● Courrier International 📅 14/04/2026 à 10:12

“Survivre à Boko Haram” : au Nigeria, trois femmes racontent le calvaire de leur captivité

Géopolitique
Illustration
Une ancienne captive de Boko Haram, dans un camp de déplacés, à Konduga (Nigeria), en août 2019. PHOTO LAURA BOUSHNAK/NYT Aisha, Juliana, Hauwa. Trois prénoms, trois récits souvent escamotés. Dans son article titré “Survivre à Boko Haram”, le site nigérian The Republic livre un reportage au long cours sur ces invisibles qui font les gros titres des médias internationaux lors d’opérations d’enlèvements de masse du groupe djihadiste Boko Haram, tout en étant inaudibles. Un samedi soir d’avril 2014, Aisha cuisinait un ragoût, “le plat préféré de ses enfants”, lorsque les insurgés du groupe djihadiste ont mené un assaut dans son village de Gamboru Ngala, dans l’État du Bornou, dans le nord-est du Nigeria. À lire aussi : Sécurité. Au Nigeria, le “déni désespéré” des autorités devant un nouvel enlèvement de masse Elle n’a alors pas eu le temps de fuir. Son frère a été tué sous ses yeux. Aisha, à l’instar d’autres villageoises de Gamboru Ngala, a été faite prisonnière. Elle a atterri dans un camp, avec de nombreuses autres captives, puis a été conduite dans une tente. “Un homme grand et barbu est entré. Il lui a dit qu’il était le commandant des insurgés de Boko Haram et qu’elle serait désormais sa femme. ‘Chaque nuit, ils venaient me chercher dans la pièce, et il me violait’, se souvient Aisha”, écrit The Republic. “Femme de Boko Haram” Elle parviendra à s’échapper après deux ans de captivité, “de multiples mariages forcés, des viols et trois grossesses forcées”, à la faveur d’une offensive de l’armée nigériane. À lire aussi : Analyse. L’attaque de l’aéroport de Niamey marque “une nouvelle ère pour le djihadisme sahélien” Juliana, elle, a réussi à s’évader deux ans après son rapt, grâce à la complicité d’une “femme âgée”. Elle avait 15 ans lorsqu’elle a été capturée avec sa mère par Boko Haram dans l’État d’Adamawa, dans le nord-est du Nigeria. “Avant son enlèvement, elle rêvait de terminer ses études secondaires et d’intégrer l’université pour devenir ingénieure informatique.” Le plus long calvaire a été enduré par Hauwa. Elle a passé dix ans aux mains des insurgés, a été mariée à trois reprises, et a accouché de quatre enfants. De retour chez elle, elle s’est sentie “souillée”, mais surtout “stigmatisée” : elle était “souvent qualifiée de ‘femme de Boko Haram’”. Ses enfants sont quant à eux “traités comme des parias et privés de la liberté de fréquenter d’autres enfants”. L’autre volet de ce reportage porte sur cette discrimination et suit une initiative de réinsertion de ces anciennes captives, libérées de leurs agresseurs, mais rejetées par leurs communautés. À lire aussi : Terrorisme. Le Nigeria dément avoir versé une rançon à Boko Haram pour libérer des écoliers The Republic examine également comment la justice transitionnelle “peut contribuer non seulement à lutter contre l’impunité des violences faites aux femmes” et “remédier aux conséquences persistantes des violences sexistes subies pendant le conflit.” C’est l’un des moyens d’aider ces femmes, dont les besoins sont multiples, à surmonter de nombreux traumatismes. “On me félicite d’être libre, mais une partie de mon cœur est encore prisonnière de cette forêt. Je suis hantée par la pensée des femmes que nous avons laissées derrière nous”, témoigne Juliana. Courrier international Viols et agressions sexuelles Afrique Politique Terrorisme Violences faites aux femmes Nos lecteurs ont lu aussi Vu d’Italie. L’ère Orban est révolue, pas celle des ingérences trumpiennes Environnement. En Tunisie, la pollution du littoral entraîne une crise économique, sociale et sanitaire Pollution. Sur les plages d’Anapa en Russie, les oiseaux mazoutés contredisent le récit officiel Vu d’Allemagne. Pour avoir la classe à Paris, n’ayez surtout pas de voiture Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Bibliocité « Contre l’imposture, l’auto-défense intellectuelle ». Rencontre avec Aurélie Jean, auteure d’« Imposture, comment identifier les usurpateurs du débat public » le 16 avril 2026. Je m’inscris → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire de « Les filles du Kurdistan » de M. Sauloy & C. Baloup aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
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