● BFM Tech
📅 11/04/2026 à 09:41
Flux fini, zéro filtre, usage intentionnel... A rebours d'Instagram ou Tiktok, comment le réseau social français BeReal repart à l'offensive pour reconquérir la Gen Z
Géopolitique
Le réseau social français BeReal a été rachetée par Voodoo en 2024 - BFM TechAprès une ascension fulgurante pendant la pandémie, BeReal a vu son audience ralentir. Rachetée par Voodoo en 2024, la plateforme tente aujourd’hui de se réinventer sans trahir son ADN. Une stratégie qui fonctionne. Le réseau social français a engrangé 30 millions d'euros de chiffre d'affaire en 2025 et voit son audience augmenter."Je veux juste créer mon compte là", lance Michou, affalé dans son lit. Pour une fois, ce 25 février, les fans du vidéaste aux 10,9 millions d'abonnés ne suivent pas les pérégrinations du youtubeur sur la plateforme de Google ou sur Instagram. Mais bien sur BeReal.Depuis quelques semaines, le créateur de contenu n'hésite pas à partager son quotidien sur le réseau social français, entre repérage de lieux de tournage à Chypre ou escapade en voiture avec son chien. Des publications à contre-courant de ses formats habituellement très produits."Enfin, il a créé son compte", écrit un internaute en commentaire. "Ah, enfin tu as BeReal, comme Inox", ajoute un autre. En effet, comme avec Michou, le réseau social français peut désormais compter sur l’arrivée massive de grands créateurs. L’application compte dans ses rangs Léna Situations, Maxime Biaggi, Djilsi, Joyca ou encore Inoxtag. Bref, une ribambelle de vidéastes adulés par la nouvelle génération.Un début en fanfare...Jusqu’ici, l'application lancée en 2019 à Paris par Alexis Barreyat et Kévin Perreau, s’est imposée avec un concept à rebours des standards du secteur. Chaque jour, à une heure aléatoire, une notification tombe. Deux minutes chrono. Les utilisateurs doivent capturer l’instant, via les caméras avant et arrière de leur smartphone. Une contrainte simple, mais redoutablement efficace: impossible de consulter les publications de ses proches sans avoir soi-même joué le jeu."On n’était pas du tout sur quelque chose de public comme Tiktok, ni même semi-ouvert comme Instagram", nous résume Oriane Mainard, directrice des opérations. "L'authenticité, c'était l'ADN de la plateforme."La preuve, il n'y a pas de filtres. Et très vite, le principe trouve son public. La génération Z, le cœur de cible de l’application, âgée de 18 à 27 ans s’en empare. Lassée des contenus trop lissés, elle adhère à cette promesse de spontanéité."J’adore que ce soit spontané, pas préparé ni retouché. Ça change des autres réseaux", nous confie Hugo, 19 ans. "C’est rafraîchissant de ne pas voir que du contenu sponsorisé ou ultra-produit. On voit ses amis comme ils sont, parfois sortis du lit, à 7h du matin", plaisante Clara, 21 ans, en se confiant à nous.Jusqu’à séduire, ponctuellement, des figures politiques comme Gabriel Attal. Des médias, des personnalités ou même des clubs comme le Paris Saint-Germain commencent à publier spontanément. "Quand j’ai vu que le PSG postait sur BeReal, je me suis dit: 'Ok, ça devient sérieux!'", s'amuse Hugo, fan de football. Ces contenus, souvent capturés sur le vif, donnent le sentiment d’un accès privilégié aux coulisses.... avant le désenchantement"Les utilisateurs avaient l’impression de voir quelque chose qu’ils ne voyaient pas ailleurs", poursuit Oriane Mainard.Mais l’engouement ne suffit pas à faire tourner la machine. Derrière la hype, la réalité économique est plus fragile. La plateforme ne génère encore aucun revenu et accuse des pertes mensuelles d’environ 3 millions d’euros. Dans le même temps, sa croissance marque le pas. Après une ascension fulgurante pendant la pandémie de Covid-19, BeReal, littéralement "sois authentique", perd progressivement de sa superbe.La plateforme de près de 40 millions d’utilisateurs en Europe, au Japon et aux États-Unis voit son audience s’éroder, faute de renouvellement et face à une certaine lassitude des utilisateurs.Il faut attendre le rachat du réseau social français par l'éditeur Voodoo pour amorcer un tournant. Premier chantier, corriger les bugs intempestifs qui s'accumulaient. Au programme, des notifications non reçues ou un fil d'actualité qui peine à s'afficher.Alexandre Yazdi, CEO et cofondateur de Voodoo - 13/06 6:07"Il n'y a pas de scroll infini sur l'application"Une fois le problème réglé, BeReal change d’échelle. Mais pas question de dénaturer le produit. "Il n'y a pas de scroll infini sur l'application. BeReal, c’est un rendez-vous quotidien", ajoute Oriane Mainard.Ce positionnement tranche avec celui d’autres plateformes. Là où Instagram mise sur les photos léchées et où Tiktok privilégie un flux infini de contenus, BeReal revendique une temporalité réduite et un engagement plus authentique. L’utilisateur s’y connecte moins