissante nourrit régulièrement les spéculations sur un éventuel avenir présidentiel. Une autre enquête d’opinion menée en décembre par l’institut de sondage México Elige et relayée par Político MX, indiquait que l’actuel bras droit de la présidente s’imposait comme le profil bénéficiant du plus fort soutien parmi les personnalités susceptibles de prendre le relais au sein de la “4T”. Une revanche personnelle ? Mais, comme l’indique La Vanguardia, la récente neutralisation d’“El Mencho” revêt aussi une dimension personnelle pour le ministre. Le journal rappelle en effet l’attentat spectaculaire mené par le Cártel de Jalisco Nueva Generación contre Omar García Harfuch, en juin 2020. À lire aussi : En librairie. “Mexico Médée”, de Dahlia de la Cerda, un livre “brillant, brutal et tendre” sur la violence au Mexique À l’époque responsable de la sécurité de la ville de Mexico, sous l’administration de Claudia Sheinbaum (maire de la capitale entre 2018 et 2023), il avait été pris en embuscade par un commando lourdement armé dans le quartier huppé de Lomas de Chapultepec. Le convoi avait alors ouvert le feu avec des armes de gros calibre, blessant grièvement le responsable politique. Depuis cet épisode, Omar García Harfuch bénéficie d’une image de “survivant” et de “héros” auprès d’une partie de l’opinion publique mexicaine. Une réputation aujourd’hui renforcée par la mort de l’homme considéré pendant des années comme l’un des narcotrafiquants les plus puissants du pays. Sacha Carion Cartels Criminalité Politique Amériques Nos lecteurs ont lu aussi Série . “Margo a des problèmes d’argent” aborde le travail du sexe en ligne sans leçon de morale Drogues. Chez la Gen Z, l’addiction à la kétamine tourne à l’épidémie Société. Le Brésil envisage de criminaliser la misogynie Hollywood. Les stars quittent “la vulgarité de la vie aux États-Unis” pour la France Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Bibliocité « Contre l’imposture, l’auto-défense intellectuelle ». Rencontre avec Aurélie Jean, auteure d’« Imposture, comment identifier les usurpateurs du débat public » le 16 avril 2026. Je m’inscris → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire de « Les filles du Kurdistan » de M. Sauloy & C. Baloup aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
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