● BFM Tech 📅 13/04/2026 à 14:41

"Même une déconnexion partielle semble faire effet": une détox numérique de dix jours pourrait effacer les effets de 10 ans de dommages cérébraux causés par les réseaux sociaux

Cybersécurité
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Selon des chercheurs, quinze jours sans internet sur son téléphone suffisent à réparer une partie des dégâts causés par les réseaux sociaux. L'étude montre qu'en deux semaines, le temps d'écran des participants a presque été divisé par deux. Surtout, leur santé mentale et leur bien-être s'améliorent et ce, même pour les tricheurs."Nous entretenons tous une relation quelque peu malsaine avec nos téléphones", observe le psychologue Kostadin Kushlev, auprès du Washington Post. Nous y sommes accrochés. Pour preuve, les Français passent en moyenne 4,6 heures par jour devant un écran, tous supports confondus, soit 29% du temps hors sommeil, selon Médiamétrie."Ces technologies peuvent nuire à des activités qui seraient autrement agréables, comme dîner avec des amis", note Noah Castelo, professeur agrégé à la faculté de commerce de l'Université de l'Alberta. Et, au-delà des activités quotidiennes, elles ont aussi un effet sur notre capacité de concentration, d'attention, de mémoire, et par ricochet sur notre bien-être, notre estime de soi, etc. Bref, notre usage plus ou moins intensif des smartphones, et particulièrement des réseaux sociaux, a un effet sur notre santé mentale et notre cerveau.Temps d'écran presque divisé par deuxSans surprise, nombre d'internautes tentent de réduire leur temps d'écran. Les "cures de désintoxication numérique" ont donc le vent en poupe. Pour beaucoup, ces dispositifs relèvent uniquement d’un effet de mode. Et pourtant. L'une des études les plus vastes menées à ce jour, publiée dans PNAS Nexus, en souligne l’efficacité.Pendant quatorze jours, 467 participants ont simplement appuyé sur le bouton de l'application Freedom. Encore et encore. Pas pour publier, commenter ou consulter. Mais pour bloquer internet sur leur téléphone. Plus de réseaux sociaux, plus de navigation continue, plus de flux ininterrompu. Restent les appels et les SMS. Un smartphone redevenu, presque, un téléphone.Et les résultats sont édifiants. Leur temps passé sur leur appareil a été presque divisé par deux, passant de 314 minutes à 161 minutes par jour. A l’issue de l’expérience, les participants présentent une amélioration significative de leur attention soutenue, de leur santé mentale et de leur bien-être. Selon les chercheurs, une detox de 10 jours pourrait effacer les effets délétères de 10 ans de déclin cognitif causés par les réseaux sociaux.Réseaux sociaux: ces parents organisent la riposte pour protéger leurs ados 20:05Leur santé mentale s'est également améliorée. Les symptômes dépressifs diminuent, avec un effet jugé supérieur à celui de certains traitements médicamenteux et comparable à celui de la thérapie cognitivo-comportementale. Enfin, le bien-être déclaré augmente de manière significative.Même pour les tricheursPlus étonnant encore, les chercheurs notent que même les participants ayant "triché" en contournant les restrictions ont bénéficié d’effets positifs. Et lors des suivis réalisés deux semaines plus tard, nombre d’entre eux indiquent que ces améliorations persistent."Vous n’êtes pas obligé de vous interdire complètement l’usage des médias numériques. Même une déconnexion partielle, même pendant quelques jours, semble faire effet", souligne Kostadin Kushlev.D’autres travaux, notamment une étude menée par une équipe de l'université d'Harvard et publiée dans JAMA Network Open, aboutissent à des conclusions similaires. En réduisant l’usage des smartphones pendant une semaine seulement, les participants enregistrent une baisse de l’anxiété de 16,1%, de la dépression de 24,8% et des troubles du sommeil de 14,5%.Un autre élément apparaît déterminant: tous les usages numériques ne se valent pas. Les chercheurs distinguent clairement l’utilisation d’internet sur ordinateur de celle sur smartphone. Cette dernière est jugée nettement plus problématique. Sur téléphone, l’usage est plus "compulsif et machinalement inconscient". En marchant, en discutant, en regardant un film,... Le téléphone s’insère dans tous les moments de la vie quotidienne et interrompt en permanence les activités.Ces micro-interruptions ont un coût invisible. Elles réduisent l’attention portée aux interactions sociales, en diminuent la qualité et, in fine, le plaisir qu’on en retire. "Même une petite distraction pendant ces activités diminue la qualité émotionnelle de l’expérience", note Kostadin Kushlev.Un problème de "Boucles d'or"Face à ces constats, la tentation de