● Courrier International
📅 10/04/2026 à 18:08
Au Japon, des femmes victimes de l’inquiétant phénomène du “butsukari otoko”
Géopolitique
Des passagers circulent dans la gare de Shinagawa, le 7 juin 2024. PHOTO RICHARD A. BROOKS/AFP [Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 16 mars 2026 et republié le 10 avril] La vidéo publiée le 25 février sur Instagram par une mère de famille a suscité un certain émoi sur les réseaux sociaux. On y voit une fillette taïwanaise tout heureuse de se retrouver sur le célèbre carrefour tokyoïte de Shibuya, noir de monde. Soudainement, elle se retrouve projetée au sol par une femme, arborant un masque chirurgical. L’incident a remis en lumière le phénomène des butsukari otoko [littéralement, “les hommes qui bousculent”]. Dans les lieux publics, ils heurtent volontairement des personnes qu’ils considèrent “plus faibles” en apparence. Leurs actes se manifestent de différentes manières, souligne le quotidien The Japan Times : “Certains butsukari otoko ont été surpris en train de bousculer plusieurs femmes d’affilée, en jouant des coudes ou, parfois, avec des gestes plus violents comme des coups de poing ou des coups de pied.” À lire aussi : Société. Dans un collège de garçons à Tokyo, des cours pour en finir avec la masculinité toxique Gares, transports en commun ou centre-ville, les agressions surviennent la plupart du temps dans des lieux bondés, ce qui permet aux auteurs soit de plaider l’erreur de bonne foi, soit de s’évaporer rapidement dans la foule. “Contrairement aux bousculades normales, les tai-atari, […], ces incidents sont des agressions caractérisées déguisées en accidents”, rapporte le magazine Tokyo Weekender. En 2018, l’édition japonaise du Huffington Post avait diffusé les images d’un homme bousculant plusieurs femmes dans la gare de Shinjuku, dans le centre de Tokyo. Celles-ci avaient été abondamment relayées sur les réseaux sociaux, inspirant vraisemblablement des actes similaires. Le nombre de témoignages de victimes se multiplie depuis. Sentiment d’impunité Selon une étude menée en 2024 par la société japonaise de développement de systèmes informatiques Media Seek auprès de plus de 20 000 répondants, relayée par The Guardian, 14 % des personnes interrogées déclaraient avoir déjà été heurtées, 6 % avoir été témoin de telles agressions et 5 % avoir vécu les deux situations. Les bousculades étant rapides et soudaines, la plupart des participants affirment ne pas avoir réagi. À lire aussi : Série. “Asura”, de Kore-eda, “l’histoire de Japonaises qui explosent de colère face aux hommes” “Les hommes ne sont pas les seuls responsables de bousculades, même s’ils sont de fait plus représentés parmi les auteurs”, remarque le quotidien britannique. “Les publications sur les réseaux sociaux montrent aussi bien des hommes que des femmes fonçant dans la foule, prêts à donner un coup d’épaule à des victimes inattentives.” Kiriu Masayuki, professeur de sociologie à l’université Toyo et spécialiste en psychologie criminelle, explique au journal que pour les agresseurs, “convaincus qu’ils ne se feront pas attraper par la police”, “bousculer des femmes représente un moyen peu risqué d’évacuer leur frustration”. Face à un phénomène imprévisible, “le moyen de dissuasion le plus efficace semble être de s’exprimer à voix haute”, clame une jeune femme interrogée par le Tokyo Weekender. “Si quelqu’un nous bouscule, on crie très fort, on le poursuit et on le filme pour publier la vidéo sur les réseaux sociaux jusqu’à ce qu’il s’excuse !” Salomé Le Corre Asie Sur le même sujet Économie. Au Japon, les jeunes femmes en bikini de plus en plus rares dans les publicités Société. La chute de Masahiro Nakai, star de la télé japonaise accusée de violences sexuelles Politique. Sanae Takaichi, première femme à la tête du Japon, divise les féministes Droits des femmes. Les Japonaises pourront enfin acheter la pilule du lendemain en pharmacie Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Bibliocité « Contre l’imposture, l’auto-défense intellectuelle ». Rencontre avec Aurélie Jean, auteure d’« Imposture, comment identifier les usurpateurs du débat public » le 16 avril 2026. Je m’inscris → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire de « Les filles du Kurdistan » de M. Sauloy & C. Baloup aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
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