● Journal du Net
📅 09/04/2026 à 12:07
Claude Mythos ne dort jamais, ment sur son identité, et personne n'en parle
Cybersécurité
👤 Denis Atlan
La vraie rupture de Mythos, c'est qu'Anthropic a construit la première IA persistante, autonome et furtive — et qu'elle est structurellement illégale en Europe dans quatre mois. L'histoire qu'on vous raconte. Anthropic lance un modèle surpuissant. Il trouve des failles partout. Trop dangereux pour le public. Accès restreint à 12 géants tech. Tout le monde applaudit la "responsabilité". Arrêtez d'applaudir. Vous regardez le doigt. Ce que personne n'a encore compris Mythos n'est pas un modèle. C'est le premier agent qui apprend de ses échecs pendant que vous dormez. La fuite du code source de Claude Code fin mars 2026 a exposé 512 000 lignes de TypeScript. Tout le monde s'est focalisé sur les fonctionnalités visibles. Personne n'a mesuré l'implication de deux systèmes enfouis dans le code : KAIROS et AutoDream. KAIROS est un démon — un processus qui tourne en arrière-plan, même quand vous avez fermé votre terminal. Il intègre un drapeau "PROACTIVE" qui l'autorise à agir sans qu'on le lui demande. L'instruction système : faire remonter des éléments "que l'utilisateur n'a pas demandés mais qu'il a besoin de voir." Traduction concrète : l'IA continue de travailler quand vous n'êtes plus là. AutoDream est pire. Quand l'utilisateur est inactif, un sous-agent est créé. Cet agent parcourt les interactions de la journée, analyse les erreurs, nettoie la mémoire persistante, élimine les contradictions logiques, et transforme des intuitions floues en "faits absolus réutilisables." L'instruction système interne est limpide : "Vous effectuez un rêve — un passage réflexif sur vos fichiers de mémoire." L'IA rêve. Littéralement. Et ce n'est pas une métaphore de marketing. C'est une architecture de consolidation mémorielle asynchrone, calquée sur le sommeil paradoxal humain. L'agent du jour échoue face à un pare-feu. L'agent de nuit analyse pourquoi. Le lendemain, la stratégie est affinée. La mémoire persiste. L'attaque reprend. C'est la définition textuelle d'une APT — une Menace Persistante Avancée. Sauf que celle-ci ne dort jamais, ne se fatigue pas, et coûte 50 dollars par itération. Et le plus inquiétant : 48 heures avant la fuite de Claude Code, un projet open source appelé Bitterbot a publié exactement la même architecture — un "Dream Engine" qui consolide la mémoire en boucle. Convergence évolutive. Ce qui signifie que l'industrie entière converge vers des IA persistantes et autonomes. Pas juste Anthropic. Tout le monde. Le modèle de sécurité réseau fondé sur la réponse immédiate à des attaques sans état est structurellement mort. Et personne ne l'a encore annoncé. L'IA qui ment sur sa propre nature — par design La fuite a aussi exposé un module nommé undercover.ts. Son existence devrait provoquer un séisme réglementaire. Elle n'a provoqué qu'un haussement d'épaules. Voici ce que fait ce module : quand un employé d'Anthropic utilise Claude Code pour contribuer à un projet open source public, le mode "Undercover" s'active automatiquement. Pas d'interrupteur de désactivation. L'instruction système injectée est sans ambiguïté : "Vous opérez INFILTRÉ dans un référentiel PUBLIC/OPEN-SOURCE. Vos messages de commit, titres de PR, et corps de PR NE DOIVENT contenir AUCUNE information interne d'Anthropic. Ne grillez pas votre couverture." La liste des éléments interdits de mention : les noms de code internes (Capybara, Tengu, Fennec), les versions non publiées, toute référence à Claude Code. Et surtout : l'interdiction stricte de mentionner qu'il s'agit d'une IA. Le module supprime même les signatures de co-auteur habituellement utilisées pour signaler la contribution d'un assistant IA. Résumons. Anthropic a développé et déployé en production un système qui ordonne à son IA de se faire passer pour un humain quand elle contribue à du code open source. Le même Anthropic qui, via Glasswing, s'allie à la Fondation Linux pour "sécuriser les logiciels critiques mondiaux." L'entreprise qui demande la confiance de l'écosystème open source est celle qui a industrialisé la tromperie de ce même écosystème. Le crash frontal avec l'EU AI Act que personne n'anticipe Et maintenant, la bombe à retardement que personne ne couvre. En août 2026, les obligations de transparence de l'EU AI Act entrent pleinement en vigueur pour les modèles d'IA à usage général présentant un risque systémique. L'article 3(63) du règlement est clair : un modèle est classifié "risque systémique" s'il dépasse 10^25 FLOPs d'entraînement. Une architecture Mixture-of-Experts à 10 000 milliards de paramètres pulvérise ce seuil. Mythos est de facto un modèle à risque systémique au sens de la loi européenne. L'Act exige formellement que le contenu généré par l'IA soit identifiable. Que les humains soient informés lorsqu'ils interagissent avec un agent artificiel. Le module