● Journal du Net
📅 14/04/2026 à 17:10
H Company, la pépite française de l'IA qui s'impose dans l'ombre de Mistral
Intelligence Artificielle
👤 Benjamin Polge
H Company s'est imposée sur un segment clé de l'IA d'entreprise. Portrait de cette start-up française qui avance hors des radars. C'est l'un des laboratoires d'IA français les plus prometteurs. Fondée en 2023, H Company s'est spécialisée dans l’IA pour le computer use : des modèles capables de contrôler des interfaces logicielles comme le ferait un utilisateur humain. Moins médiatique que Mistral AI, la start-up a développé une famille de modèles, Holo3, qui surpasse les mastodontes américains (OpenAI, Anthropic) et chinois (Alibaba, Moonshot...) sur le computer use. Une discrète success story française. Des agents taillés pour l’automatisation en entreprise Là où la vague des agents personnels grand public, illustrée par le phénomène OpenClaw, a démontré l'appétit du marché pour des IA capables d'agir de façon autonome, H Company se positionne sur le prochain palier : l'agent personnel d'entreprise. L’approche de la start-up repose sur le computer use, la capacité d'un agent IA à percevoir n'importe quelle interface graphique et à interagir avec elle. Rare avantage concurrentiel, H Company maîtrise la stack agentique de bout en bout : la start-up développe à la fois le modèle moteur (VLM) et l'agent qui l'orchestre (scaffold). Concrètement, les modèles et agents de H Company ciblent les processus métier à forte friction informatique. Le cas d'usage typique ? Des workflows de 30 à 40 étapes impliquant plusieurs logiciels d'entreprise. "Sur ces 30 étapes, 28 pourraient passer par une API. Les deux restantes sont impossibles à automatiser, parce que le système est trop ancien ou qu'il s'agit d'un outil externe hors de votre contrôle. Cette complexité ferait perdre des mois avec des approches traditionnelles. Avec notre agent, on enregistre le parcours et c’est tout", résume Gautier Cloix, ancien DG de Palantir nommé CEO de H Company en juin 2025, après le départ de Charles Kantor (ex-CEO et cofondateur). Le cas d’usage le plus parlant vient du secteur médical. La start-up consacre 10% de ses déploiements à des missions pro bono, dont l'hôpital Saint-John de Bangalore, en Inde. "Les infirmières consacrent 60% de leur temps à la saisie informatique. Notre agent prend en charge cette saisie : elles n'interviennent plus que pour valider. Le reste du temps est rendu au patient.", détaille le CEO. A la clef, un temps d'attente aux urgences divisé par deux. Côté clients, le profil cible reste le grand compte. "Les trois quarts de notre base, ce sont de grandes entreprises legacy, CAC 40 en France", précise Gautier Cloix. Le reste se répartit entre ETI et scale-up. Des modèles de pointe, rivalisant avec OpenAI et Anthropic Et les résultats suivent. Début avril, H Company a lancé Holo3, la troisième génération de sa famille de modèles. Avec un score de 78,85% sur OSWorld-Verified, le benchmark de référence pour les agents de computer use, Holo3 s'est hissé en tête du classement mondial, devançant des modèles nettement plus lourds, comme Claude Opus 4.6 d'Anthropic ou GPT-5.4 d'OpenAI. "Avec notre modèle 3B, on couvre 90% des tâches. L’agent appelle les versions plus lourdes d’Holo3 uniquement quand c'est nécessaire. Et le 3B, c'est 100 fois moins cher à l'inférence", explique Gautier Cloix. Benchmark de Holo3 sur OSWorld-Verified. © Capture d'écran / JDN Comment une start-up de 75 personnes parvient-elle à rivaliser avec les laboratoires les plus financés de la planète ? Le CEO pointe d'abord un avantage structurel : la spécialisation. "Les équipes computer use chez les géants américains sont à peu près de la même taille que les nôtres. Il n'y a pas 300 personnes dédiées à ça chez Google", explique-t-il. Là où les géants entraînent des modèles généralistes de plus en plus massifs, H Company concentre toute sa R&D sur un seul objectif. L'autre différenciant : le desktop. "On a investi massivement sur le desktop, parce que c'est encore là que le monde travaille. Les applications critiques des banques et des assurances tournent sur desktop", explique Gautier Cloix. Un segment délaissé par la concurrence, qui se focalise sur le web, plus facile à simuler en entraînement : "Mes interlocuteurs chez Anthropic et chez Google me disent eux-mêmes qu'ils n'ont pas constitué cet arsenal d'environnements desktop." Demain, la robotique ? Dans une vision plus lointaine, les efforts de H Company sur le computer use pourraient servir la start-up sur des cas d’usage beaucoup plus ancrés dans le monde physique… Et pourquoi pas dans la robotique. Les modèles de vision (VLM) entraînés pour comprendre des interfaces graphiques partagent une architecture très proche de ceux utilisés en robotique : percevoir un environnement visuel, interpréter une situation, décider d'une action. Le pipeline qui permet à un agent de naviguer dans un SAP n'est pas fondamentalement différent de celui qui guiderait un robot dans un entrepôt, tout comme la stack d'entraînement. Autrement dit, les champions du computer use ont toutes les armes en main pour réussir des modèles VLM de robotique. Et H Company, n’y échappe pas. Interrogé sur cette possible extension, Gautier Cloix reste prudent sans exclure l’option. "C’est une réflexion active en interne. Nous collaborons déjà ponctuellement avec Boston Dynamics et échangeons avec plusieurs acteurs français du secteur", confie le CEO, qui préfère toutefois parler de complémentarité plutôt que de pivot. Et d’ajouter : "Notre priorité demeure inchangée : générer des résultats tangibles pour les grandes organisations. Si la robotique devient un levier clé pour y parvenir, nous saurons l’intégrer."
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