● Courrier International
📅 09/04/2026 à 07:01
La face cachée du spatial
Géopolitique
Climatiques Le soulagement procuré par l’annonce inespérée d’un cessez-le-feu de quinze jours en Iran va sans doute nous laisser le loisir d’admirer les images époustouflantes que l’équipage d’Artemis 2 a prises depuis l’espace. Les quatre astronautes, qui doivent retrouver le plancher des vaches ce vendredi 10 avril, auront passé dix jours en apesanteur, dont plus de six heures à tourner autour de la Lune en la scrutant. Une première depuis 1972 et le dernier vol habité sur notre satellite naturel. Se passionner pour l’exploration spatiale ne fait pas de nous des êtres irresponsables, inconscients de ce que nos activités font à notre planète. Il ne s’agit pas de nier les effets sur l’environnement et sur le climat d’un secteur en pleine expansion ; effets autrefois perçus comme négligeables mais qui sont en train de devenir cumulatifs et structurels. Le problème du spatial, c’est avant tout la multiplication des acteurs privés et de leurs mégaconstellations de satellites de télécommunications censés fournir un accès à Internet même dans les coins les plus reculés de la planète. Depuis six ans, leur nombre augmente de manière exponentielle. Il y a actuellement près de 15 000 satellites autour de la Terre, contre 2 340 en 2019. Mais surtout, si tous les programmes prévus sont effectivement lancés, ce sont plus de 1,8 million de satellites qui pourraient se retrouver en orbite d’ici à 2040. Il y a quelques années, on estimait à 3 % la part du spatial dans les émissions de CO2 d’origine humaine. Et encore, on note d’importantes variations dans ces estimations, tant les données et les méthodologies de calcul varient. Que va peser cette empreinte à mesure que les lancements vont se multiplier ? Par ailleurs, les lanceurs auxquels sont accrochés les satellites émettent en haute atmosphère de la suie dont le pouvoir réchauffant serait 500 fois supérieur à celle émise par des avions à plus basse altitude. Sans parler des métaux provenant des rentrées atmosphériques (quand les satellites en fin de vie se désintègrent en redescendant dans notre atmosphère), qu’on a retrouvés sous forme de particules dans les couches les plus pures de l’atmosphère. On ignore encore les conséquences de leur présence, soulignait déjà The New York Times en 2024. À lire aussi : Environnement. La nouvelle course à l’espace entraîne de nouveaux problèmes de pollution “La découverte récente que des métaux provenant de débris spatiaux sont déjà présents dans 10 % des particules qui composent la couche de sulfate stratosphérique naturelle souligne l’urgence de comprendre comment l’augmentation considérable à venir des rentrées atmosphériques pourrait affecter l’atmosphère. Le manque de modèles scientifiques et techniques, d’outils et de données nécessaires à l’évaluation des impacts des futures émissions des vols spatiaux est manifeste”, écrivait la Nasa il y a deux ans. On peut naïvement imaginer que la coopération, l’abnégation et l’enthousiasme qui ont permis la réussite de la mission Artemis 2 seront également mobilisés au service de la compréhension de ces phénomènes. En attendant, émerveillons-nous devant les images de notre planète se levant derrière la face cachée de la Lune. On voudrait croire, comme l’écrit dans The New Statesman l’éditorialiste Séamas O’Reilly, aux “vertus fédératrices pour l’espèce humaine d’observer à distance ce confetti bleu”. Voir la Terre tout entière, comme perdue dans l’immensité sombre de l’Univers, prendre conscience de sa beauté, de sa singularité avec la vie qu’elle abrite, peut agir, espérons-le, comme un révélateur de sa fragilité et de la nécessité de la préserver. Carole Lembezat Vous n’êtes pas encore abonné ? Abonnez-vous dès 1€ En bref La péninsule Ibérique amortit le choc énergétique Grâce aux énergies renouvelables, qui fournissent actuellement 25 % et 80 % de l’électricité consommée respectivement par l’Espagne et le Portugal, les deux pays semblent mieux amortir la hausse des prix de l’électricité que leurs voisins. Selon les données du quotidien barcelonais El Periódico de Catalunya, le prix du mégawattheure était en moyenne, en mars, de 46,08 euros au Portugal et de 47,1 euros en Espagne, contre 63,32 euros en France, 101,13 euros en Allemagne et plus de 140 euros en Italie. Pour le reste de sa production d’électricité, la péninsule Ibérique dépend totalement des hydrocarbures importés. Pour en savoir plus, c’est ici. Le vélo électrique, c’est pas pour les ados Aux Pays-Bas, où “plus de 28 % des déplacements quotidiens se font à vélo”, la bicyclette électrique représente désormais la moitié des ventes, constate De Volkskrant. Et c’est très préoccupant pour la santé des adolescents, catégorie de la population qui a le plus tendance à passer à l’électrique. Ce type de vélo est parfait pour remplacer la voiture et pour les personnes qui n’arrivent plus à rouler contre le vent, explique au journal Maria Hopman, professeure de physiologie, mais donner un vélo électrique à un ado, “c’est de la maltraitance”. En plus, le vélo musculaire présente un meilleur bilan carbone. Pour en savoir plus, c’est ici. L’Afrique du Sud songe à “forer, forer et forer encore” Le conflit au Moyen-Orient a montré la dépendance énergétique de l’Afrique du Sud, qui importe 70 % du pétrole raffiné qu’elle consomme. Le ministre des Ressources minérales et pétrolières, Gwede Mantashe, qui plaide pour la constitution de réserves pétrolières, a déclaré devant le Parlement : “La seule solution pour nous sortir de là est de forer, forer et forer encore pour produire notre propre pétrole”, rapporte le média sud-africain News24. Le pays dispose d’un “potentiel important d’hydrocarbures souterrains inexploité”, explique le Daily Maverick, mais chaque tentative de relancer l’exploitation se heurte à de fortes résistances locales. Pour en savoir plus, c’est ici. À relire THE KOREA HERALD 06/04/2026 : Environnement. En Indonésie, des fans de K-pop mobilisés contre une banque coréenne finançant les énergies fossiles L’ACTUALITÉ 03/03/2025 : Vu du Canada. Du textile au bâtiment, la filière chanvre imprime sa marque en France THE ATLANTIC 24/07/2022 : Dans nos archives. Rachel Carson, celle qui contait l’océan Vous venez de lire l’édition no 137 de Climatiques. Courrier international Gaz à effet de serre Espace Changement climatique Sur le même sujet Climatiques. Les mangroves, un barrage contre le Pacifique Climatiques. Des arguments renouvelés pour les énergies renouvelables Climatiques. En Australie, la chaleur est une torture Climatiques. 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