● BFM Tech 📅 07/04/2026 à 20:11

"Le Maine est le canari dans la mine": face à la prolifération des data centers, la résistance s'organise des deux côtés de l’Atlantique

Géopolitique
Illustration
Aux Etats-Unis, le Maine planche sur un projet de loi visant à geler jusqu’en novembre 2027 la construction de nouveaux centres de données consommant au moins 20 mégawatts. Le texte, adopté par la Chambre des représentants de l’État, devrait également passer au Sénat. En France, la multiplication des data centers fait également débat.Ils devaient être les cathédrales d’un nouveau monde numérique. Mais les data centers géants, ces infrastructures conçues pour alimenter les modèles d’intelligence artificielle les plus gourmands, sont devenus extrêmement impopulaires aux États-Unis. Leur promesse d'accélération technologique se heurte à une réalité plus tangible: celle des besoins énergétiques colossaux, des factures qui s’envolent et de territoires mis sous pression.Dans le Maine, petit État du nord-est américain, le débat a franchi un seuil inédit, rapporte Futurism. Les élus locaux planchent sur un projet de loi visant à geler jusqu’en novembre 2027 la construction de nouveaux centres de données consommant au moins 20 mégawatts, soit l’équivalent de l’alimentation électrique d’environ 15.000 foyers.Le texte, déjà validé par la Chambre des représentants de l’État, devrait également passer au Sénat. S’il est confirmé, le Maine deviendrait le premier État américain à imposer un tel moratoire.Gouffre énergétique et fracture territorialeCette mesure sans précédent met en lumière les dissensions politiques croissantes et les nombreuses inquiétudes des habitants du Maine et d'autres villes situées à proximité des data centers. Ils sont nombreux à s'inquiéter de l'explosion des coûts énergétiques et d’un réseau électrique sous pression. Entre 2021 et 2026, les prix de l’électricité dans le Maine ont bondi de près de 60%, note Heatmap News. Une hausse que certains élus et observateurs associent en partie à la montée en puissance d’infrastructures énergivores.Dans les zones rurales, où ces centres sont souvent implantés pour des raisons foncières et fiscales, la contestation est particulièrement vive. Les habitants dénoncent des projets imposés, peu créateurs d’emplois locaux et susceptibles d’aggraver les tensions sur l’approvisionnement électrique."Je pense que le Maine est le canari dans la mine", a déclaré Anirban Basu, économiste de l'Associated Builders and Contractors, au Wall Street Journal. "Le Maine sera le premier d'une longue série d'États à instaurer de tels moratoires."L'impact écologique de ces immenses structures inquiète également les habitants du Maine et d'autres Etats. Ainsi, l'installation près de Memphis de Colossus, le supercalculateur d'Elon Musk qui consomme des ressources titanesques, inquiète les riverains. Les habitants de la banlieue, déjà bien polluée, assurent depuis décembre 2025 que les émanations du data center ont aggravé la situation.D'autant que l'IA, et les data centers, consomment des quantités astronomiques d'eau. Dans l'État de Géorgie, à quelques centaines de mètres d'un nouveau centre de données, la pression de l'eau froide s'est tarie depuis la construction du bâtiment.Une nouvelle réalité politiqueLe phénomène dépasse désormais les clivages politiques traditionnels. Une dizaine d’États américains envisagent des mesures similaires. New York, la Caroline du Sud ou encore l’Oklahoma ont déjà introduit des propositions en ce sens.A Washington, la question gagne aussi du terrain. Le sénateur Bernie Sanders et la représentante Alexandria Ocasio-Cortez ont récemment proposé une initiative visant à encadrer la prolifération des data centers liés à l’IA. Selon eux, ces infrastructures affectent "tout, de notre économie à notre bien-être, en passant par la démocratie, la guerre et l’éducation". Plus de 200 organisations environnementales appellent également le Congrès à agir.A l’approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, le sujet s’annonce explosif. D’un côté, les géants de la technologie mobilisent des