réduire de manière draconienne l'utilisation de son téléphone, voire s’en passer, est tentante. En 2024, l'influenceuse Lena Situations avait ainsi filmé son mois sans écran, incitant de nombreux internautes à en faire de même. Mais la réalité est plus complexe. Tous les individus ne sont pas adaptés à ces cures quasi militaires.Les recherches mettent en évidence une forte variabilité entre les individus. Pour le psychiatre John Torous, l’enjeu est désormais d’identifier les profils les plus vulnérables. Il évoque un problème de "Boucles d’or", en référence au célèbre conte des frères Grimm. Pour certains, l’usage est excessif, pour d’autres, il est limité, pour d’autres encore, il semble équilibré.Parmi les facteurs de vulnérabilité figurent la tendance à la comparaison sociale, notamment sur l’apparence, les troubles du sommeil ou encore un manque de relations sociales hors ligne compensé par une activité numérique accrue. Le défi, désormais, consiste à identifier ces populations à risque et à comprendre les mécanismes précis qui les exposent davantage.Les effets négatifs sont d'ailleurs plus marqués dans les sociétés occidentales. Une étude internationale en cours, portant sur plus de 8.000 participants dans 23 pays, tente de comprendre pourquoi, en limitant l’usage des principales plateformes à cinq minutes par jour.Parmi les hypothèses avancées figure le rôle du contexte culturel. Les sociétés individualistes et compétitives pourraient amplifier les mécanismes de comparaison sociale et, par conséquent, leurs effets psychologiques. "Cela en dit long sur le niveau de stress et de compétitivité qui règne dans ces endroits", avance un chercheur, tout en reconnaissant que le phénomène demeure encore mal compris.Un contexte explosifCes résultats prennent une résonance particulière dans le contexte judiciaire actuel. Quelques semaines avant leur publication, une jeune Américaine de 20 ans a témoigné devant un jury californien. Elle y a raconté comment, depuis l’enfance, les réseaux sociaux avaient progressivement pris le contrôle de sa vie.Elle a essayé d’arrêter. Plusieurs fois. Mais chaque tentative la ramenait au même point. "Je voulais y être tout le temps", résume-t-elle. À mesure que son usage s’intensifiait, la détresse s'est installée. L’anxiété d’abord, puis la dépression, et enfin une obsession croissante pour son apparence. Un engrenage dont elle dit ne pas avoir pu sortir seule.Son témoignage a convaincu les jurés. En Californie, après plusieurs jours d’examen, ils ont reconnu Meta et Youtube négligents et les ont condamnés à lui verser 6 millions de dollars de dommages et intérêts. Les entreprises ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel.Mineurs : un verdict historique condamne Meta – 26/03 26:24Ce verdict, ainsi qu’une autre affaire au Nouveau-Mexique quelques semaines plus tôt, marque un tournant dans une bataille entamée depuis des années. Les entreprises de la Silicon Valley sont accusées d’avoir conçu des produits visant à capter l’attention de manière quasi addictive. Une logique que certains experts comparent désormais à celle du tabac ou des jeux d’argent.En parallèle, les gouvernements commencent à réfléchir à des actions concrètes. L'Australie a été le premier pays à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans en décembre depuis. Depuis, de plus en plus de pays s'engagent en ce sens. Ainsi, l'Indonésie a interdit en mars les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, soit 70 millions de mineurs. Des lois sont également débattues dans plusieurs pays européens. C'est par exemple le cas au Danemark, au Royaume-Uni et en France.Le 1er avril, le Sénat a adopté une version remaniée de la proposition de loi (PPL) de la députée macroniste Laure Miller visant à interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Le gouvernement espère mettre en œuvre cette interdiction dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes, et la généraliser à tous les comptes d'ici le 1er janvier 2027.Les plus lus"Il devrait se ressaisir": la charge virulente de Donald Trump contre le pape Léon XIVMort du suspect, main courante... Ce que l'on sait du double féminicide dans la VienneUn coup de pied dans la tête et un bisou sur la bouche: le premier couple marié de l'histoire à s’être affronté lors d’un match de rugby international"Un Picasso pour 100 euros": bientôt un gagnant de la tombola au profit de la recherche sur la maladie d'AlzheimerLe groupe payait des pots-de-vin à l'Etat islamique: le cimentier Lafarge est reconnu coupable de financement du terrorisme, l'ex-PDG condamné à 6 ans de prison avec incarcération immédiate
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