longtemps, mais de manière plus attentive."Par défaut, il faut être engagé pour être sur BeReal. On n’est pas dans une stratégie de volume, mais dans un usage quotidien et intentionnel', complète-t-elle.Un argument qui séduit utilisateurs.... et annonceurs. Car la plateforme a seulement décidé de monétiser son service à l'été 2024. Un décision tardive, mais efficace. Avec un fil limité, une vingtaine de publications par jour, et un format publicitaire calqué sur celui des utilisateurs (le fameux "front-back", combinant caméra avant et arrière), BeReal mise sur la qualité plutôt que la quantité. "On a parfois l'impression que ces publicités pourraient être des publications classiques", souligne Oriane.Succès de la publicité"Sur Tiktok, les utilisateurs voient énormément de publicités. Sur BeReal, ils voient 20 publications et cinq ou six publicités maximum. En matière de mémorisation et d'attention publicitaire, c'est un pari gagnant", s'enthousiasme la cadre, chiffres à l'appui. Selon une étude Nielsen pour BeReal, en France, l'application affiche une mémorisation publicitaire supérieure de 10% à celle des plateformes concurrentes.C'est déjà demain : BeReal, un nouveau réseau social français - 07/02 3:09Au total, plus de 300 annonceurs ont été séduits cette année, parmi lesquels Apple, L’Oréal, Nike ou encore Netflix. Tous espèrent toucher la Gen Z, le coeur de cible de BeReal. "La fashion, les loisirs et les cosmétiques fonctionnent particulièrement bien. (...) Chaque trimestre, nos revenus publicitaires croissent de 30%", chiffre Oriane Mainard. De quoi permettre au service d'engranger 30 millions de chiffre d'affaires en 2025. "Pas mal, pour une première année", glisse-t-elle.En parallèle, la plateforme tente par tous les moyens de retenir ses internautes. Cela passe par le déploiement de plusieurs fonctionnalités, parfois très attendues. BeReal a ainsi lancé les formats vidéo ainsi qu'un chat. Au Japon, l'entreprise a également lancé en avant-première "close friends", qui permet d’envoyer une photo réservée à un petit groupe d’amis.Les outils de publication et de mesure des influenceurs ont aussi été améliorés. Il faut dire que BeReal adopte depuis peu une "stratégie beaucoup plus volontariste" en direction des créateurs. Car le réseau social français le sait bien. Ces figures très suivies ont le pouvoir d’entraîner des communautés entières. La plateforme n’hésite donc pas à rémunérer ceux qui, via leurs stories sur Instagram ou Tiktok, incitent leurs abonnés à télécharger BeReal.Relancer les dynamiques d'acquisitionsCes évolutions visent à relancer la dynamique d’acquisition. Après un léger recul en France, l’audience repart à la hausse. Voodoo revendique désormais 5,5 millions d’utilisateurs mensuels, contre 5,2 millions lors du rachat. D’après Médiamétrie, 2,7 millions de Français utilisent l’application chaque jour, contre 1,9 million en octobre 2024.Si les marchés français, japonais et américain évoluaient jusqu’ici à des niveaux comparables, les États-Unis accusent désormais un net recul. Une baisse encore mal expliquée que le groupe cherche à enrayer en priorité.A contrario, le Japon, premier marché de l'application, continue de progresser. "Sur la Gen Z BeReal est presque aussi populaire qu'Instagram", lance Oriane Mainard. "C'est une vraie BeReal mania." Artistes, vidéastes ou chanteurs partagent en masse les coulisses de leur quotidien sur BeReal. Et attirent, sans surprise, des millions de fans.En France, BeReal ne prétend pas, du moins officiellement, rivaliser frontalement avec les géants du secteur. L’application joue une autre partition. Celle d’un usage complémentaire."A l'heure où les utilisateurs sont lassés des contenus IA et des bots, BeReal peut tirer son épingle du jeu. Il y a un momentum", insiste-t-elle. "Ils réclament le retour d'un vrai social où l'on voit ses amis, et plus uniquement de l'entertainment."Reste que le réseau social n'est pas la seule application à miser sur le créneau de l'authenticité et la proximité avec les créateurs. Snapchat adopte une stratégie similaire. A la différence près que l'application au fantôme peut compter sur ses 26 millions d'utilisateurs mensuels en France et sa renommée internationale.Les plus lusGuerre au Moyen-Orient: le vice-président américain JD Vance est arrivé au Pakistan pour les négociations avec l'Iran"Coucher de Terre", amerrissage dans le Pacifique... Ce qu'il faut retenir de la mission Artémis 2"J'ai emménagé chez mes grands-parents": le système D des Français pour réduire leurs passages à la pompe à essenceRetrouvé "sur un monticule de déchets", le père mis en examen: ce que l'on sait de la séquestration d'un enfant de 9 ans dans le Haut-RhinMarathon de Paris 2026: parcours, horaires, météo, chaîne TV... Tout savoir sur la course
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