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📅 09/04/2026 à 07:30
Exploit au CERN : ALICE recrée un miroir de l’Univers aux premiers instants du Big Bang
Géopolitique
👤 Brice Haziza
Exploit au CERN : ALICE recrée un miroir de l’Univers aux premiers instants du Big Bang Par Brice Haziza (@_NotreEspace_) Publié le 09/04/26 à 07h30 Nos réseaux : Suivez-nous Commenter 4 Illustration d'une collision de protons telle qu'en génère le collisionneur LHC.© Illustration générée sur Banana“J'suis qu'une particule”, chantait Miki en 2025, et c'est peut-être ce qu'avaient à l'esprit les scientifiques de l'expérience ALICE au CERN lorsqu'ils ont réussi à observer le comportement de la matière telle qu’elle existait quelques microsecondes après le Big Bang. Une plongée dans l’infiniment petit qui éclaire le mystère de l'origine de l'Univers.Avec Alice de l'autre côté du miroir et au début du tempsLe détecteur ALICE du CERN.© Antonio SabaOn le sait, le Large Hadron Collider (LHC) du CERN n’est pas seulement une machine à chasser le boson de Higgs. C'est aussi une véritable machine à remonter le temps. Dans une récente étude publiée suite aux dernières campagnes de collisions, l'expérience ALICE (A Large Ion Collider Experiment) a franchi une nouvelle étape : observer avec une résolution inégalée le plasma quarks-gluons, cet état de la matière ultra-chaud et dense qui remplissait l'Univers primordial.La “soupe” de l'Univers est un liquide (presque) parfaitAux premiers instants de l'Univers, environ une microseconde après le Big Bang, la température était si élevée (plusieurs milliers de milliards de degrés) que les protons et les neutrons ne pouvaient pas encore se former. Les quarks et les gluons - les constituants fondamentaux de la matière - circulaient librement dans ce que les physiciens appellent une “soupe primordiale”.L'exploit technologique réside ici dans la capacité du LHC à recréer ces conditions en faisant s'entrechoquer des ions de plomb à des vitesses proches de celle de la lumière. Les derniers résultats montrent que ce plasma ne se comporte pas comme un gaz, comme on l'a longtemps cru, mais comme un liquide quasiment parfait, doté d'une viscosité extrêmement faible.Des collisions légères, lourdes de sensImage de droite, une collision proton-proton au LHC dans laquelle de nombreuses particules ont été créées et suivies par le détecteur ALICE. Image de gauche, illustration du flux anisotrope de mésons et de baryons qu'ALICE a étudié à l'aide de données de telles collisions, avec les grandes flèches représentant les directions préférentielles.© ALICE/CERNLa véritable nouveauté de cette annonce concerne l'observation de ce "flux" de particules dans des collisions plus petites que prévu. Traditionnellement, on pensait que seul le choc entre deux noyaux lourds (comme le plomb) pouvait générer ce plasma. Or, les chercheurs ont détecté des motifs de flux similaires lors de collisions entre protons et noyaux de plomb, et même - de manière plus surprenante - lors de collisions entre deux protons, dès lors qu'un grand nombre de particules sont produites.C'est un changement de paradigme. Cela suggère que les mécanismes de formation de cet état de la matière pourraient être universels, indépendamment de la taille du système en collision.Vers la “nouvelle” physique tant attendue ?Cette précision de mesure permet d'affiner les modèles de la chromodynamique quantique (QCD), la théorie qui régit l'interaction forte. En isolant le mouvement des particules (notamment les baryons et les mésons) au sein du plasma, l'équipe d'ALICE a pu confirmer que la matière s'écoule de manière collective, réagissant comme un tout cohérent plutôt que comme une somme d'interactions individuelles.Pourtant, tout n'est pas encore résolu. Les chercheurs notent que même les modèles informatiques les plus pointus ne parviennent pas encore à reproduire parfaitement les observations. Ces anomalies sont précisément ce que recherchent les physiciens : elles sont la porte ouverte vers une “nouvelle physique” qui pourrait expliquer pourquoi la matière l'a emporté sur l'antimatière ou quelle est la nature exacte de la matière noire.Le futur se dessine déjàAlors que le LHC continue de monter en puissance avec son “High-Luminosity” upgrade (HL-LHC), le CERN prépare déjà la suite. Les données récoltées ici serviront de base de travail pour le futur FCC (Future Circular Collider), un monstre de 91 km de circonférence qui devrait prendre le relais à l'horizon 2040-2050 pour sonder encore plus profondément les mystères de nos origines.En attendant, le LHC prouve qu'il reste l'instrument le plus sophistiqué de l'humanité pour comprendre d'où nous venons. Et la réponse semble se trouver dans une goutte de liquide infinitésimale, vieille de 13,8 milliards d'années. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.
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