● BFM Tech
📅 09/04/2026 à 10:47
"Les déchets peuvent devenir une ressource": des chercheurs ont développé un réacteur solaire qui, grâce à l'acide de batteries usagées, transforme du plastique très difficile à recycler en hydrogène propre
Géopolitique
Des monceaux de déchets plastiques recouvrant la plage de Kedonganan mardi 19 mars 2024 - SONNY TUMBELAKA/AFPGrâce à un réacteur solaire inédit, des chercheurs britanniques sont parvenus à produire de l’hydrogène et de l'acide acétique, notamment utilisé dans l'industrie chimique, à partir de plastiques difficiles à recycler et d'acide de batteries de voitures usagées. Une piste sérieuse pour réduire la pollution mondiale.Des bouteilles plastiques qui deviennent des pulls, des stylos ou encore des meubles, ces exemples de recyclage sont devenus presque banals. Mais derrière cette promesse de seconde vie, la réalité est plus contrastée. La majorité des plastiques échappent encore à toute "valorisation". Alors si, plutôt que de les recycler en objets du quotidien, on apprenait à les transformer en énergie?C’est la piste explorée par une équipe de l’Université de Cambridge. Selon un article de la revue Joule du 6 avril 2026, des chercheurs britanniques ont mis au point un réacteur solaire capable de décomposer certains plastiques parmi les plus difficiles à recycler pour les convertir en hydrogène propre et en produits chimiques utiles à l’industrie. L'équipe affirme que sa méthode, appelée photoréformation acide à l'énergie solaire, pourrait contribuer à résoudre le problème des déchets plastiques à l'échelle mondiale.Recycler des déchets grâce à des déchetsConcrètement, le processus se déroule en deux temps. Les plastiques sont d’abord décomposés en molécules plus simples grâce à de l'acide contenu dans les batteries de voitures usagées. En d'autres termes, grâce à des déchets. Puis, sous l’effet de la lumière solaire, un photocatalyseur transforme ces composés en hydrogène et en acide acétique, utilisé notamment dans l’industrie chimique.Ce catalyseur constitue le cœur de l’innovation. Suffisamment robuste pour résister à un environnement corrosif, il permet d’exploiter l’acide au lieu de le subir. "On utilise depuis longtemps les acides pour décomposer les plastiques, mais nous n’avions jamais disposé d’un photocatalyseur bon marché et adaptable à grande échelle capable d’y résister", explique Kay Kwarteng, doctorante au sein du groupe de recherche de Reisner et auteure principale de l’étude, qui a mis au point le photocatalyseur. "Une fois ce problème résolu, les avantages de ce type de système sont devenus évidents."L’autre innovation réside dans l’utilisation d’un déchet industriel largement ignoré, l’acide des batteries automobiles. Chaque année, des millions de batteries sont remplacées. Si le plomb est recyclé, l’acide, lui, est souvent neutralisé, générant de nouveaux déchets."La découverte était presque fortuite", raconte le professeur Erwin Reisner, qui dirige ces travaux. "Nous pensions que l’acide était totalement exclu de ces systèmes à énergie solaire, car il aurait tout simplement tout dissous. Mais ce n’était pas le cas avec le catalyseur que nous avons mis au point. Soudain, tout un nouveau monde de réactions s’est ouvert à nous."PET et matériaux délaissés"C’est une ressource inexploitée", complète Kay Kwarteng. "Si nous pouvons récupérer l’acide avant sa neutralisation, nous pouvons le réutiliser pour décomposer les plastiques. C’est une solution gagnant-gagnant, car nous évitons le coût environnemental de la neutralisation de l’acide tout en l’utilisant pour produire de l’hydrogène propre."Une manière de faire d’un flux de déchets la solution à un autre, et d’esquisser une forme de système circulaire, donc. Au-delà de l’efficacité chimique, l’intérêt est aussi économique. Les chercheurs estiment que leur méthode pourrait réduire les coûts d’un ordre de grandeur par rapport aux techniques actuelles, notamment parce que l’acide peut être réutilisé et améliore les rendements.L’enjeu est immense. Chaque année, plus de 400 millions de tonnes de plastique sont produites dans le monde. Moins d’un cinquième est recyclé. Le reste est incinéré, enfoui ou finit dans les écosystèmes. Or les technologies actuelles peinent à traiter les plastiques complexes, mélangés ou contaminés. Le nylon ou le polyuréthane, omniprésents dans les textiles et les mousses industrielles, échappent largement aux filières de recyclage.Cette fois-ci, cette nouvelle approche ne se limite pas aux plastiques les plus simples comme le PET. Elle s’attaque à des matériaux jusqu’ici délaissés, comme les textiles en nylon et les mousses de polyuréthane. Lors des essais en laboratoire, le réacteur a montré des performances stables pendant plus de 260 heures, avec des rendements élevés en hydrogène.French Tech : Bobine recycle chimiquement les plastiques - 27/02 5:47"La question est désormais technique"Reste que l’enthousiasme scientifique ne suffit pas. Entre le laboratoire et l’industrie, le chemin est long. Les défis sont bien identifiés. Les chercheurs doivent ainsi concevoir des réacteurs capables de fonctionner en continu, de résister à la corrosion sur le long terme et de traiter des flux de déchets hétérogènes. "Les principes chimiques sont solide. Ces acides sont déjà manipulés en toute sécurité dans l'industrie, assure Kay Kwarteng. "La question est désormais technique."Les chercheurs ne prétendent pas remplacer les filières de recyclage existantes. Leur ambition est plus modeste. Ils pourraient offrir une solution complémentaire pour les plastiques aujourd’hui sans issue."Nous ne prétendons pas résoudre la crise mondiale du plastique", reconnaît Erwin Reisner. "Mais cela montre comment les déchets peuvent devenir une ressource."L'équipe prévoit, à terme, de commercialiser le procédé. Dans un monde saturé de plastique et en quête d’énergie propre, transformer l’un en l’autre pourrait bien, à terme, changer la donne.Les plus lusLa campagne de déclaration des revenus 2025 ouvre ce jeudi: voici les dates à respecter selon votre département"On a vu des choses tout simplement extraordinaires": après leur tour de Lune, les astronautes d'Artémis se rapprochent du retourDe la menace de destruction d'une "civilisation entière" à l'accord de dernière minute: le récit des dernières heures jusqu'au cessez-le-feu entre l'Iran et les États-UnisCécile Kohler et Jacques Paris sont de retour sur le sol français, après trois ans et demi de détention en Iran"Stupéfiant": les astronautes de la mission Artémis 2 ont vu des météorites frapper la Lune en temps réel
🔗 Lire l'article original
👁️ 0 lecture