● Courrier International
📅 05/04/2026 à 12:41
S’embellir grâce aux morts : la curieuse promesse des “nécrocosmétiques”
Géopolitique
L’usage de “nécrocosmétiques” a l’avantage d’être moins chronophage que les opérations classiques de chirurgie esthétique, mais soulève des questions éthiques. DEESIN DE FALCO, CUBA. “Utiliseriez-vous la graisse d’un cadavre pour vous refaire les seins ou les fesses ?” Aux États-Unis, c’est déjà une réalité, écrit Jessica DeFino dans les colonnes du Guardian. Car “l’Uniform Anatomical Gift Act (UAGA) [la loi qui encadre les dons d’organes] autorise les banques de tissus humains à collecter les dons de personnes décédées à des fins de transplantation, de recherche, d’éducation, et autres”. À lire aussi : Vidéo. Les fous de l’optimisation du corps vont-ils trop loin ? Le réemploi de “matière cadavérique, prélevée sur des donneurs de tissus et d’organes” à des fins de reconstruction, n’est pas nouveau, rappelle Melissa Doft, chirurgienne plasticienne citée par le quotidien britannique. Elle sert notamment à “réparer les brûlures” ou pour des reconstructions nasales et mammaires. Mais il y a près de dix ans, la banque de tissus MTF Biologics est allée plus loin, en développant une méthode permettant de réemployer le tissu adipeux humain. Le “traitement injectable par ‘allogreffe de tissus adipeux’” Renuva permet de “regonfler les joues, les sillons nasolabiaux, les tempes, la cellulite, et dispose de la capacité unique à se fondre dans son récepteur”, précise Jessica DeFino. Le produit de comblement adipeux AlloClae fonctionne de la même manière, à partir de graisse “issue de matière génétique achetée, transformée et purifiée”. Une pratique légale, mais controversée À la différence des opérations classiques de chirurgie esthétique, l’usage de “nécrocosmétiques” permet de remédier à “l’altération des produits de comblement, souligne Jessica DeFino, car les produits traditionnels peuvent provoquer des gonflements ou des dérèglements lymphatiques”. Et dans le cas de “personnes sous traitement à l’Ozempic ou de régime strict”, ces traitements permettent de contourner le manque de masse graisseuse à transférer, précise le Guardian. Le tout, “sans hospitalisation ni anesthésie”. Mais aussi légale soit-elle, qu’en est-il de l’éthique de cette pratique ? À lire aussi : Une du jour. La “pandémie de narcissisme”, ce virus qui “parcourt le monde” “Je pensais que tout le monde allait en être effrayé”, confie le Dr Haideh Hirmand, chirurgienne plasticienne citée par le Guardian, mais “cela inquiète beaucoup moins de gens qu’on pourrait le penser”. En revanche, pour les Américains qui s’en préoccuperaient, s’informer n’est pas aisé, constate Jessica DeFino. Car les formulaires dédiés aux donneurs manquent encore de transparence, et dans les États où les documents sont plus précis, “on ne sait pas vraiment si les souhaits sont toujours respectés”. “Techniquement, on ne dégrade pas les cadavres en rendant leur matière injectable”, souligne Ryan Pferdehirt, vice-président des services d’éthique au Center for Practical Bioethics, organisme à but non lucratif situé à Kansas City, dans le Missouri. Mais les critiques déplorent une énième marchandisation des corps par l’industrie cosmétique, alors que les tests en laboratoire ont déjà coûté la vie à des millions d’animaux, que “les compléments au collagène sont principalement composés de cartilage bovin broyé”, et que, “tous les mois, des enfants exploités meurent en ramassant du mica [un minéral] pour les cosmétiques”. Courrier international Bioéthique Santé Amériques Nos lecteurs ont lu aussi Vu d'Allemagne. Jusqu’à 100 000 euros pour déménager à l’étranger et changer de vie Love. etc. “Banksying”, la tendance toxique qui consiste à laisser mourir une relation à petit feu Vu d’Italie. Dans le sillage de Notre-Dame de Paris, le sacré fait son retour en France Vu du Mexique. Entre les pays hôtes de la Coupe du monde 2026, plus qu’un simple conflit de voisinage Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire de « Les filles du Kurdistan » de M. Sauloy & C. Baloup aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → Éditions Drakoo Tentez de remporter un exemplaire de « Les enfants du bois » de Andrea Casaran aux éditions Drakoo. Je reçois ma bande dessinée → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article →
🔗 Lire l'article original
👁️ 1 lecture