● BFM Tech 📅 03/04/2026 à 16:30

"Une production pouvant atteindre 10 millions de drones par an": comment l’Ukraine a transformé les drones en arme centrale de son armée et exporte maintenant son savoir-faire

Géopolitique
Illustration
Des recrues ukrainiennes des Forces d'assaut aérien achèvent leur formation militaire de base dans un centre d'entraînement situé dans un lieu tenu secret, le 27 mars 2026, alors que l'Ukraine est envahie par la Russie - Photo par ROMAN PILIPEY / AFPUne capacité de production élevée et une grande adaptabilité sur le terrain entre les différentes unités ont fait de l’Ukraine l’une des principales puissances de la "guerre des drones". Au point d’exporter son expertise vers d’autres pays, encore peu habitués à contrer efficacement ses appareils.Le Moyen-Orient s’embrase depuis plus d’un mois. Cette guerre qui opposent les États-Unis et Israël à l’Iran, confirme une chose: la place centrale des drones dans les conflits modernes.Pris entre deux feux, les pays du Golfe subissent de nombreuses attaques iraniennes, menées à court de missiles balistiques mais surtout de drones. Peu coûteux et faciles à produire, les drones Shahed sont en revanche chers à intercepter, nécessitant plusieurs missiles antiaériens pour une efficacité parfois limitée.Pris de court, les pays de la région ont toutefois pu s’appuyer sur un nouvel allié, bien au fait de cette "guerre des drones": l’Ukraine. La semaine dernière, le président Volodymyr Zelensky a signé des accords de défense avec l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, après le déploiement d’experts militaires ukrainiens pour aider à contrer les attaques iraniennes. Forte de son expérience face aux drones et d’une industrie d’armement en plein essor, l’Ukraine s’impose désormais dans la région non plus comme bénéficiaire, mais comme fournisseur.La guerre en Ukraine, qui dure depuis plus de 1.500 jours, a en effet consacré les drones comme l’arme centrale des conflits modernes. Selon l’École d'économie de Kiev (KSE), ils sont responsables de 80 à 85% des frappes en première ligne en 2025, avec plus de 215.000 attaques sur le seul été, "portées par un écosystème national favorisant l’innovation rapide et à bas coût".Des militaires ukrainiens des Forces d'assaut aérien montent à bord d'un hélicoptère Mi-8 pour s'entraîner au saut en parachute, dans un centre d'entraînement situé dans un lieu tenu secret, le 27 mars 2026, alors que l'Ukraine est envahie par la Russie © ROMAN PILIPEY/ AFPCapable de produire jusqu’à "10 millions" de drones par an, l’Ukraine s’est imposée comme un véritable "État des drones", développant ses propres technologies militaires en matière de communication, de navigation et d’autonomie. Cette évolution rapide, portée par la guerre électronique et les nouvelles réalités du terrain, crée un décalage avec des pays comme les États-Unis, encore freinés par des procédures plus lourdes.Le site spécialisé dans les questions militaires Defense One souligne que l’écosystème ukrainien des drones a permis de concrétiser une théorie formulée par le colonel John Boyd de l’US Air Force dans les années 1970 et 1980, restée jusqu’ici largement inapplicable. Il s’agit d’un système qui relie observation, analyse, décision et action à grande échelle, avec un échange d’informations très rapide entre le terrain et la production, presque plus rapide que dans tout autre modèle comparable.Une large gamme de dronesDepuis quatre ans, l’Ukraine a développé rapidement une large gamme de drones, allant de la reconnaissance aux "FPV kamikazes", en passant par les frappes longue portée et les drones intercepteurs. Selon une étude de l’Atlantic Council, think tank américain spécialisé dans les relations internationales, les drones FPV sont devenus l’arme centrale de l’Ukraine, responsables d’environ 80% des pertes russes et capables de tenir le front même sans artillerie.Peu coûteux et produits à grande échelle (jusqu’à 200.000 unités par mois en 2025, NDLR) ils peuvent détruire des équipements militaires valant plusieurs millions de dollars. Cependant, les drones ukrainiens ne sont pas