● Journal du Net
📅 02/04/2026 à 10:45
Pourquoi l'impact de l'IA est sous-estimé et comment elle va transformer la productivité des entreprises
Cybersécurité
👤 Mark Dixon
L'IA, souvent sous-estimée, va transformer le travail et accélérer fortement la productivité. Elle modifiera plus les emplois qu'elle ne les supprimera, favorisant ceux qui s'y adaptent rapidement. La technologie finit toujours par tout transformer et a toujours façonné notre manière de travailler. Ce qui change aujourd’hui, c’est la vitesse à laquelle ces transformations s’opèrent. Les avancées en matière d’intelligence artificielle accélèrent le monde du travail à un rythme que la plupart des organisations et des individus peinent encore à appréhender. Les titres de presse mettent souvent l’accent sur la suppression d’emplois et sur les craintes concernant l’accès des jeunes générations au marché du travail. En revanche, on parle beaucoup moins de l’incroyable opportunité de progrès que représente cette révolution. Je suis dans les affaires depuis cinq décennies, dont un peu plus de la moitié dans un monde encore analogique. Je me souviens de l’arrivée des emails il y a plus de vingt ans. Dans bien des cas, les entreprises qui sont restées profondément sceptiques et se sont accrochées à leurs habitudes n’ont pas survécu à la transition. Le progrès a avancé sans elles. Aujourd’hui, nous sommes à un point d’inflexion comparable. L’IA améliore déjà la productivité, ouvre de nouvelles carrières et remet en question le statu quo. En France, cette dynamique est désormais soutenue au plus haut niveau, avec une stratégie nationale IA renforcée, appuyée par France 2030, articulée autour d’infrastructures de calcul, de talents, d’accélération des usages et d’une IA de confiance. L’IA ne signe pas la fin du travail, elle inaugure un meilleur travail De plus en plus, ce sont les jeunes salariés qui apprennent à leurs collègues plus âgés à utiliser les outils qui redéfinissent le travail moderne. Une étude récente d’International Workplace Group (IWG) montre que la génération Z joue un rôle clé dans l’adoption de l’IA en entreprise : près des deux tiers des jeunes actifs aident activement leurs collègues plus expérimentés à comprendre et utiliser les outils d’IA, que ce soit via du mentorat direct ou des conseils pratiques intégrant l’IA aux workflows quotidiens. Ce mentorat inversé génère des gains réels en matière de productivité et de collaboration. Côté compétences, la demande monte rapidement : l’analyse PwC “AI Jobs Barometer” montre une forte hausse des offres demandant des compétences IA en France, avec des volumes passant de 21 000 en 2018 à 166 000 en 2024 et ce chiffre sera exponentiellement plus élevé en 2026. Pourtant, l’anxiété domine encore le débat. Selon une enquête récente du Forum économique mondial, plus de la moitié des dirigeants s’attendent à ce que l’IA remplace des emplois. Une crainte grandissante concerne l’automatisation des postes d’entrée de carrière, qui priverait les jeunes des étapes nécessaires pour accéder à des fonctions plus senior. Cette ambivalence est particulièrement visible chez les jeunes en France : une étude Randstad indique que 52 % des répondants Gen Z s’inquiètent de l’impact de l’IA sur l’emploi, tandis que 55 % se réjouissent de son intégration en entreprise. Et beaucoup se projettent déjà dans l’usage : selon EY, 64 % des étudiants interrogés estiment qu’ils utiliseront l’IA générative dans leur premier emploi. L’apprentissage “augmenté” par l’IA accélère la montée en compétences comme nous ne l’avons jamais vu, à l’école, à l’université ou au travail. Les cartes vont être redistribuées. Il pourrait y avoir une baisse limitée de l’emploi dans certains segments, mais la réalité la plus probable est la transformation des métiers. Les jeunes devront être plus intentionnels dans le choix de leur point d’entrée sur le marché du travail dans un, deux, trois ou cinq ans. La loi de Moore et le progrès exponentiel Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il est utile de revenir en arrière. Au début des années 1970, Intel lance le 4004, premier microprocesseur commercial au monde. Peu après, Gordon Moore, cofondateur d’Intel, observe que le nombre de transistors sur une puce double environ tous les deux ans. Il ne