● Courrier International
📅 05/04/2026 à 14:58
La stimulation du nerf vague, symptôme d’une société malade ?
Géopolitique
En ligne, on vante de nombreuses techniques censées stimuler le nerf vague, sa manipulation étant souvent présentée comme un moyen de calmer le corps et de rééquilibrer le système nerveux. Pour le magazine britannique “Dazed”, ce besoin d’apaisement est symptomatique d’un mal-être bien plus général. DESSIN DE SKAZHENYK, UKRAINE Tendance. La stimulation du nerf vague, symptôme d’une société malade ? 5 avril 2026 Réguler son système nerveux en stimulant son nerf vague n’a jamais été aussi sexy. C’est vrai qu’il y a quelque chose de séduisant à imaginer (comme le suggèrent maintes publications sur TikTok), que respirer profondément ou fredonner suffirait, en stimulant le nerf vague, à s’extraire d’un état de stress intense et permanent lié à la précarité, la crise climatique, la montée de l’extrême droite, l’hétéropessimisme (insérez vos angoisses ici)… “Les gens cherchent le moyen de reconfigurer leur système nerveux”, constate le magazine britannique Dazed. Qui s’interroge : “Ce besoin d’apaisement est-il personnel ou systémique ?” Reprenons les bases. “Le nerf vague est l’un des douze nerfs crâniens qui partent directement du cerveau. C’est le plus long d’entre eux : il part du tronc cérébral et s’étend dans le cou, le thorax et l’abdomen”, explique Arshad Majid, professeur de neurologie cérébrovasculaire à l’université de Sheffield, sur le site britannique The Conversation. Le nerf vague. “Il est essentiel de comprendre qu’il s’agit principalement d’un nerf sensoriel, explique le neurologue Arshad Majid dans ‘The Conversation’. Environ 80 % de ses fibres transmettent des informations du corps au cerveau, agissant comme un système de surveillance interne permanent. Seules 20 % environ des fibres envoient des signaux du cerveau aux organes.” PHOTO 3DMEDISPHERE/SCIENCE PHOTO LIBRARY/AFP “Son nom vient du latinvagus, ‘vagabond’,et traduit son longparcours à traversl’organisme.” Le site britannique The Conversation “Le nerf vague est un élément important du système nerveux autonome [aussi appelé ‘système nerveux neurovégétatif’], qui contrôle les fonctions sur lesquelles nous n’avons pas d’influence consciente”, explique encore The Conversation. Ce système se compose de deux branches principales. La première branche, c’est le système nerveux sympathique, responsable des réactions de lutte ou de fuite. Il augmente le rythme cardiaque et la pression artérielle, et prépare le corps à l’action. Reconstitution en 3D d’une partie du nerf vague au Center for Bioelectric Medicine, à Manhasset, dans l’État de New York, le 6 janvier 2025. “La stimulation du nerf vague n’agit pas de la même manière chez tout le monde, note le neurologue Arshad Majid dans ‘The Conversation’. Or cette variabilité est l’une des raisons pour lesquelles les conseils standardisés concernant la stimulation du nerf vague peuvent être trompeurs.” PHOTO TIMOTHY MULCARE/THE NEW YORK TIMES La seconde, c’est le système nerveux parasympathique, qui a l’effet inverse. Il ralentit le rythme cardiaque, favorise la digestion et contribue à un état physiologique plus calme. “Le nerf vague est le principal nerf de ce système et il est souvent présenté comme celui qui régule le repos et la digestion.” La science commence tout juste à comprendre l’implication du nerf vague dans la régulation de l’inflammation, mécanisme de défense immunitaire associé à de nombreuses pathologies, des troubles cardiaques à la maladie de Parkinson. Implantation d’une neuroprothèse pour le traitement de l’épilepsie. Le système utilisé se compose d’un neurostimulateur, semblable à un stimulateur cardiaque, placé sous la clavicule gauche et relié à de petites électrodes placées autour du nerf vague, au niveau du cou. Une fois programmé, le dispositif délivre régulièrement des impulsions électriques qui réduisent la fréquence des crises d’épilepsie. PHOTO LAURENT/BSIP/AFP Et si les médecins utilisent déjà des techniques de stimulation électrique du nerf vague pour traiter l’épilepsie, la dépression, la migraine ou l’obésité, cette pratique est restreinte par notre connaissance rudimentaire de la structure complexe de ce nerf. “On vante en lignenombre de techniques,par exemple respirerlentement, fredonner,chanter ou s’aspergerle visage d’eau froide,qui sont censées stimulerle nerf vague. Elles n’activentni ne désactivent celui-ci.” Le site britannique The Conversation Par ailleurs, “cette fixation sur la régulation du système nerveux va au-delà de la simple obsession du bien-être, poursuit Dazed. Elle montre que la société dans son ensemble a l’impression que la vie est devenue déstabilisante – que ce n’est pas quelque chose dont il faut s’échapper mais quelque chose qu’il faut en permanence réparer.” “En s’installant dansune routine quotidienne,ces pratiques risquentde devenir des obligations.” Le magazine britannique Dazed “Les preuves solides concernant l’influence de ces techniques sur l’activité du nerf vague restent limitées et les réponses varient considérablement d’une personne à l’autre”, insiste le neurologue Arshad Majid dans “The Conversation”. PHOTO RIZKYSABRIANSYAH/PEXELS Certains psychiatres suggèrent d’adopter une approche axée sur le plaisir plutôt que sur la réparation, s’opposant à l’idée selon laquelle le corps devrait être “constamment corrigé”. Car, souligne Dazed, “on nous demande de prendre la responsabilité des maux infligés par des systèmes plus vastes (le capitalisme, les propriétaires, les autorités, les milliardaires), alors que la situation qui les provoque ne change pas.”— Éloïse Duval À lire aussi : Santé. Apprivoiser son cœur pour en finir avec l’anxiété chronique À lire aussi : Vidéo. Les fous de l’optimisation du corps vont-ils trop loin ? À lire aussi : Santé. “C’est un cercle vicieux” : l’inflammation, nouveau mal du siècle ?
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