● Courrier International 📅 03/04/2026 à 14:06

A. Chal, le chanteur qui affole le Pérou

Énergie & Environnement
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À 36 ans, le Péruvien A. Chal connaît le succès avec des chansons fusionnant sonorités traditionnelles et électro-rock. Son titre “Chologante” est en train de conquérir l’Amérique latine, se félicite la presse péruvienne. Photo Xavier Scott Marshall Musique. A. Chal, le chanteur qui affole le Pérou 3 avril 2026 C’est la sensation du moment au Pérou. A. Chal affole les auditeurs avec son morceau Chologante, un mélange fusionnant électro-rock et sonorités péruviennes. Désormais, “son influence va au-delà de la musique et de la mode : A. Chal incite d’autres artistes et les jeunes à revendiquer leurs origines et à s’exprimer authentiquement”, se félicite le quotidien péruvien El Comercio. Ce morceau marque un tournant dans la carrière du jeune Péruvien. Car ce n’est pas tout à fait un nouveau venu. Ayant grandi à New York, Alejandro Salazar, alias A. Chal, s’est fait un petit nom sur la scène hip-hop et trap avant de bifurquer vers une musique plus proche de sa culture, souvent encore objet de mépris. Et le pari est payant. Le titre Chologante retourne ainsi le stigmate encore présent au Pérou à l’encontre des peuples indigènes. A. Chal se réapproprie le mot cholo, un terme dépréciatif pour évoquer les habitants de la Sierra qui ont des origines indigènes, en l’associant au fait d’être élégant. Des femmes quechua assistent à une fête dans le canyon de Colca, près d’Arequipa, au Pérou. Photo J. Marshall/Alamy/Reuters Le chanteur de 36 ans soigne ses visuels et ses looks. Et son univers met en avant des femmes andines portant des chapeaux traditionnels et des quartiers populaires situés dans les paysages époustouflants de la cordillère. “Ce qui auparavant était perçucomme inesthétiqueet huachafo [“kitsch”]est aujourd’hui mis en avantpar A. Chal dans sa mode.Chologante, sa dernièrechanson, renforce ce message.Il assume son esthétiqueavec une identité péruviennequi n’a pas l’air forcée.” Le quotidien péruvien El Comercio Le jeune homme se sent prêt pour ce nouveau chapitre de sa carrière, lui qui a appris dès ses 19 ans les rouages du milieu en travaillant pour des stars comme J. Lo, Rihanna, Kendrick Lamar ou encore Rosalía. A. Chal pensait sortir un projet électro inspiré de ses séjours à Paris et à New York. Mais sa participation au carnaval de Cajamarca, dans le nord du Pérou, et son énergie particulière lui ont fait prendre une autre direction, plus axée vers la cumbia et les musiques traditionnelles andines. “Je préfère créer à partir de ce sentiment, confie-t-il au journal Perú21. C’est ce que j’ai ressenti en tapant des pieds et en dansant sur l’herbe tout en sueur, tandis que les gens riaient, portés par un feeling bien plus puissant, qui ne sera peut-être pas compris au niveau mondial. Mais c’est justement mon boulot : que les gens le comprennent.” Il y a un peu plus d’un an, il s’est réinstallé au Pérou, où ses récents morceaux Pituko, Chuco et Chologante résonnent fortement avec des paroles qui revendiquent le fait de ne pas être un pituco, un bourgeois snob, et faisant l’éloge d’un mode de vie plus rural et festif. Car, s’il a quitté le pays à 4 ans, A. Chal y a passé beaucoup de temps avec son grand-père, notamment à cheval, lors de balades, et auprès des animaux de la ferme familiale. Ce retour au pays est aussi pour lui un retour vers son identité, loin des illusions des États-Unis, où lui et sa famille ont connu le racisme. Ses parents ont quitté la petite ferme familiale, attirés par la promesse d’une vie meilleure à New York, mais leur quotidien s’est avéré plus difficile qu’ils ne l’avaient imaginé. Après avoir rencontré le succès aux États-Unis, A. Chal a connu un creux dans sa carrière. Cela lui a fait prendre conscience qu’il voulait suivre une autre voie que celle d’une musique latina et pop à la mode. Ses nouvelles chansons ont déjà conquis le public au-delà du Pérou, notamment en Argentine. “La trajectoire d’A. Chal dépasse le domaine strictement musical, pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur l’identité en cette période de nivellement culturel”, applaudit Diario de Cuyo. Un aspect qui résonne fortement auprès des jeunes du continent et permet de créer de nouvelles formes et sonorités. “La réappropriation consciente de ses racines péruviennes est [pour lui] une manière d’affirmer que le particulier n’est pas un obstacle mais une valeur”, souligne le journal argentin. Le chanteur péruvien A. Chal a d’abord travaillé dans les milieux de la musique et de la mode aux États-Unis avant de rentrer au Pérou. Photo Xavier Scott Marshall “Mettre en avant ce qu’on a en propre, ce qui est irréductible, ce qui ne se laisse pas diluer devient une stratégie de résistance, et en même temps une voie vers la création”, conclut le Diario de Cuyo. — Oumeïma Nechi À lire aussi : Musique. Avec le “Fotzenrap”, les rappeuses allemandes retournent le stigmate À lire aussi : Musique. Kiss Facility, une poésie arabe magnétique et rebelle À lire aussi : Musique. Mitski, chanteuse du désespoir amoureux que “les psys détestent”
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