standardisés: chaque unité conserve une liberté tactique complète. Le pouvoir de décision revient à ceux qui disposent des informations les plus récentes et pertinentes sur le terrain.Des militaires ukrainiens des Forces d'assaut aérien s'entraînent à des simulations de drones dans un centre de formation situé dans un lieu tenu secret, le 27 mars 2026, alors que l'Ukraine est envahie par la Russie © ROMAN PILIPEY/ AFPLes unités choisissent elles-mêmes leurs fournisseurs, changeant de prestataire selon l’efficacité démontrée, sans attendre l’approbation d’un comité ou d’une hiérarchie bureaucratique.Dans ce système, "le soldat devient l’autorité pour l’allocation des ressources", note DefenseOne. Il n’y a ni cahier des charges, ni contrat pluriannuel, ni intermédiaire. Les capitaux sont distribués selon les résultats concrets, et non en fonction de l’ancienneté ou des positions contractuelles.L’Ukraine applique ainsi de façon unique le principe théorisé par John Boyd: le pouvoir de décision doit revenir à celui qui est le plus proche de l’information "en temps réel". Cette tactique a déclenché une véritable course à l’innovation avec la Russie, mêlant brouillage électronique et nouvelles technologies, notamment les drones à fibre optique. Parallèlement, Moscou a fortement accéléré sa production de drones, en s’inspirant notamment des modèles iraniens Shahed déjà éprouvés.Un changement mondial?Dans les pays de l’OTAN et chez leurs alliés, la situation est également suivie de près. Par exemple, après avoir récupéré un drone iranien Shahed-136 abattu, des ingénieurs américains n’ont pas perdu de temps: ils l’ont démonté, adapté avec des systèmes de guidage et de liaison par satellite américains, et déployé le drone LUCAS en environ cinq mois, pour un coût unitaire de 35.000 dollars, contre plus de 2 millions pour un Tomahawk. Le défi était surtout organisationnel, et non technique.Un panache de fumée s'élève d'un incendie en cours près de l'aéroport international de Dubaï, à Dubaï, le 16 mars 2026 (photo d'illustration) © AFPEn Europe aussi, le temps est à l'adaptation. Début 2025, l'entreprise Saab, l’armée de l’air suédoise et l’Agence suédoise de l’équipement de défense (FMV) ont suivi une approche similaire avec le système anti-drones Loke, développé et testé en seulement 84 jours. Grâce à l’usage de composants éprouvés et à une dérogation aux procédures standard, le système était déjà opérationnel en avril sur la base aérienne de Malbork, en Pologne.Plus généralement, les drones ont transformé la guerre moderne en permettant des frappes rapides, peu coûteuses et à grande échelle. Ils bouleversent les équilibres traditionnels, en rendant possibles des attaques sur des infrastructures critiques, des navires ou des bases militaires, y compris par des acteurs non étatiques comme le Hezbollah ou les Houthis.Guerre au Moyen-Orient: une opportunité en or pour Poutine 21:40The Conversation note que ces frappes asymétriques sont difficiles à contrer, provoquant des pertes humaines et matérielles tout en exploitant les faiblesses des défenses classiques. Le média conclut également que la guerre des drones impose une nouvelle logique: produire rapidement, en grande quantité et à faible coût, "où l’attrition et l’adaptation constante deviennent centrales", bouleversant les modèles militaires traditionnels.Dossier : Ukraine-Russie: la guerreLe pape Léon XIV a plaidé pour la paix avant les fêtes de Pâques lors d'un appel téléphonique avec Volodymyr Zelensky et le président israélienGuerre en Ukraine: Volodymyr Zelensky dit avoir invité les émissaires américains à Kiev pour relancer les négociations avec la RussieAu moins 29 personnes tuées dans le crash d'un avion de transport militaire russe en CriméeLes plus lusDes désaccords de plus en plus marqués et des moqueries à répétition: Emmanuel Macron, "l’ami" de Donald Trump devenu sa cible favorite"Apologie du terrorisme", drogue de synthèse, immunité parlementaire: ce que l'on sait de la garde à vue de Rima HassanSalaire de 68.433 dollars la première année, logement gratuit... 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