● Courrier International 📅 15/04/2026 à 10:08

Chez la Gen Z, l’addiction à la kétamine tourne à l’épidémie

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À l’origine, la kétamine est un tranquillisant pour chevaux. Mais, sniffée à petite dose, cette drogue de synthèse provoque un puissant sentiment d’ivresse, d’euphorie et parfois même des hallucinations. Face à la hausse de sa consommation chez les jeunes, la presse britannique tire le signal d’alarme. PHOTO ALEKSEY TUGOLUKOV/ALAMY/REUTERS Drogues. Chez la Gen Z, l’addiction à la kétamine tourne à l’épidémie 15 avril 2026 Ce soir-là, Deb Casserly était assise dans le canapé du salon avec son fils Barney. “D’un coup, il a dit : ‘Maman, si la vie c’est ça, je n’en veux pas’”, raconte-t-elle au quotidien britannique The Times. Le lendemain, Barney mettait fin à ses jours. À 21 ans, il était accro non aux opiacés, à l’héroïne ou à la cocaïne, mais à une drogue autrefois réputée sans danger : la kétamine, reine de la scène rave des années 1990. À en croire l’hebdomadaire britannique The Observer, “la kétamine est devenue la drogue de prédilection de la Gen Z”. “Les chiffres britanniques les plus récents indiquent que 53 décès liés à la kétamine ont été recensés en 2023, soit une augmentation de 650 % depuis 2015”, s’alarme l’hebdomadaire britannique “The Observer”. PHOTO VLADIMIR ZAPLETIN/ALAMY/REUTERS À l’origine, c’est un tranquillisant pour chevaux. La kétamine (ou la K, Special K, ket, KitKat ou encore vitamine K) est une drogue de synthèse connue pour ses effets anesthésiants. Mais, sniffée à petite dose, elle provoque un puissant sentiment d’ivresse, d’euphorie et parfois même des hallucinations. “À la différencede la cocaïne oude l’ecstasy, qui stimulentles interactions sociales,la kétamine vous enfermedans un monde intérieuroù le flux habituel des penséesse transforme en véritablesmontagnes russes et oùles angoisses planenten permanence.Certaines droguesse prêtent à un usagesolitaire, et la kétamineen fait partie.” L’hebdomadaire britannique The Observer “La consommation de kétamine aurait plus que doublé en Grande-Bretagne depuis 2016, triplant même chez les moins de 25 ans”, déplore The Times. The Observer tire la sonnette d’alarme : “L’augmentation de la consommation reflète les habitudes des jeunes, qui pourraient bien devenir la génération K.” Le couloir d’un lycée du Missouri. L’hebdomadaire britannique “The Observer” met en garde : “Bien que la plupart des gens ne l’utilisent que quelques fois par an, la kétamine peut être très addictive. Et certains, dès l’âge de 21 ans, subissent désormais des interventions chirurgicales risquées pour corriger des problèmes de vessie causés par une consommation fréquente.” PHOTO GRAHAM DICKIE/THE NEW YORK TIMES Ian Hamilton, professeur associé en toxicomanie à l’université de York, voit trois facteurs expliquant le succès de la kétamine auprès de la génération Z. D’abord, en plus d’apaiser l’anxiété, elle aurait la capacité de “vous donner l’impression que vous regardez votre vie se dérouler, plutôt que de la vivre”. Ce qui favorise à la fois les prises solitaires et pousse certains à en consommer pour traiter eux-mêmes leur anxiété et leurs troubles psychiques. Et à 10 livres sterling le gramme (11,75 euros), la kétamine reste une drogue financièrement accessible. “Parmi les enfantset les jeunes gens traitéspour toxicomanieen Angleterre, ceuxqui sont aux prisesavec la kétamine sont passésde moins de 1 % en 2015à 8,4 % en 2024, un chiffrequi, pour la première fois,dépasse celui de la cocaïne.” L’hebdomadaire britannique The Observer Lors d’une session d’écothérapie dans un parc de Portland, dans l’Oregon, en janvier 2024. “Le fait que la génération Z ait moins de contacts sociaux s’accorde certainement avec ce choix de drogue”, explique Ian Hamilton, professeur associé en toxicomanie à l’université de York, interrogé par “The Observer”. PHOTO LEAH NASH/THE NEW YORK TIMES Les effets négatifs ? Il y en a plus d’un, et ils ne font pas rêver. “Une prise excessive peut provoquer une catatonie temporaire qu’on appelle le K-hole ou ‘trou noir’. Et les effets à plus long terme sont bien connus : les addictions peuvent entraîner des problèmes urinaires et, dans les cas les plus graves, mener à l’ablation de la vessie”, résume The Times. “C’est l’une des particularités très cruelles de la kétamine : ses effets sur la vessie peuvent être si graves que seuls des antidouleurs très forts peuvent la soulager.” Et souvent, la solution, c’est l’ablation de la vessie. Qui s’accompagne de la pose d’une poche. C’était le cas de Barney. D’après sa mère, il passait des heures sous la douche, le ventre sous l’eau chaude pour apaiser la douleur. Il ne parvenait pas non plus à dormir, car “il devait aller aux toilettes jusqu’à 20 fois dans la nuit”.— Éloïse Duval À lire aussi : Drogues. Aux États-Unis, la consommation de kétamine d’Elon Musk interroge À lire aussi : Vu du Japon. La kétamine, drogue du désespoir de la jeunesse birmane À lire aussi : Influence. Hubris, politique et kétamine : la toute-puissance d’Elon Musk vue par “The New Yorker”
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