● Next INpact Télécom 📅 14/04/2026 à 10:04

Les joueurs américains courtisés pour devenir contrôleurs aériens

Géopolitique 👤 Mickael Bazoge
Illustration
Les joueurs américains courtisés pour devenir contrôleurs aériens Un joystick sous le radar Illustration : Flock Mickael Bazoge Le 14 avril à 10h04 Obtenir un trophée dans Call of Duty n’est pas encore tout à fait l’équivalent d’un diplôme, mais cela pourrait tout de même aider à décrocher un job. La FAA, l’autorité américaine de l’aviation civile, a lancé une campagne de recrutement auprès des joueurs pour garnir les postes vacants de contrôleurs aériens. Une erreur ? Au fil des heures passées à poncer leurs jeux préférés, les joueurs améliorent leur coordination main-œil, leurs réflexes, et leur capacité à prendre des décisions rapidement dans des environnements complexes. Des capacités qui intéressent plusieurs secteurs d’activité comme le trafic aérien. Aux États-Unis, l’administration fédérale de l’aviation (FAA) a lancé une campagne de pub pour recruter des contrôleurs. Les joueurs à la rescousse de l’espace aérien La publicité, un rien patapouf avec ses effets de montage et sa musique techno, vise spécifiquement les joueurs, invités à mettre leur savoir-faire à l’épreuve des radars. « Ce n’est pas un jeu, c’est une carrière », annonce l’autorité de l’aviation civile qui promet aussi des rémunérations généreuses. La demande est là : la FAA a besoin de près de 15 000 contrôleurs aériens pour garnir les aéroports américains. Ils sont actuellement 11 000. « Pour recruter la prochaine génération de contrôleurs aériens, nous devons nous adapter », a déclaré le secrétaire aux Transports Sean Duffy. Communiquer avec les joueurs, c’est « s’adresser à une population croissante de jeunes adultes qui possèdent déjà de nombreuses compétences techniques nécessaires pour réussir dans ce métier », ajoute-t-il. L’agence va donner la priorité aux joueurs, plutôt que de multiplier les stands dans les salons étudiants, en rappelant que le quart seulement des contrôleurs possèdent un diplôme universitaire. Pour autant, remporter une partie de League of Legends ou maîtriser parfaitement son perso dans Diablo 4 ne qualifie pas automatiquement pour un poste de contrôleur aérien. Le taux d’échec lors de la formation demeure élevé. Le Government Accountability Office (GAO), l’équivalent américain de notre Cour des comptes, a publié en décembre dernier un rapport selon lequel 200 000 candidatures ont été reçues ces dernières années — beaucoup d’appelés, très peu d’élus : seuls 2 % des candidats sont parvenus à décrocher leur sésame, selon la GAO. Refus lors des sélections, formation très longue et abandons sont à déplorer, mais aussi la difficulté à enchaîner les différentes étapes de sélection, souligne l’Office. Le délai moyen pour intégrer de nouvelles recrues a cependant été divisé par deux (de 13 mois à 6 mois et demi), explique au New York Times Heather Fernuik, directrice des ressources humaines de la FAA. Le taux d’échec a également reculé : un quart des candidats ne terminent pas la formation, contre un tiers auparavant. Ces efforts sont louables, mais elle prévient tout de même : « Nous commencerons réellement à voir des améliorations d’ici deux ans et demi à trois ans ». La FAA n’est pas la seule administration états-unienne à draguer ouvertement les joueurs. La très controversée police de l’immigration, l’ICE, pioche souvent dans l’imagerie du jeu vidéo pour recruter des agents. L’armée s’intéresse aussi depuis longtemps à ce public. Les images de jeu vidéo font par ailleurs partie intégrante de la propagande de la Maison-blanche autour de la guerre en Iran. Les stéréotypes ont la vie dure Ces appels du pied envers les joueurs ont ceci de singulier que dans le même temps, ils sont régulièrement la cible de stéréotypes. Le débat autour de la violence des jeux vidéo revient ainsi sur la table à chaque fait divers. En pleine célébration de la réussite éclatante du jeu français Clair Obscur: Expedition 33, Emmanuel Macron avait ainsi fustigé la violence dans les jeux vidéo, et confié à des experts une mission sur le sujet. Droit Interdire les jeux vidéo violents ? La profession s’indigne de l’idée d’Emmanuel Macron Droit Vendredi 06 février 2026 à 16h53 06/02/2026 16h53 66 Plusieurs études, comme ici de l’Oxford Internet Institute (2019), ou celle-ci réalisée en République tchèque (2024) relativisent ou contestent le lien entre les jeux vidéo et la violence réelle. Au-delà de la question de la violence, c’est aussi le temps passé devant les jeux vidéo qui est pointé du doigt. Une vaste enquête fédérale révélait que les jeunes hommes états-uniens de 15 à 24 ans consacraient en moyenne près de 10 heures par semaine à jouer à des jeux vidéo, soit plus du double d’il y a 15 ans. D’autres activités, comme le sport, les sorties ou même le travail, en ont fait les frais ce qui ne manque pas d’inquiéter les enseignants et les économistes. Mais le tableau doit être nuancé : les jeux vidéo sont aussi devenus un espace central de socialisation pour les plus jeunes, rappellent les chercheurs. C’est un lieu de sociabilité, avec ses codes et ses communautés. Lutter pour réduire le temps passé devant les jeux vidéo serait donc contre-productif… et si on réduit le temps de jeu, qui formera les prochains contrôleurs aériens ? Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant. Accédez en illimité aux articles d'un média expert Profitez d'au moins 1 To de stockage pour vos sauvegardes Intégrez la communauté et prenez part aux débats Partagez des articles premium à vos contacts Abonnez-vous TexMex Premium À l'instant Message 1 Signaler Bloquer cet utilisateur Qui a pensé à ça en lisant le titre ? Signaler un commentaire Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ? Non Oui
← Retour