● Courrier International
📅 06/04/2026 à 14:54
“Smart is the new sexy” : pour être séduisant, oubliez le luxe, soyez intelligent
Géopolitique
Popularisée par des célébrités, la tendance actuelle est à l’exposition de ses lectures plutôt qu’à celle de ses tenues. La culture semble connaître un nouvel attrait, constate Jess Cartner-Morley dans le quotidien britannique “The Guardian”. PHOTO UMUT RAW/PEXELS Tendance. “Smart is the new sexy” : pour être séduisant, oubliez le luxe, soyez intelligent 6 avril 2026 “La culture est à notre époque ce que les baskets en édition limitée étaient aux années 2000”, s’amuse The Guardian. Alors qu’il y a trois ans des foules en rose pastel se pressaient pour aller voir Barbie, en 2026, c’est le film Hurlevent, “l’adaptation cinématographique du chef-d’œuvre [littéraire] de la seconde moitié du XIXe siècle”, qui fait parler de lui, constate Jess Cartner-Morley dans les colonnes du quotidien britannique. Kaia Gerber assiste à la fashion week de Paris, le 4 mars 2019. Avec dans sa main sa lecture du moment. PHOTO NATALIYA PETROVA/NurPhoto/AFP Les clubs de lecture de figures de la pop culture comme Dua Lipa se multiplient. La top-modèle Kaia Gerber a délaissé Vogue pour Joan Didion, Marguerite Duras et Albert Camus durant la fashion week. Et sur les sacs à main Dior cette saison Les Liaisons dangereuses, Madame Bovary ou Les Fleurs du mal figurent en lieu et place des logos habituels. “L’intelligence est devenue sexy”, s’amuse la journaliste dans le quotidien britannique. La mode, la musique et le cinéma évoluent à rebours de l’actuelle “chasse à l’intellect menée par la classe politique”, ce paradigme où “la maîtrise d’un sujet est considérée comme une forme d’élitisme, les procédures comme des contraintes fastidieuses, et les faits comme des réalités insignifiantes”, permettant à l’autoritarisme de prospérer. Alors que “nous croulons sous les mèmes ineptes”, on observe “un rejet des contenus lifestyle superficiels, de plus en plus souvent récupérés par les marques”, remarque Lucie Greene, “spécialiste des tendances émergentes”, citée par le Guardian. La génération Z en veut plus, ajoute-t-elle : “Elle veut de l’érudition, et se plonger à fond dans les sujets qui l’intéresse, que ce soit via des podcasts, Reddit, TikTok ou YouTube.” Elke Biesendorfer assiste au défilé Dior Homme printemps-été 2026, dans le cadre de la fashion week de Paris, le 27 juin 2025. Avec en main un sac “Les Liaisons dangereuses”. PHOTO PASCAL LE SEGRETAIN/Getty Images/AFP Comme souvent, “au commencement était une Kardashian”, retrace Jess Cartner-Morley. En annonçant, en 2018, se lancer dans la “fastidieuse préparation de l’examen du barreau de Californie”, Kim Kardashian a montré que “le zèle intellectuel pouvait cohabiter avec la célébrité, sans entamer l’attractivité commerciale des stars”. De quoi inspirer d’autres célébrités et les jeunes générations consultant leurs publications. On se souvient de Kendall Jenner, photographiée avec un livre de poche sur un yacht en 2019, ou d’Emily Ratajkowski lisant Joan Didion en 2020. “Les gens se rendent compte que leurs meilleures idées viennent de moments où ils vont au-delà de la consommation de contenus courts”, souligne le Guardian. En résumé : la lecture est devenue “sexy”, et “faire usage de son cerveau est redevenu cool”. Netflix parie gros sur Emma Corrin dans le rôle d’Elizabeth Bennet (ici en novembre 2023) dans la très attendue adaptation d“Orgueil et Préjugés”, d’après le roman de Jane Austen. Photo Jeenah Moon/The New York Times Mais “l’intelligence est-elle vraiment devenue sexy, ou seulement chez ceux qui le sont eux-mêmes ?” s’interroge Jess Cartner-Morley. Le caractère performatif et genré de ce retour de la pensée reste controversé, car popularisé, dans un premier temps, par des célébrités féminines au physique attirant. Pour autant, tout n’est pas à jeter et les contenus exposés “font naître le débat”, estime la journaliste. Partager ses pensées permet aussi de faire société, certaines communautés culturelles virtuelles finissant même par se retrouver en présentiel. “Les gensaiment parlerde leurs lectures.Ils veulent les intégrerdans leur vie sociale.” Chrissy Ryan, fondateur de la librairie londonienne BookBar, dans The Guardian La lecture et, plus largement la culture, offre un espace de discussion et d’évasion prisé par les jeunes générations, souligne “The Guardian”. PHOTO SAM/PEXELS Les cursus en sciences humaines étant menacés et l’expression politique étant devenue plus risquée, l’éducation s’impose, conclut le quotidien britannique, comme un moyen de “continuer à stimuler sa réflexion, sans avoir à plonger dans l’arène des querelles idéologiques”.— Clémentine Soupart-Lejeune À lire aussi : Culture. Et Dua Lipa rendit la littérature sexy À lire aussi : Vidéo. “Snail mail” : êtes-vous prêts à payer pour recevoir du courrier papier ? À lire aussi : Littérature. Avec la “weird girl fiction”, l’étrangeté devient tendance
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