● Journal du Net
📅 15/04/2026 à 12:15
Loïc Hecht (auteur) : "Ceux qui défendent la théorie de La Simulation ne sont pas des complotistes qui pensent que la terre est plate"
Géopolitique
👤 Guillaume Renouard
Dans La Simulation, un livre-enquête qui paraît ce 16 avril, Loïc Hecht plonge au cœur d'une théorie qui fascine depuis des années le monde de la tech : et si nous vivions dans une simulation informatique ? Le JDN. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’enquêter sur la théorie de la simulation avec votre livre La Simulation ? Loïc Hecht est l'auteur de La Simulation : enquête sur la théorie qui fascine la Silicon Valley (et si notre monde n’existait pas ?). Paris, Les Arènes, 16 avril 2026. © Loïc Hecht Loïc Hecht. Tout a commencé il y a une dizaine d’années : je passais alors beaucoup de temps dans la Silicon Valley, animé par le sentiment que tout ce qui était inventé là-bas finirait tôt ou tard par déferler dans nos vies. Et je suis tombé sur un article du New Yorker consacré à Sam Altman, qui était encore inconnu en dehors du cercle des passionnés de nouvelles technologies, et il venait de créer OpenAI. Le portrait expliquait que Musk et Altman étaient absolument terrifiés à l'idée que l’humanité puisse être un jour asservie par une intelligence artificielle et avaient décidé de créer OpenAI pour contrecarrer cette éventualité. Il y était également question d’un sujet connexe qui revenait régulièrement dans les discussions de la Silicon Valley, à savoir la possibilité que nous vivions dans une simulation. Le journaliste précisait que deux milliardaires auraient même embauché secrètement une équipe de scientifiques pour trouver une faille dans la réalité afin de valider cette hypothèse et potentiellement nous délivrer de la matrice. C’est de là qu’est partie cette enquête. Quels sont les arguments avancés par ceux qui pensent vivre dans une simulation ? D’abord, il faut préciser que ces gens que j’ai rencontrés ne sont pas du tout des complotistes qui pensent que la terre est plate et n’ont aucune connaissance scientifique solide. On parle d’individus qui sont astrophysiciens à la NASA, chercheurs en intelligence artificielle à Berkeley, mathématiciens à Caltech, philosophes de l'esprit… Bref, des personnes qui ont un pedigree et des diplômes impressionnants. Au fil des discussions, je me suis rendu compte que s’ils peuvent se permettre d’avancer cette hypothèse, c’est parce qu’il y a effectivement un certain nombre d'éléments dans ce que nous comprenons du fonctionnement de la réalité qui peuvent aller dans ce sens. Ainsi, la physique quantique nous enseigne que la réalité matérielle, qui nous paraît extrêmement tangible et réelle, n’est en définitive qu’un champ vide avec des atomes, des particules qui tournent très vite. Notre sentiment de matérialité est donc, quelque part, illusoire. En outre, la physique quantique a découvert que tant qu’elle n’est pas mesurée, la réalité n’existe que comme un ensemble de probabilités. La réalité n'est pas définie, pas matérialisée tant qu'on ne décide pas d'y accéder. Pour le dire un peu schématiquement, la réalité au niveau quantique fonctionne en quelque sorte comme un nuage de probabilités qui, lorsqu’on l'observe, se condense en une seule goutte. Comment cet élément est-il avancé en faveur de la théorie de la simulation ? La manière dont nous faisons nous-mêmes des simulations est assez similaire. Par exemple, quand on joue à un jeu vidéo comme GTA, le jeu ne restitue pas la carte en tout point, à tout moment, sans quoi la console n'aurait pas assez de puissance de calcul et le jeu crasherait. Le joueur voit donc simplement ce qu’il a besoin de voir, au moment où il en a besoin. Extrapolé dans le monde réel, cela pourrait impliquer que si, par exemple, il n'y a personne qui est en train de regarder la Lune, la Lune n'existe pas, parce que l'univers n'a pas besoin de la restituer. On pourrait également mentionner le fait que plus l’on comprend le fonctionnement de la réalité, plus l’on est capable de le résumer de manière assez simple, dans des équations mathématiques qui sont toujours plus courtes. Ou le fait qu'en dernier lieu, il y a un degré de granularité de la réalité en dessous duquel on ne peut pas descendre, la constante de