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📅 13/04/2026 à 18:17
IA, solitude, relation aux robots: avec "Pragmata", Capcom remet à merveille la science-fiction et ses obsessions au coeur du jeu vidéo
Géopolitique
Hugh et Diana dans "Pragmata" - Capture en jeuAvec "Pragmata" disponible ce vendredi, Capcom remet la science-fiction au coeur du jeu vidéo à travers l’histoire de Hugh l’astronaute et Diana l’androïde, tous deux tentant de s’échapper d’une station lunaire où la machine a pris le dessus sur l’homme. Le jeu renoue avec ses obsessions et ses peurs: la solitude au milieu de l’espace, le soulèvement des robots et la domination annoncée de l’IA.Blessé, seul survivant de son groupe, isolé à des milliers de kilomètres de la Terre, Hugh se réveille sous le regard d’une petite fille aux grands yeux bleus et aux longs cheveux blonds qui vient de le sauver. Mais ce n’est pas une enfant, c’est un robot à l'apparence humaine et son dernier espoir de comprendre ce qu’il vient de se passer.Bienvenue dans Pragmata, le dernier jeu vidéo de Capcom (Resident Evil, Street Fighter, Monster Hunter, etc.). Une aventure spatiale autour de la conquête de la Lune, là où l’homme a décidé de poursuivre son exploration avant de se faire dépasser par ses créations robotisées, qui semblent avoir pris possession des lieux et fait disparaître toute forme de vie.Pragmata embrasse toutes les thématiques chères à la science-fiction dans le jeu vidéo: le silence de l’espace (là où on ne vous entendra pas crier), l’isolement loin de la Terre pour mieux jouer de nos peurs, et la relation entre l’homme et la machine/désormais l’IA, pour mieux montrer les dérives qui nous guettent. Ici, l’espace n’est pas qu’un décor. C’est un vide dans lequel le héros est plongé, seul face à un soulèvement mené par une intelligence artificielle baptisée IDUS, jadis amicale. Mais les temps ont changé et nul ne sait où se situe le point de bascule. L’heure de s’interroger sur notre devenir.L’homme face au soulèvement des machinesDans ce vide, Hugh Williams, notre héros en armure, n’est pas seul. Il est accompagné de cette enfant androïde, seul robot disposé à se mettre à son service pour l’épauler… et voir un jour la Terre. Diana, c’est cette incarnation de la candeur de l’homme face à la machine, de la machine face à ses concepteurs auxquels elle doit obéir tout en comprenant son libre arbitre naissant. Ou quand l’IA devient plus intelligente qu’artificielle. Il va falloir à ce duo associer ses forces pour progresser. Et au joueur comprendre (rapidement) comment pirater et affaiblir les ennemis robots grâce à Diana pour que Hugh puisse dézinguer à tout-va par la suite, débloquer aussi certains mécanismes pour avancer de zone en zone dans la station. Les deux font la paire.Derrière ce scénario qui peut sembler classique d’action-aventure se cache un coup de frais bienvenu tant les jeux façon space opera se faisaient rares ces derniers temps. Il y a clairement de l’inspiration cinématographique dans ce magnifique Pragmata (merci le moteur RE Engine maison): du 2001, l’Odyssée de l’espace pour cette IA froide qui observe l’homme pour mieux le dominer et le faire s’interroger, mais aussi du Blade Runner pour sa quête d’humaniser des machines. La scène dans le New York reconstruit de Pragmata penche clairement du côté du film de Ridley Scott. Dans le rapport entre l’homme et la technologie, on pourra aussi y voir du Ghost in the Shell.Keir Dullea dans "2001, l'odyssée de l'espace" © Warner Bros. PicturesCapcom ne cherche pas à mettre en avant une conquête de l’espace technologique généralement chère au jeu occidental, mais prend davantage la forme d'une quête d’introspection et d'une réflexion autour de notre rapport déboussolé à la technologie. Une thématique chère à la science-fiction japonaise qui se jette dans le futur pour mieux faire prendre conscience des dérives du présent et de leurs risques possibles pour l’avenir.Le jeu vidéo et l’espace: une histoire de solitudeQuand on pense espace en jeu vidéo, on pense forcément immédiatement à Dead Space, chef d’oeuvre du jeu dans l'espace mêlant horreur et isolement, ou encore Mass Effect, space opera par excellence où l’homme se confronte à la technologie. Ici, point d’horreur ni de stress, le jeu insiste sur la solitude du héros réduit à échanger avec une enfant qui n’est même pas humaine, dans cet environnement familier devenu hostile. Pragmata parle de cette interrogation sur son devenir, à l’image d’un Returnal et son personnage principal bloqué dans une boucle sans fin au point de sombrer dans une sorte de folie et d’interrogation existentielle.La solitude a souvent été de mise face à l’immensité de l’espace. Metroid et le personnage de Samus Aran en sont les premiers