● Courrier International
📅 13/04/2026 à 12:22
Pourquoi le fatbike est devenu l’ennemi public n°1 aux Pays-Bas et en Belgique
Géopolitique
Un fatbike à Amsterdam, en 2024. PHOTO NICO GARSTMAN/ANP/AFP [Cet article a été publié le 1er mars et republié le 13 avril 2026] Ils ont commencé à apparaître “de plus en plus souvent dans les rues de Bruxelles : les fatbikes, ces vélos électriques à gros pneus qui ressemblent assez fort à des scooters, constate le média bruxellois Bruzz. Aux Pays-Bas, cela fait un moment que le phénomène est connu et qu’il fait polémique.” Et voilà qu’en Belgique aussi, “l’inquiétude grandit”. Des associations de cyclistes et de promotion de la sécurité routière ont sonné l’alerte quant au danger de ces vélos électriques version costaude, confirme la VRT. À lire aussi : Vélos. Les Pays-Bas dépassés par les “fatbikes” Préoccupé, le journal anversois Gazet van Antwerpen a passé la frontière néerlandaise et décrit une ville d’Eindhoven “noyée sous les fatbikes”. “Ils se massent aux feux rouges, filent à travers le centre-ville ou sont garés contre des panneaux de signalisation, attachés par de lourdes chaînes. À Eindhoven, à quelques dizaines de kilomètres de la Belgique, les fatbikes sont omniprésents”, assure le journal. Et ils sont “super agaçants”, assure un soixantenaire croisé au marché : “Ces machins sont tous débridés et ils foncent à travers la foule. À mon avis, ils le font exprès. Des tas de gens ont été renversés ou ont eu des accidents.” Stylés et bon marché Récemment, confirme Bruzz, un institut néerlandais de prévention a enregistré la présence de près de 100 conducteurs de fatbikes aux urgences, pour la seule première semaine d’octobre 2024. “Les blessures sont souvent graves”, plus que pour les conducteurs de vélos électriques classiques. “Il est notable que près de la moitié des blessés avait entre 12 et 15 ans, et que pratiquement personne ne portait de casque”, souligne l’article. Il n’y a en effet pas d’âge minimal pour rouler à fatbike, et contrairement aux scooters le port du casque n’est pas obligatoire puisque – en théorie – ils ne dépassent pas les 25 km/h. Dans la pratique, il suffit de les débrider pour atteindre les 45 km/h. “Les fatbikes sont badass”, lance sur sa une le magazine belge “Knack”, sur une image générée par intelligence artificielle. Knack Et c’est vraisemblablement un des facteurs du succès de ce vélo auprès des ados. “La popularité des fatbikes a connu un pic aux Pays-Bas précisément quand le législateur a rendu le port du casque à scooter obligatoire”, constate Knack. Il est par ailleurs bon marché : un modèle d’entrée de gamme coûte environ 1 000 euros. Et surtout, il est stylé et “badass”, comme l’observe cet hebdomadaire belge dans son dossier de couverture cette semaine, sur une image générée par intelligence artificielle. Un outil d’émancipation Dans le reste de la population, le fatbike fait l’unanimité contre lui : “De gauche à droite, de la capitale à la province, tout le monde déteste les fatbikes”, notait récemment la journaliste et philosophe Doortje Smithuijsen. Knack épingle cependant un rare contrepoint : l’auteur néerlando-marocain Abdelkader Benali, lui-même régulièrement dérangé par les fatbikes, observe malgré cela que, dans les grandes villes, c’est “le moyen de transport par excellence de la jeunesse multiculturelle”, pour laquelle il constitue “un moyen d’émancipation”. Il a permis “à ces jeunes d’agrandir drastiquement leur espace de vie” et de quitter leurs quartiers pour gagner les centres-villes. “Dans une ville essentiellement progressiste comme Amsterdam, les gens diront qu’ils sont favorables à une société multiculturelle, tout en considérant que les immigrés doivent rester dans leurs quartiers”, poursuit-il. Pour lui, “la haine à l’égard des fatbikes cache une part de racisme”, qui est mieux dissimulée chez les bobos urbains à vélo-cargo – que l’on surnomme l’“élite du lait d’avoine” aux Pays-Bas – que chez les électeurs de droite. À lire aussi : Le mot du jour. Télétravail, yoga et vélo-cargo : aux Pays-Bas, les hipsters s’appellent “élite du lait d’avoine” Récemment, les fatbikes se sont hissés jusqu’au programme du tout nouveau gouvernement, qui compte en faire “une catégorie de véhicule à part”, remarque encore Knack, ce qui permettra de les soumettre à un âge minimal ou au port du casque obligatoire. Et dans le sillage d’Enschede (est du pays), d’autres communes envisagent d’interdire certaines zones à la circulation des fatbikes, relève la NOS. Carole Lyon Génération Z Vélo Europe Pays-Bas Sur le même sujet À la une de l’hebdo. Tant qu’il y aura des vélos Élections. Pays-Bas : comment Rob Jetten a réussi à s’imposer en recours face à l’extrême droite Politique. Plein d’enthousiasme mais sans majorité, le gouvernement néerlandais prend ses fonctions Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? 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