Planck. Si l’on poursuit notre analogie, on peut se demander si cette constante n’est pas l'équivalent du pixel dans notre réalité. Comment les partisans de la théorie de la simulation cherchent-ils à prouver sa validité ? Pour prouver que nous vivons bien dans une simulation, il faut trouver la fameuse anomalie : le glitch ! Ces gens à qui je parle dans le livre ont toutes sortes de suggestions pour y parvenir. Certains cherchent à regarder dans le fond diffus du cosmos s'il n'y aurait pas des bizarreries dans la façon dont la lumière se propage, un peu comme si l’on allait au bout de la carte dans un jeu vidéo, et que l'on essayait de trouver l'endroit où la couture craque, où le bras du joueur passe à travers, parce que l'on se trouve à l'endroit où le jeu arrive à sa limite. Nous ne sommes toutefois pas technologiquement en capacité de le faire. J'ai aussi rencontré un chercheur, Tom Campbell, qui a imaginé une expérience de physique quantique dérivée des fentes de Young. C’est l’une des épopées du livre, dont je ne vais pas livrer les détails pour ne pas gâcher le suspens, mais j'ai aimé passer du temps avec ce chercheur qui s’efforce de trouver un moyen de démontrer sa théorie. Vous avez aussi échangé avec des scientifiques de la Nasa, qui s’intéressent visiblement de près à l’idée de la simulation… Effectivement, l’un des personnages importants du livre s'appelle Richard Terrile, c’est un astrophysicien de la NASA, et l’un des directeurs du programme Jet Propulsion Lab, qui est l’un des départements les plus prestigieux de la maison. C'est le premier à m'avoir expliqué l'analogie avec GTA, le fait que les découvertes en matière de physique font qu’il n'est pas complètement délirant d'imaginer que nous puissions vivre dans une simulation. Vu l’échelle de progression des jeux vidéo, il estime qu’il n’est pas absurde de penser que dans dix ans, nous serons capables de fabriquer des simulations absolument impossibles à distinguer de la réalité. Mais ce qui est particulièrement intéressant avec lui, c’est qu’il voit dans la théorie de la simulation une manière de repenser ce que nous croyons être la réalité. On ne peut selon lui pas écarter l’idée que notre réalité fonctionne de manière résolument informatique, avec l'information comme matrice de la réalité, davantage que la matière. Votre enquête prend aussi un aspect résolument métaphysique en s’intéressant aux racines de la conscience, une quête qui vous conduit jusqu’en Inde pour échanger avec des sages hindous et l'assistant spirituel du Dalaï-Lama. Comment passe-t-on de la théorie de la simulation à l’exploration des sagesses orientales ? De manière tout à fait naturelle : je me suis rendu compte assez rapidement que le vrai sujet de mon enquête était, au-delà de la simulation, de comprendre ce qu’est la réalité, et la façon dont la conscience interagit avec celle-ci, question qui traverse l’histoire de la philosophie et des traditions spirituelles. Le bouddhisme soutient par exemple depuis plus de 2 500 ans qu'il y a deux niveaux de réalité, la réalité conventionnelle, dans laquelle nous évoluons, qui est perçue par nos sens, et un autre niveau supérieur de réalité, que nous ne parvenons pas à percevoir, précisément parce que nous sommes trop attachés à cette réalité conventionnelle. On retrouve aussi cette idée dans l’hindouisme, qui postule que la réalité est une illusion créée par un voile qu'on appelle le voile de Maya. "Une illusion extrêmement tenace", pour reprendre une phrase célèbre d’Einstein. Là encore, il y a une analogie à faire avec les découvertes de la physique quantique, qui nous montre que la réalité n’est pas aussi solide que nous le croyons. Cette exploration des spiritualités orientales m’a conduit vers une autre étape de mon enquête, qui consiste à explorer les hypothèses de la conscience. L’hypothèse dominante, qui est celle des neurosciences, est que la conscience est le produit du cerveau. Mais il y a une autre hypothèse, sur laquelle travaillent de nombreux scientifiques, que je vous laisserai découvrir dans le livre. Loïc Hecht, La Simulation : enquête sur la théorie qui fascine la Silicon Valley (et si notre monde n’existait pas ?). Paris, Les Arènes, 16 avril 2026.
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