véritables artisans, dans une expérience presque sensorielle face au vide, repris des années plus tard aussi par Prey, le jeu de science-fiction horrifique de Bethesda avec son héros bloqué dans une station spatiale contrôlée par d’étranges créatures, allégorie de son état d’esprit et de ses interrogations psychologiques. Autre vision plus poétique, dont on perçoit aussi quelques penchants dans Pragmata, celle d’Outer Wilds. Mais la virée spatiale était plutôt marquée par la quête de sens mâtinée d’un peu de mélancolie. Et dans Pragmata, le joueur ressent cette solitude comme s’il était lui-même seul face à son destin. Faut-il alors abdiquer face à l’IA ou se battre pour survivre ?Dans "Pragmata", vous incarnez Hugh l'astronaute et Diana l'androïde © Capture en jeuLe soulèvement des machines, c’est un peu un fantasme récurrent en science-fiction et le jeu vidéo sait s’en inspirer: l’IA cynique et omniprésente de Portal, celle qui pousse à réfléchir comme dans The Talos Principle, les robots qui s’émancipent dans Detroit: Become Human, ceux de NieR: Automata et leurs crises existentielles.Dans Pragmata, l’IA est à la fois un miroir de nos peurs (celle qui prend le pouvoir, mène la fronde contre les humains) comme de nos rêves (l’IA qui va soigner, faire grandir les arbres, concevoir des assistants robots humanisés comme Diana, soutien moral d’Hugh…). Diana est tantôt une IA aux pouvoirs destructeurs, tantôt une enfant naïve qui découvre le monde avec admiration. Un double rôle pour montrer que l’IA peut faire un très bon antagoniste de jeu, mais aussi un allié de choc que l’on va aider autant qu’elle nous aide. Les deux facettes d’une vision tellement actuelle face à l’IA désormais omniprésente.Une IA en miroir de l’humanitéC’est ce lien parfois nécessaire entre l’homme et la technologie que raconte à la perfection Pragmata, un jeu qui se sera fait attendre, dévoilé en 2020, reporté maintes fois parce que la réalité tendait à dépasser la fiction, ont avoué ses créateurs. Mais l’attente valait le coup. Capcom nous offre un jeu touchant dans son histoire, ses thématiques abordées et ses personnages, graphiquement somptueux et des plus agréables à jouer par la variété de sa proposition.Diana, l'androïde ou pragmata du jeu de Capcom © Capture en jeuUn titre qui fait aussi réfléchir sur notre rapport à la technologie et la dépendance qui peut en découler, la peur en chacun de nous de voir celle-ci nous dépasser et prendre son envol pour mieux nous rendre inopérants. Aujourd'hui, l'IA n'est plus une fiction telle HAL 9000 dans 2001, l'Odyssée de l'espace. Elle fait tout, décide, crée, remplace parfois. Le plus grand risque dans l'espace n'est plus de rencontrer des aliens, mais de faire face à un possible danger que l'homme a lui-même créé.Pragmata ne parle pas d’un futur utopique, mais quelque part d’un présent pas si éloigné de celui que l’on dessine, où l’humain a délégué ses décisions aux machines, et de tous les fantasmes qui vont avec. La science-fiction redevient un excellent scénario et terrain de jeu vidéo pour explorer les dilemmes moraux, la technologie en révélateur de nos peurs et nos émotions.En cela, le jeu vidéo, par sa capacité à faire du joueur un acteur de ses destinées, rend la solitude plus palpable et personnelle qu’au cinéma dans ses réflexions, ses choix, ses interactions. Comme si l’on pouvait déjà mesurer dans le jeu les conséquences de nos actes du quotidien face à cette IA à laquelle on a tendance à confier nos décisions, nos échanges, notre vie et notre créativité.Le nouvel opus de Capcom nous pousse d’une certaine façon à nous demander: que restera-t-il de nous lorsque la machine sera devenue indispensable et n’aura plus besoin de nous ? Pragmata n’apporte pas de réponse toute faite. Le jeu ne cherche même pas à nous orienter. À chacun de se faire sa propre opinion sur les choix, bons ou mauvais, faits par les réminiscences des humains croisés. Le vide de l’espace pour mieux réfléchir à cette solitude qui se dessine sans ces contacts humains que la modernité nous fait parfois perdre. Et cela passe aussi par cette expérience émotionnelle forte, marquée par la touche humaniste apportée par cet étonnant duo qui restera et illustre sans doute une des réflexions actuelles autour des robots et de l’IA: et si la seule chose qui nous empêchait d’être seuls était celle que nous avions créée?Pragmata ou la réflexion sur le devenir de l'homme face à la montée en puissance des IA © Capture en jeuPRAGMATA - Disponible le 17 avril sur PS5, Xbox Series, Nintendo Switch 2 et PC - Démo disponibleLes plus lus"Il devrait se ressaisir": la charge virulente de Donald Trump contre le pape Léon XIVMort du suspect, main courante... 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