● Courrier International
📅 01/04/2026 à 18:34
En Russie, des soldats réclament leur prime de guerre à leurs ex
Géopolitique
Un couple pose sur la Neva gelée au coucher du soleil, dans le centre de Saint-Pétersbourg, le 15 février 2026. Anton Vaganov/REUTERS [Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 16 mars 2026, et republié le 1er avril] Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, une nouvelle catégorie de conflits conjugaux apparaît dans les tribunaux russes. Des militaires revenus du front poursuivent leurs ex-compagnes pour récupérer l’argent qu’ils leur avaient laissé gérer pendant la guerre, rapporte Verstka. En analysant les bases des données judiciaires russes, le média indépendant russe a identifié au moins 54 actions en justice intentées par des anciens militaires pour un montant total de demandes qui dépasse 95 millions de roubles, soit un peu plus de 1 million d’euros. À lire aussi : Russie. Devant les tribunaux russes, la guerre en Ukraine sert d’excuse à tout Selon l’enquête, les jugements se multiplient : au moins 29 décisions ont déjà été rendues en 2025, alors que les premières affaires étaient apparues dès la première année de la guerre. “Aujourd’hui, ce que l’on voit le plus, ce sont les litiges autour des indemnités : les mères, les pères, les sœurs se déchirent au tribunal, explique un avocat de la région de l’Altaï, interrogé sous couvert d’anonymat par Verstka. Juste après, on a les demandes de reconnaissance de paternité pour les enfants de soldats tués au front. Et ce n’est qu’ensuite qu’arrivent les dossiers où ce sont les soldats eux-mêmes qui saisissent la justice.” “Ce libre accès à l’argent” Le mécanisme est souvent similaire. Avant de partir combattre, les soldats laissent à leurs épouses ou compagnes leur carte bancaire ou leur donnent procuration pour gérer les dépenses de famille. Lorsque la relation se termine, certains militaires exigent alors le remboursement de l’argent dépensé pendant leur absence, accusant leurs anciennes partenaires d’“enrichissement injustifié”. Ils affirment que celles-ci ont dépensé leur solde, leurs primes ou leurs indemnités sans leur accord. À lire aussi : Succession. Comment l’État russe s’emploie à constituer sa nouvelle nomenklatura “Tout vient de ce libre accès à l’argent. Elle s’est perdue par sa cupidité”, décrit ainsi à Verstka Pavel, habitant de la Crimée annexée, qui a gagné son procès contre Anna, son ex-femme. Après quatorze ans de mariage, ce chauffeur routier mobilisé en 2022 l’a poursuivie pour récupérer 900 000 roubles (environ 9 800 euros). Selon lui, son épouse aurait transféré cette somme sur son propre compte depuis sa carte bancaire, où arrivait notamment une indemnité de 3 millions de roubles (environ 32 800 euros) reçue après une blessure au front. Les juges donnent toutefois rarement raison aux militaires. Selon les calculs du média, ces derniers ne remportent qu’environ 35 % des procès. Les tribunaux rejettent souvent ces plaintes au nom de la “vie familiale”, considérant que l’argent profite au foyer avec l’accord tacite du soldat. C’est ainsi qu’à Kostroma, ville portuaire érigée sur les bords de la Volga, une demande d’un militaire a été refusée, le juge ayant estimé que les frais de mariage, de vacances et l’envoi de colis au front constituaient des dépenses communes. Ces procédures sont par ailleurs facilitées par la numérisation de la justice russe. Comme le note Verstka, un militaire peut aujourd’hui déposer une demande de divorce ou engager une action en justice directement depuis le front, grâce au système électronique des tribunaux et à l’identification par le portail des services publics. Il peut ensuite mandater un avocat ou un proche pour le représenter, les procurations étant parfois signées directement dans les unités militaires ou les hôpitaux. À lire aussi : Enquête. En Russie, les violences commises par des soldats de retour d’Ukraine se multiplient Ces affaires s’inscrivent dans un contexte plus large. Les paiements liés au conflit ont également donné naissance à d’autres phénomènes très commentés, comme celui des “veuves noires”, accusées d’épouser des soldats pour toucher les importantes indemnités versées après leur mort. Courrier international Vie de famille Europe Sur le même sujet Géopolitique. “Ce n’est pas nous qui avons commencé” : la presse russe dresse son bilan de quatre ans de guerre Société. “On nous ment à la télé” : des familles russes face à la propagande Société. En quête de “sang neuf”, l’armée russe pousse les étudiants à rejoindre ses rangs Reportage. Le difficile retour des soldats russes mutilés sur le front ukrainien Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Éditions Steinkis Tentez de remporter un exemplaire de « Les filles du Kurdistan » de M. Sauloy & C. Baloup aux éditions Steinkis (collection « Témoins du monde ») Je reçois ma bande dessinée → Éditions Drakoo Tentez de remporter un exemplaire de « Les enfants du bois » de Andrea Casaran aux éditions Drakoo. Je reçois ma bande dessinée → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article →
🔗 Lire l'article original
👁️ 0 lecture