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📅 08/04/2026 à 17:18
Guerre en Iran : le secteur tech israélien résiste mais doute
Géopolitique
👤 Philippe Leroy
Le secteur technologique israélien a toujours cultivé une forme d’art de la survie. Startups fondées dans des abris anti-bombes, deals signés depuis des bases militaires, pitchs Zoom entre deux alertes : les images ne manquent pas. L’opération Roaring Lion, lancée fin février 2026, n’a pas fait exception. Un mois après son déclenchement, les entreprises high-tech sont toujours debout mais une enquête publiée fin mars par l’Israel Innovation Authority * auprès de 637 dirigeants du secteur brosse un tableau plus nuancé. Derrière la façade de résilience, les fractures s’accumulent : salariés absents, chaînes d’approvisionnement grippées, investisseurs qui temporisent, et pour une minorité croissante d’entreprises, une question qui commence à se poser : faut-il partir ? La guerre se joue aussi dans les bureaux Le recours au chômage partiel reste marginal. Ce n’est pas là que le bât blesse. Le vrai problème, c’est que les équipes s’effritent en silence : entre les réservistes appelés sous les drapeaux, les parents privés de structures d’accueil pour leurs enfants, et les collaborateurs contraints de réduire leur activité pour des raisons sécuritaires, près de la moitié des entreprises se retrouvent à gérer des effectifs amputés d’un quart ou plus. Lire aussi : Le secteur financier pris en étau entre adoption de l'IA et protection des données Le travail se fait, mais au prix d’un allongement généralisé des délais, et d’un stress organisationnel que les chiffres ne capturent qu’imparfaitement. Des levées de fonds en suspens Le financement, nerf de la guerre pour tout écosystème techhnologique, est lui aussi sous pression. Les investisseurs internationaux rechignent à traverser l’Atlantique ou à signer des chèques dans un contexte d’incertitude. Les conférences sont annulées, les rencontres repoussées, et pour un nombre non négligeable d’entreprises, les processus ont été purement interrompus. Les startups du Nord et du Sud du pays, géographiquement les plus exposées, en font les frais plus durement encore. La tentation du départ C’est peut-être le signal le plus fort de cette enquête : près d’un tiers des entreprises interrogées ont envisagé de délocaliser tout ou partie de leurs activités hors d’Israël. Une proportion qui monte encore parmi celles qui craignent pour leur survie à court terme. Le secteur tech israélien a largement prospéré grâce à ses connexions internationales mais si la question de l’ancrage territorial commence à se poser sérieusement, c’est une tout autre conversation qui s’ouvre. L’Autorité de l’innovation elle-même le reconnaît : après avoir démontré une capacité de rebond remarquable à l’issue des épisodes précédents, le secteur aborde cette nouvelle période de conflit prolongé avec moins de marge de manœuvre. La résilience a ses limites et certaines entreprises commencent à les toucher. Principales données chiffrées de l’étude « High-Tech Survey Amidst the War » Thème Indicateur Chiffre clé Ressources humaines Entreprises n’ayant pas eu recours au chômage partiel 89 % Ressources humaines Entreprises signalant plus de 25 % d’effectifs absents Réservistes, restrictions sécuritaires, absence de structures d’accueil 48 % Opérations Entreprises faisant état de retards significatifs dans les développements ou lancements produits 87 % signalent un retard, même mineur 42 % Opérations Entreprises ayant déjà substantiellement décalé un lancement ou manqué une échéance 22 % Opérations Entreprises affectées par les restrictions sur les vols internationaux dont 35 % de façon significative 75 % Financement Entreprises dont la levée de fonds est impactée dont 11 % ont annulé leurs processus 71 % Industrie Entreprises manufacturières signalant un impact sur leur capacité de production dont 6 % un arrêt total 76 % Industrie Entreprises rencontrant des difficultés d’importation de composants ou matières premières 53 % Perspectives Entreprises estimant qu’un mois supplémentaire de conflit pourrait conduire à la fermeture 12 % Perspectives Entreprises ayant envisagé une délocalisation hors d’Israël 31 % Source : Enquête auprès des entreprises high-tech, mars 2026 — Israel Innovation Authority Méthodologie L’enquête a été conduite entre le 18 et le 23 mars 2026, soit lors de la troisième semaine de l’opération Roaring Lion, auprès d’environ 9 000 entreprises high-tech actives en Israël. 637 PDG, fondateurs et directeurs adjoints ont répondu. La structure de l’échantillon reflète la répartition réelle du secteur : environ 80 % des entreprises emploient moins de 50 salariés, avec une surreprésentation des entreprises deep tech.
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