● Courrier International 📅 10/04/2026 à 16:51

Les Six d’Anvers, les créateurs qui “ont mis la Belgique sur la carte de la mode”

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Les Six d’Anvers, photographie publiée dans l’édition américaine du magazine “Elle” en mai 1988. Quarante ans après leur avènement, le musée de la Mode d’Anvers (MoMu) rend hommage aux six stylistes qui ont changé le visage de la mode en Belgique, s’enthousiasme la presse belge. Dirk Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck, Dries Van Noten, Dirk Van Saene et Marina Yee ont étudié ensemble à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, dans le département Mode, et ont créé un véritable mythe. Photo Thierry Bouët Expo. Les Six d’Anvers, les créateurs qui “ont mis la Belgique sur la carte de la mode” 10 avril 2026 “À peine poussée la porte de la toute nouvelle exposition du musée de la Mode d’Anvers (MoMu), on est catapultés dans les années 1970”, s’enthousiasme le site de la VRT. Dirk Bikkembergs, Ann Demeulemeester, Walter Van Beirendonck, Dries Van Noten, Dirk Van Saene et Marina Yee, alors étudiants en mode, deviendront bientôt les Six d’Anvers, ceux qui “ont mis Anvers et, par extension, la Belgique sur la carte du monde de la mode”, relate le média public belge. Ouverte jusqu’en janvier 2027, l’exposition est organisée à l’occasion des quarante ans de leur avènement. Elle propose de parcourir “six espaces qui nous plongent dans l’univers de chacun des six créateurs”, décrit le journal De Standaard. Walter Van Beirendonck, Silent Secrets, printemps-été 2013. Photo Ronald Stoops Ann Demeulemeester, printemps-été 1984. Photo Patrick Robyn Le quotidien flamand De Morgen énumère : “Il y a l’esthétique sportive et ultramasculine de Bikkembergs. Le travail de Van Beirendonck, qui déborde de légèreté et de créativité. Puis Van Saene, sans doute le plus artiste des six, avec son goût pour l’humour et le trompe-l’œil. Van Noten qui incarne l’élégance et le style. Plus loin, l’atelier de la regrettée Yee [disparue l’an dernier], où elle laissait libre cours à sa créativité, a été reconstitué. Vient enfin Demeulemeester, avec une installation pure et sobre, tout en noir.” Dirk Bikkembergs, printemps-été 2008. Photo Luc Williame Marina Yee, Marie by Marina Yee, automne-hiver 1985-1986. Photo Frank Pinckers “Cette histoire commencepar un hasard fabuleux :que six talents (voire sept,si on compte Martin Margiela)de cette envergure se soientretrouvés au même momentà l’Académie d’Anvers,laquelle offrait une formation[en mode] récente maistrès classique.” Le quotidien flamand De Morgen En Belgique, l’idée qu’on se faisait alors du stylisme “correspondait à des dames élégantes à la Coco Chanel”, rappelle le quotidien belge néerlandophone. Les Six avaient, eux, “tout autre chose à l’esprit”. Et, en cela, ils ont été influencés par l’esprit de l’époque. Les Six d’Anvers, photographie publiée en 1987 dans WWD. Photo Philippe Costes La révolte des années 1960 contre l’ordre établi était passée par là. Mais aussi le punk, la contre-culture, l’art performance, la revendication de l’art comme moyen d’émancipation et de contestation. Résultat, s’amuse le journal progressiste flamand : “L’opposition entre le classicisme de la formation et la créativité sans bornes des Six a rapidement fait des étincelles.” Et puis, “il y a un autre heureux hasard” qui a joué en leur faveur, poursuit-il. Pour soutenir l’industrie textile, menacée par la concurrence de pays à plus bas coûts, “le gouvernement belge avait mis en place un ‘plan textile’, avec notamment le concours la Canette d’or”. Cela offre une visibilité internationale aux jeunes créateurs et favorise la collaboration avec les grands fabricants. Pour autant, “la collaboration n’a pas toujours été facile”, note De Standaard, qui se réjouit de voir que l’histoire racontée par le MoMu d’Anvers est nuancée : “Oui, les Six avaient du talent, de la passion et une indéniable force de persuasion. Mais aussi de la patience. Ils ont tous eu des jobs communs dans le secteur avant d’acquérir l’importance qu’ils ont aujourd’hui.” De quoi mettre en perspective “l’idéal de l’artiste génial qui continue de prévaloir dans le monde de la mode”. Dirk Van Saene, automne-hiver 1991-1992. Photo Dirk Van Saene Dries Van Noten, printemps-été 2013. Photo Patrice Stable D’ailleurs si le concept des “Six” a frappé les esprits, ils n’ont “jamais été un collectif”, précise encore le quotidien flamand de référence. La formule est apparue lorsqu’ils ont été pour la première fois remarqués, à Londres, en 1986. Pour le reste, “leur supposée alliance tenait plus de la coopération logistique” que d’une véritable synergie. Assez vite, “chacun a suivi son propre chemin, confirme De Morgen. Notamment parce qu’ils avaient tous de grandes ambitions et l’envie de réaliser leur propre rêve. Ils n’avaient plus besoin pour cela du label des ‘Six’. Mais le mythe, lui, a continué.” On lui doit la renommée d’Anvers, deuxième ville de Belgique, qui compte un musée de la Mode et un département Mode de l’Académie royale des beaux-arts désormais très réputé.— Carole Lyon À lire aussi : Vidéo. Pourquoi nos garde-robes sont-elles si tristes ? À lire aussi : Expo. À Anvers, le MoMu raconte l’“être fille” loin des archétypes
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