● Courrier International
📅 11/04/2026 à 05:00
Les brochettes au koura-koura, la fierté de Kaya
Géopolitique
Des cacahuètes sur un marché de Kigali, au Rwanda. Photo ERIC LAFFORGUE/Hans Lucas/AFP Dans la ville de Kaya, le koura-koura ne se résume pas à une simple friandise. Ce tourteau d’arachide, à la texture croquante, est un symbole de transmission familiale et de savoir-faire local. Mais derrière cette spécialité connue bien au-delà de la région, les productrices doivent aujourd’hui composer avec des difficultés d’approvisionnement de l’arachide. Sous un hangar sombre marqué par la fumée des foyers, Sarata Savadogo pétrit avec énergie une pâte d’arachide avant de la façonner en petites étoiles qu’elle plonge dans l’huile chaude. En quelques minutes, les tourteaux prennent une couleur dorée et sont prêts à être vendus. À lire aussi : Le Courrier des recettes. Le “lambiissi” du Burkina Faso, une farandole de testicules Depuis qu’elle a quitté l’école en 2014, cette activité constitue sa principale source de revenus. Elle assure elle-même toutes les étapes de production. “On paye les arachides, qu’on grille. Ensuite, on part moudre ça au moulin pour revenir préparer le koura-koura”, explique-t-elle, concentrée sur son travail. Comme beaucoup de femmes à Kaya, Sarata a appris ce métier au sein de sa famille. Elle y voit à la fois une nécessité économique et une fierté culturelle. Un savoir transmis de génération en génération À ses côtés, sa belle-mère Aminata observe la préparation avec attention. À plus de 60 ans, elle ne fabrique presque plus, mais veille à transmettre les gestes et les astuces. “Avec le poids de l’âge, on a cédé la place à nos belles-filles. Nous sommes là pour vendre et leur montrer comment faire. Si on apprend ce travail aux enfants dès le bas âge, ils pourront toujours s’en sortir”, affirme-t-elle. Kaya, dans la province du Centre-Nord, au Burkina Faso. COURRIER INTERNATIONAL Selon elle, le métier exige patience et résistance physique, ce qui décourage certains jeunes. “La plupart ne veulent plus se donner à ce travail, parce que c’est difficile et fatigant. Mais ceux qui veulent vraiment travailler peuvent s’en sortir avec ça”, ajoute-t-elle. Au fil des générations, les techniques évoluent. Les anciennes fabriquaient des tourteaux plus volumineux, tandis que les jeunes privilégient aujourd’hui des formats plus légers. “Quand c’est trop gros, l’intérieur peut se gâter. Si c’est léger comme je le fais, la cuisson est complète et ça peut se conserver plus d’un mois”, explique Sarata. [Cliquez ici pour visionner un sujet de la RTB (Radiodiffusion Télévision du Burkina) sur la production du koura-koura de Kaya.] Une signature culinaire À proximité du marché central, le koura-koura change de forme. Dans une gargote animée, Mahamadi Savadogo l’utilise en poudre pour assaisonner ses brochettes. Pour lui, cette pratique ne relève pas d’une simple recette, mais d’un héritage familial. À lire aussi : Le Courrier des recettes. Le riz jaune sud-africain, à la vie à la mort “Nous mettons les tourteaux d’arachide sur la viande parce que c’est devenu une tradition. Nos parents le faisaient déjà, et nous avons gardé cette manière de les préparer”, explique-t-il. Selon lui, ce goût particulier distingue les grillades locales. “Les gens apprécient davantage ce qui est fait avec les tourteaux d’arachide. Il y a une différence de goût. Ce n’est pas seulement salé, c’est plus riche”, affirme-t-il. La réputation de ces brochettes dépasse la ville. Certains clients en commandent même de Ouagadougou. Kiougou Ouédraogo, venu récupérer sa commande, confirme cet attachement. “Nos mamans font ça de façon particulière ici. C’est différent de ce qu’on voit ailleurs. Tout est fait à la main, c’est naturel et bien préparé”, témoigne-t-il. L’insécurité fragilise la production Malgré cet engouement, la filière du koura-koura est confrontée à un obstacle majeur. La rareté de l’arachide. L’insécurité dans plusieurs zones agricoles réduit les surfaces cultivées et perturbe les circuits d’approvisionnement. Sarata constate directement l’impact sur son activité. Voir aussi : Portfolio. La disparition de la cuisine traditionnelle menace l’identité congolaise “Avec l’insécurité, il n’y a plus beaucoup de cultivateurs d’arachide. L’arachide est rare et chère. Avant, un sac coûtait 45 000 francs CFA [environ 70 euros]. Maintenant, il faut 70 000 voire plus… et parfois tu as l’argent sans trouver la marchandise”, déplore-t-elle. Cette hausse des prix ralentit la production et réduit les bénéfices. Certaines femmes produisent moins souvent, d’autres diminuent les quantités mises en vente. Malgré ces difficultés, le koura-koura reste profondément ancré dans la culture locale. Il accompagne les voyages, les visites familiales et les marchés, et continue de symboliser l’identité culinaire de Kaya. Lire l’article original Alimentation Afrique Nos lecteurs ont lu aussi Opinion. Oui, je crois que Rosalía est le véritable messie que le monde attendait Société. Au Japon, des femmes victimes de l’inquiétant phénomène du “butsukari otoko” Vu de l’étranger. Les velléités d’autonomie de l’Alsace rouvrent de “vieilles blessures” Opinion. Quand Trump joue au “fou”, il montre sa faiblesse Source de l’article Studio Yafa (Ouagadougou) Studio Yafa est un média burkinabè de production de programmes radio, vidéo et multimédia destinés essentiellement au jeune public. Il fournit des espaces de dialogue sur la vie sociale et politique du pays et se propose d’offrir aux jeunes une plateforme où ils pourront s’exprimer et être audibles par toutes les composantes de la société. Créé et soutenu par la Fondation Hirondelle, une ONG suisse qui fournit de l’information à des populations confrontées à des crises, Studio Yafa produit des magazines radio quotidiens dans cinq langues (dioula, français, fulfuldé, gulmencema et mooré), ainsi que du contenu multimédia sur Facebook et son site web. Lire la suite Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Bibliocité « Contre l’imposture, l’auto-défense intellectuelle ». Rencontre avec Aurélie Jean, auteure d’« Imposture, comment identifier les usurpateurs du débat public » le 16 avril 2026. Je m’inscris → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire de « Les filles du Kurdistan » de M. Sauloy & C. Baloup aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
🔗 Lire l'article original
👁️ 1 lecture