centaines de millions de dollars en lobbying pour influencer la régulation de l’IA, selon le Financial Times. De l’autre, les élus prennent conscience d’une "nouvelle réalité politique", selon les mots d’un avocat spécialisé en énergie, la peur de l'IA."Les centres de données et l’IA suscitent une très forte crainte chez les électeurs", note Tony Buxton, avocat spécialisé dans le climat et l’énergie au sein du cabinet Preti Flaherty, au Wall Street Journal.Quid de la France?La question n’est pas qu’américaine. En France, l’État mise sur l’IA comme levier stratégique. Or IA rime forcément avec un nombre de data centers qui explose.En 2025, le gouvernement a annoncé que 35 sites étaient "prêts à l'emploi" pour accueillir des centres de données. Mais la multiplication des projets de data centers suscite déjà des interrogations similaires. Quelque 109 milliards d’euros d’investissements ont été annoncés lors du sommet de l’IA à Paris il y a un an pour faire du pays une terre d’accueil de ces infrastructures."En France, le nombre de data centers est passé de 250 en 2022 à 315 en 2024 et atteindra 500 unités en 2030", estime Ludovic Delaisse, directeur général de Colliers, géant de l'immobilier professionnel, aux Echos, en décembre.Des implantations sont en cours ou à l’étude dans plusieurs régions, notamment en Île-de-France et dans les Hauts-de-France. Mais entre la disponibilité du foncier, la consommation d’eau pour le refroidissement ou la pression sur le réseau électrique déjà fragilisé lors des pics hivernaux, les interrogations sont nombreuses. Et la grogne monte.Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône, un futur data center doit voir le jour à proximité des Pennes-Mirabeau. Et ce projet est dénoncé par les riverains comme Jean Reynaud de l’association "Bien vivre aux Pennes-Mirabeau"."Là, il y a une grande palissade qui entoure les 6 hectares. Elle va accueillir un data center qui va consommer 72 mégawatts d’énergie électrique sachant que la commune des Pennes-Mirabeau à elle seule, avec l’ensemble des activités, en consomme 52", souligne Jean Reynaud, auprès de RMC.Dans la Drôme, un projet de construction près de la gare de Valence est contesté en raison de la consommation électrique élevée. Dans l'Indre, un projet porté par Google est accusé de pomper les réserves d'eau de la région. Les militants de la France Insoumise ont lancé une pétition pour dire non au projet. Même scénario du côté du Bourget, avec des opposants qui dénoncent les atteintes environnementales. Une pétition réclamant l’arrêt du projet de datacenter a dépassé les 18.000 signatures en décembre dernier.Les législateurs se sont emparés du sujet. En mars dernier, le Sénat a adopté une proposition de loi pour encadrer l’implantation de centres de données sur le territoire français.Il prévoit notamment de renforcer la planification territoriale, d’associer davantage les collectivités aux projets et de mieux anticiper leurs impacts, notamment sur le plan de la transition énergétique. En parallèle, certains centres pourraient être classés comme projets d’intérêt national majeur afin d’accélérer leur déploiement. En revanche, la création d’une taxe sur l’eau utilisée pour le refroidissement des installations, envisagée initialement, n’a pas été retenue.Un texte qui illustre bien l'équilibre précaire entre régulation et attractivité économique.Les plus lusUn conducteur de TGV meurt après une collision avec un poids lourd transportant des véhicules militaires dans le Pas-de-Calais"Carroll": l'équipage d'Artemis 2 baptise un cratère de la Lune en l'honneur de la femme décédée du commandant de la mission"Il n’y aura pas d’aide universelle" à la pompe comme en Italie: Maud Bregeon promet de nouveaux coups de pouce ciblés mais pas de blocage des prix du carburantLa participation de Kanye West à un festival suscite la polémique à Londres, l'organisateur exhorte ses détracteurs à lui accorder "un peu de pardon"Guerre au Moyen-Orient: le gouvernement iranien appelle la population à "former des chaînes humaines" pour protéger ses infrastructures énergétiques
← Retour