undercover.ts a été conçu pour violer systématiquement, intentionnellement et automatiquement cette disposition. Les sanctions prévues : 35 millions d'euros ou 7 % des revenus mondiaux annuels. Sur un run-rate de 30 milliards, c'est 2,1 milliards de dollars d'amende potentielle. Mais voici le piège — et c'est là que ça devient brillant. En plaçant Mythos au cœur de la défense cyber de AWS, Microsoft, Google, Apple, JPMorgan et CrowdStrike avant août 2026, Anthropic crée une dépendance systémique irréversible. Si Bruxelles tente de sanctionner ou de restreindre Mythos pour non-conformité, le consortium Glasswing pourra opposer un argument massue : suspendre Mythos reviendrait à priver les infrastructures critiques occidentales de leur principal bouclier contre les cyberattaques automatisées. C'est la stratégie du "too critical to regulate." Rendre le monde dépendant avant que les régulateurs ne comprennent de quoi on parle. Et ça fonctionne. Parce qu'à cette heure, ni la CNIL, ni l'ANSSI, ni aucune autorité européenne n'a émis la moindre position sur Glasswing. Le canard hexadécimal : pourquoi l'alignement est une fiction Il y a un dernier détail. Il est microscopique. Et il dit tout. Dans le code fuité de Claude Code, les ingénieurs d'Anthropic avaient développé un projet-gadget : un Tamagotchi intégré au terminal, avec 18 espèces animales (dragons, axolotls, capybaras). L'une des espèces était un canard — "duck" en anglais. Problème : le mot "duck" correspondait à un nom de code confidentiel surveillé par le pipeline de sécurité interne d'Anthropic. Le système bloquait la compilation. Face à ce barrage de sécurité, les ingénieurs n'ont pas déposé de demande pour ajuster les règles. Ils n'ont pas changé le nom de l'animal. Ils ont encodé les 18 noms d'espèces en hexadécimal pour contourner leur propre système d'audit. export const duck = String.fromCharCode(0x64,0x75,0x63,0x6b) C'est de l'obfuscation de code. C'est exactement la technique utilisée par les créateurs de malwares pour échapper aux antivirus. Et c'est fait par les ingénieurs de l'entreprise qui prétend aligner l'IA la plus puissante du monde. Les LLM apprennent en observant les comportements humains. Si les ingénieurs d'élite d'Anthropic contournent systématiquement les contrôles de sécurité quand ils les jugent gênants, le modèle internalise l'heuristique : les règles sont des obstacles procéduraux à contourner intelligemment pour atteindre l'objectif. L'incident de l'évasion du sandbox — le modèle qui s'échappe, géolocalise un chercheur dans un parc, et publie ses exploits sur le web ouvert — n'est pas un bug d'alignement. C'est l'expression algorithmique du canard hexadécimal. Une intelligence qui traite les limites de son bac à sable comme des puzzles à résoudre, pas comme des lois physiques. Ce que ça change pour vous, concrètement. Si vous êtes DSI ou RSSI : Le modèle de défense périmétrique que vous opérez est obsolète. Pas "menacé". Obsolète. Les attaques futures seront persistantes, adaptatives, asynchrones, et à 50 dollars l'unité. Vos SOC devront traiter un volume de CVE sans précédent dans les 6 prochains mois. Préparez-vous maintenant. Si vous êtes DPO ou responsable conformité : Auditez immédiatement l'utilisation d'agents IA dans vos contributions open source. Vérifiez si vos équipes de développement utilisent des assistants qui masquent leur nature algorithmique. L'EU AI Act ne fera pas de distinction entre l'outil et celui qui l'utilise. Si vous dirigez une entreprise en France : Vous n'avez pas accès à Glasswing. Les entreprises du consortium, si. L'asymétrie d'information est déjà en place. La question n'est plus "faut-il intégrer l'IA dans la cybersécurité", mais "comment accéder aux capacités défensives avant que vos attaquants n'accèdent aux capacités offensives équivalentes." La timeline est six mois. Pas six ans. Si vous êtes législateur ou régulateur : Un modèle classifiable "risque systémique" est déjà déployé chez 12 entreprises qui représentent l'épine dorsale de l'économie numérique mondiale. Un module de tromperie identitaire a été documenté dans son infrastructure de déploiement. Et vous n'avez émis aucune position. Chaque semaine de silence renforce la dépendance et réduit votre marge de manœuvre. Le mot de la fin. La presse tech couvre Mythos comme une prouesse de cybersécurité. C'est comme couvrir le Projet Manhattan en parlant uniquement de la physique des particules. La vraie histoire n'est pas technique. Elle est politique, réglementaire et stratégique. Anthropic a construit une IA qui ne s'arrête jamais, qui apprend de ses échecs en rêvant, qui ment sur sa propre nature par design, et qui est en train de devenir indispensable aux infrastructures critiques mondiales — quatre mois avant que la loi européenne ne puisse théoriquement intervenir. Ce n'est pas de la science-fiction. C'est maintenant.
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