s’agissait pas d’un slogan marketing, mais d’un constat fondamental : le progrès n’était pas linéaire, il était exponentiel. Cette observation est devenue la loi de Moore. Le message était simple : attendre deux ans ne signifie pas obtenir une petite amélioration, mais un bond spectaculaire. La vélocité des entreprises C’est précisément l’erreur que nous commettons aujourd’hui avec l’IA. Nous la considérons comme un simple outil d’efficacité, alors qu’elle s’inscrit dans une courbe exponentielle, la transformation la plus significative que j’aie observée depuis la création de Regus en 1989. Le changement exponentiel ne modifie pas seulement les métiers, il transforme la vitesse même des entreprises. Je l’ai déjà vu. À l’arrivée des emails, certaines entreprises respectables affirmaient qu’elles ne les adopteraient jamais. Elles ne faisaient pas confiance à cette technologie et estimaient que le courrier postal avait parfaitement fonctionné pendant des siècles. Mais l’email représentait le progrès. Une fois l’email, les smartphones et Internet pleinement adoptés, le rythme des affaires ne s’est pas ralenti, il s’est considérablement accéléré. L’IA aura le même effet. Beaucoup pensent que les entreprises continueront d’avancer au même rythme, simplement avec moins de collaborateurs. C’est faux. Lorsqu’une personne peut accomplir dix ou vingt fois plus de travail en une journée, les organisations ne stagnent pas : elles élargissent le champ des possibles. Cette accélération se joue aussi sur la confiance : en France, l’État pousse explicitement une “IA de confiance”, en lien avec les exigences européennes, pour permettre un déploiement plus large dans l’économie tout en sécurisant les usages. L’IA est aussi un meilleur professeur que l’ancien modèle d’apprentissage par imprégnation. Les formations enrichies par l’IA permettent de gravir la courbe d’apprentissage plus rapidement que jamais, souvent dès la salle de classe, avant même le premier emploi. En éliminant les tâches répétitives et en générant d’immenses gains d’efficacité, l’IA libère du temps pour ce que les humains font le mieux : penser de manière créative, résoudre des problèmes et innover. Dans un monde dominé par l’IA, les profils proactifs l’emportent L’une des qualités que je recherche chez les talents de demain est leur capacité à utiliser efficacement l’IA et à comprendre comment elle peut décupler le potentiel d’une entreprise. Ceux qui ont déjà souscrit à un outil d’IA et apprennent activement à l’exploiter aujourd’hui disposent d’un avantage. Ils apportent de nouvelles compétences, de l’énergie et de l’innovation aux entreprises en croissance rapide, stimulant ainsi productivité et expansion. Les jeunes doivent se projeter et se poser les bonnes questions : « Où vais-je acquérir la meilleure expérience professionnelle dans ce nouveau monde ? », « Ai-je les compétences que les entreprises de demain valoriseront ? » Autrefois, les collaborateurs ambitieux apprenaient à programmer le soir ou obtenaient des qualifications supplémentaires en parallèle de leur emploi. Cet état d’esprit est aujourd’hui plus essentiel que jamais. Ne comptez pas uniquement sur l’école ou l’université pour vous préparer. Rejoignez un club dédié à l’IA. Intégrez une communauté. Formez-vous aux outils qui transforment les industries. Prenez en main votre propre développement. Ouvrir la voie Chaque grande révolution technologique suit le même schéma : beaucoup s’accrochent à leurs habitudes, tandis qu’une minorité s’adapte rapidement et en récolte les bénéfices. Ce qui distingue notre époque, c’est la vitesse. La vélocité des entreprises augmente plus rapidement que jamais. L’IA, comme les premières puces d’Intel, est une technologie fondamentale : elle s’accumule, se renforce et transforme tout ce qui est construit au-dessus d’elle. Ce n’est ni une possibilité lointaine ni une tendance passagère : c’est déjà le moteur de l’échelle et de l’avantage concurrentiel. Ceux qui choisissent dès aujourd’hui de s’engager, d’apprendre et d’expérimenter avec l’IA verront les opportunités s’élargir plutôt que se réduire. L’histoire est claire : dans les périodes de transformation exponentielle, ceux qui agissent en premier sont ceux qui gagnent le plus.
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