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📅 13/04/2026 à 15:58
JUNN : la France lance son programme de jumeaux numériques
Énergie & Environnement
👤 Philippe Leroy
C’est officiel, la France se dote d’un programme national de jumeaux numériques de territoires. Baptisé JUNN (Jumeau Numérique National), ce projet réunit les structures publiques IGN, Cerema et Inria ainsi que l’éditeur1Spatial France autour d’un objectif commun : construire un socle technologique ouvert et souverain permettant de simuler, visualiser et anticiper les évolutions du territoire français, dans un contexte de changement climatique de plus en plus pressant. Qu’est-ce qu’un jumeau numérique de territoires ? Un jumeau numérique de territoires est une réplique virtuelle et dynamique d’un espace physique. En assemblant des données statiques et dynamiques – issues de capteurs connectés, d’images satellites, de relevés LiDAR – et en les couplant à des outils de simulation, il permet de visualiser, d’analyser et de prévoir l’impact d’événements ou de projets d’aménagement. Concrètement : simuler les conséquences d’une crue centennale, anticiper les îlots de chaleur urbains, évaluer le recul du trait de côte ou encore modéliser l’impact de nouvelles voies de transport sur le trafic. Lire aussi : Gestion des données de référence : dans la vague IA, qui se distingue ? Plusieurs territoires français disposent déjà de tels outils : la Vendée, le port autonome de Bordeaux, la métropole de Lille, Angers Loire Métropole ou encore Rennes. JUNN ambitionne d’accélérer le déploiement de ces initiatives et de permettre leur interconnexion à l’échelle nationale. Un investissement de 40 millions d’euros sur trois ans L’enveloppe totale du programme s’élève à près de 40 millions € sur trois ans (2026-2029), dont 25 millions financés dans le cadre du plan France 2030, opéré par la Banque des territoires. JUNN vise également à structurer une filière industrielle française dédiée aux jumeaux numériques, en permettant aux entreprises du secteur de se concentrer sur des services à forte valeur ajoutée, sans avoir à reconstruire les fondations techniques à chaque projet. Le premier objectif du programme est de mettre à disposition un socle technologique commun, mutualisé et interopérable. Aujourd’hui, les jumeaux numériques existants fonctionnent en silos : les modèles de données sont hétérogènes, les simulations réalisées dans un territoire ne peuvent pas être réutilisées ailleurs. JUNN entend résoudre ce problème en harmonisant les standards, en partageant les briques logicielles et en constituant un patrimoine national commun de données géographiques. Dans dix-huit mois, la plateforme devrait disposer de premières données 3D couvrant plusieurs départements, d'outils de visualisation immersive et de connexions à des environnements de simulation haute performance. Les premiers territoires pilotes sont déjà identifiés : Alpes-Maritimes, Charente-Maritime, Gironde et Ille-et-Vilaine. Un consortium de 14 partenaires et plus de 200 acteurs engagés La coordination technique et opérationnelle est assurée par 1Spatial France, avec l'appui de Camptocamp pour l'architecture et les infrastructures. Le consortium réunit 14 partenaires aux expertises complémentaires : le CNES pour les données spatiales et le calcul intensif, l'IFPEN pour l'orchestration de systèmes complexes, le BRGM pour la modélisation des sols et ressources souterraines. La production des maquettes numériques sur les territoires d'expérimentation est confiée à Geofit/IGO, Siradel et LuxCarta. Géodata Paris et GeometryFactory contribuent aux modèles 3D, aux graphes de connaissances et à l'intelligence artificielle. Cap Digital est chargé de préparer la phase d'exploitation en structurant le modèle économique. Dassault Systèmes interviendra en avance de phase sur le cas d'usage d'adaptation climatique des villes, en mobilisant ses capacités de simulation multiphysiques. Lire aussi : Réservation en ligne : les agents IA, nouvelle porte d'entrée des fraudeurs Plus largement, JUNN s'appuie sur une « Équipe de France des jumeaux numériques de territoires » regroupant plus de 200 acteurs ( collectivités pionnières, bureaux d'études, PME, start-ups et instituts de recherche ) qui avaient répondu à un appel à communs lancé en 2024. Des cas d'usage concrets Les thématiques prioritaires ont été identifiées à partir des besoins remontés par les territoires : prévention des risques naturels (inondations, recul du trait de côte, risques sismiques), aménagement urbain durable, mobilité, gestion des forêts et des ressources hydriques, développement des énergies renouvelables, évaluation de la biodiversité et lutte contre les épidémies. Sur ce dernier point, la loi d'Accélération de la production d'énergies renouvelables (APER) impose aux collectivités d'identifier des zones propices au développement des ENR. JUNN permettra de croiser dans un même environnement le potentiel solaire ou éolien, les contraintes environnementales, les règles d'urbanisme et la disponibilité du foncier là où les outils actuels restent souvent dispersés et difficiles à articuler. Trois axes de recherche Le programme s'articule autour de trois défis scientifiques. Le premier porte sur la représentation : reconstruire des modèles 3D fidèles, sémantiquement enrichis, capables de croiser des données d'origines très diverses à différentes échelles. Le deuxième porte sur l'interopérabilité : faire en sorte que les jumeaux numériques existants puissent communiquer et que les simulations soient réutilisables d'un territoire à l'autre. Le troisième porte sur la visualisation et l'interaction : rendre ces outils accessibles à des élus, des techniciens, des gestionnaires de crise ou des citoyens, sans expertise technique préalable. Feuille de route Le développement sera progressif. La première année sera consacrée à la mise en place des outils techniques de base et à la production des premiers jeux de données 3D. La deuxième année verra les premières connexions d'applications enrichissant les usages. En troisième année, le système devra être complet, fiable et utilisable à grande échelle. La phase d'exploitation opérationnelle débutera en 2029, sur la base d'un modèle économique pérenne articulant financements publics, partenariats privés et contributions aux coûts de services. Photo : Simulation inondation de Pornic-(crédit GEOFIT-IGO)
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