● Courrier International 📅 08/04/2026 à 17:02

Les applications météo sont-elles de moins en moins fiables ?

Cybersécurité
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Au mois de mars à Washington, alors que les applications météo annonçaient une “pluie torrentielle” la ville n’a eu droit “qu’à une légère bruine”, écrit Kyle Chayka dans les colonnes du magazine américain “The New Yorker”. Aussi, le journaliste s’interroge : les applications de prévisions météorogologiques auraient-elles perdu en fiabilité ? Et si oui, pourquoi ? DESSIN DE MARTIRENA, CUBA Technologie. Les applications météo sont-elles de moins en moins fiables ? 8 avril 2026 Il y a toutes sortes de gris. On peut même admettre qu’il y en a de jolis. Mais il y a des gris si difficilement supportables, où le ciel verse un jour noir plus triste que les nuits, qu’on en vient à douter que le ciel ait jamais été bleu. Et dans ces moments-là, un reflexe assez commun revient à dégainer son téléphone pour consulter une application de prévisions météorologiques, dans l’espoir d’y apprendre que le soleil brillera de nouveau. Sauf que de plus en plus d’usagers blâment la fiabilité aléatoire de ces applis. Alors, à qui la faute ? interroge le magazine américain The New Yorker. “Regardez la météole matin et vous verrezpeut-être de petits soleils ;quand vient l’après-midi,il pleut.” Le magazine américain The New Yorker La 42ᵉ Rue de New York, le 23 février 2026, pendant une tempête de neige. PHOTO TIMOTHY A. CLARY/AFP “Le problème est-il dû au changement climatique, qui rend le temps de plus en plus difficile à prévoir ? À l’intelligence artificielle, qui est de plus en plus intégrée aux prévisions météo et n’est souvent pas à la hauteur ? Ou à la merdification de tous les logiciels ?” tente de comprendre The New Yorker. La réponse : un peu tout ça à la fois. “Les applis météo ont tendance à agacer leurs utilisateurs parce que la fiabilité de leurs prévisions déterminent directement ce que vivent physiquement les gens : leurs projets, leur tenue, leurs trajets pour aller au travail”, explique le magazine américain. Et il en faut très peu pour que la confiance des utilisateurs ne s’érode. “Le changement climatiqueaugmente l’incertitude.C’est pénible de ne paspouvoir prévoir le tempsavec certitude, maistrès utile de savoir quecette incertitude existe.” Adam Grossman, cofondateur des applications météo Dark Sky et Acme Weather, au magazine américain The New Yorker Forte averse estivale à Wurtzbourg, en Bavière (Allemagne), le 26 juillet 2025. Sur Acme Weather, les utilisateurs peuvent personnalister leurs alertes selon les informations qu’ils souhaitent recevoir (des fortes pluies à l’indice UV, par exemple). PHOTO MICHAEL NGUYEN/NurPhoto/AFP En 2010, lors d’un voyage à Cleveland, une averse soudaine inspire à Adam Grossman une application spécialisée dans les mises à jour en temps réel sur les intempéries, Dark Sky. Le succès est tel qu’Apple la rachète en 2020… avant de la fermer en 2023. “Les gens adoraient Dark Sky pour ses prévisions de pluie hyperlocales, ses alertes précises et l’importance qu’elle accordait à la visualisation des données”, se souvient l’hebdomadaire britannique The Observer. “C’est un fait queles prévisions météone seront jamaisfiables à 100 % :le temps est capricieux,changeant et chaotique.” Adam Grossman sur son blog, cité par l’hebdomadaire britannique The Observer Sur le site du festival annuel Burning Man, dans le désert de Black Rock, au Nevada, que de fortes pluies ont transformé en un véritable bourbier, le 1ᵉʳ septembre 2023. PHOTO JOSH LEASE/AFP Mais la météo est une affaire d’espoir. C’est pourquoi Adam Grossman, Josh Reyes et Dan Abrutyn, trois des cofondateurs de Dark Sky, “s’essaient à nouveau aux prévisions météo avec Acme Weather, une nouvelle appli qui associe données complexes et infos loufoques – par exemple une alerte arc-en-ciel et une alerte coucher de soleil”. Pour tempérer le manque de certitude, l’écran d’Acme affiche des descriptions en prose. Par exemple : “Ciel dégagé dans l’après-midi devenant partiellement nuageux dans la soirée.” L’application propose aussi “des probabilités de précipitations en pourcentage, qui fournissent ce que Grossman appelle le ‘contexte’ : le genre d’informations que pourrait donner un présentateur météo à la télévision”. “Les mots permettentmieux de suggérerl’ambiguïté queles chiffres ou les emojis.” Le magazine américain The New Yorker La tempête Chandra souffle sur la Bretagne, le 27 janvier 2026. Jonas Downey, cofondateur de l’application Hello Weather, explique au “New Yorker” que la confiance du public dans les prévisions météorologiques a été mise à mal par le contexte politique actuel. Quand Donald Trump a réduit le financement des institutions responsables des mesures scientifiques fiables, “les gens ont commencé à se méfier des données météo”, analyse-t-il. PHOTO VINCENT DEL VALLE/ Hans Lucas/AFP L’idée est la suivante : puisque les prévisions ne peuvent être parfaites, les applications peuvent être plus claires sur leurs limites. “Le marché des prévisionsen général s’échauffe.Valorisé à 2,7 milliardsde dollars [2,3 milliardsd’euros] l’année dernière,le marché mondialdes services de prévisionsmétéo devrait atteindre5,2 milliards de dollars[4,5 milliards d’euros]d’ici à 2034, selon FortuneBusiness Insights.” Le magazine britannique The Observer Et affirmer son manque d’omniscience peut aussi aider à restaurer la confiance des utilisateurs. “Je vois sur l’appli qu’il est peu probable qu’il pleuve cet après-midi mais qu’une autre prévision annonce une possibilité de neige.” Comme souvent, une seule certitude demeure : la vie est incertitude.— Éloïse Duval À lire aussi : Dessin. Profession : présentateur météo À lire aussi : Tourisme. Les Britanniques ont-ils peur des icônes “pluie” de la météo ? À lire aussi : Climat. 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