● Courrier International
📅 10/04/2026 à 18:47
Pourquoi appeler une femme “auntie” dérange-t-il au Royaume-Uni ?
Géopolitique
Dessin de Falco, Cuba. À 61 ans, Ilda Esteves, une employée du National Health Service (NHS), est sortie fin mars victorieuse du tribunal de Westford de Londres. Elle a été reconnue victime de harcèlement de la part de Charles Oppong, l’un de ses collègues, qui l’appelait sans cesse “auntie” (“tata”, en anglais) contre sa volonté. Celui-ci a été condamné, et le West London NHS Trust devra verser à la plaignante un total de 1 425 livres sterling (1 636 euros) à titre de dommages et intérêts pour “préjudice moral”. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais la défense de l’accusé a fait sourciller Lola Okolosie, écrivaine et professeure d’anglais, qui s’interroge dans ce papier du Guardian sur l’utilisation de ce qualificatif et se demande pourquoi il dérange tant en Occident. Titres honorifiques Dans la culture ghanéenne, dont est issu Charles Oppong, utiliser le mot “tata” est “une marque de respect envers les femmes plus âgées”. De même, pour de nombreuses personnes “d’Afrique de l’Ouest, des Caraïbes et d’Asie du Sud”, constate la chroniqueuse, “tante” et “oncle” sont des titres honorifiques employés en signe de respect. “C’est tellement ancré en nous que cela devient un réflexe : enfant, appeler une personne plus âgée par son prénom pouvait valoir une réprimande de vos parents.” Dans ce contexte, utiliser ces qualificatifs est une marque de politesse, mais aussi d’appartenance à une culture qui va percevoir l’âge comme “porteur d’une double richesse : l’expérience et la sagesse”. Ce qui n’est pas une excuse, poursuit la journaliste : “Utiliser un titre que quelqu’un a refusé n’est pas une marque de respect.” “Malaise occidental” Dans les milieux professionnels et scolaires, et dans une culture occidentale “où les hiérarchies d’âges s’estompent”, ce qualificatif sera davantage perçu “comme une tentative de discréditer une collègue”. Une offense et un sentiment de dénigrement renforcés par le fait que “les femmes plus âgées se sentent obligées de dissimuler leur âge en raison de l’âgisme et de la misogynie”, constate la chroniqueuse. À lire aussi : Opinion. “Aimez votre corps !” : le “body positivisme” n’est qu’un moyen de contrôler les femmes Loin d’être célébré, l’âge devient tabou, ce qui témoigne d’un véritable “malaise occidental” face au vieillissement. “Je suis indéniablement d’âge mûr”, confie l’écrivaine. Mais “lorsque je confie [mon âge] à mes collègues ou à de nouvelles connaissances, leur réaction est pour le moins étrange. […] ‘Tu ne fais pas ton âge’, me disent-ils parfois.” Comme si parler de son âge était une forme d’“autodérision”. Pour la chroniqueuse, cela s’explique par la tendance culturelle de la société occidentale à considérer qu’une femme, parce qu’elle est plus âgée, va vouloir paraître plus jeune. “Quel est le problème si je parais mon âge et si je porte les marques visibles des années que j’ai vécues ?” s’interroge-t-elle. “Comme le dit si justement mon frère, qui vit au Nigeria : ‘J’ai bien mérité mes cheveux gris’. Tous sans exception.” Courrier international Europe Afrique Justice Sur le même sujet Analyse. D’hier à aujourd’hui, la puissance du féminisme africain Égalité. En Afrique, le pari ouvert de la parité en politique Témoignages. Le choc culturel des Tunisiennes revenues au pays : “Je me suis sentie jugée” Société. En Chine, de plus en plus de femmes trouvent dans le stand-up un espace de liberté Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Bibliocité « Contre l’imposture, l’auto-défense intellectuelle ». Rencontre avec Aurélie Jean, auteure d’« Imposture, comment identifier les usurpateurs du débat public » le 16 avril 2026. Je m’inscris → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire de « Les filles du Kurdistan » de M. Sauloy & C. Baloup aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
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