● BFM Tech 📅 01/04/2026 à 18:56

"C’est plus long. Mais en fait, c’est ça que j’aime": entre besoin d’économies et de déconnexion, l’iPod fait son grand retour chez la Gen Z

Géopolitique
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20 ans après sa sortie, l’iPod est de nouveau à la mode. Selon Backmarket, les ventes du baladeur d'Apple sous toutes ses versions (Nano, Shuffle, Touch), ont augmenté de 30% sur la plateforme de reconditionné. Une nouvelle façon d'écouter la musique sans notifications ni distractions, parfois plus économique que les abonnements sur Spotify.Solène, 24 ans, sait qu’il n'est pas loin. Elle ne fouille pas au hasard. Elle vide le tiroir méthodiquement. Des câbles emmêlés, des tickets, un vieux journal intime. Même sa collection de coques d’iPhone est là. Elle s’impatiente un peu. Elle est sûre de l’avoir gardé.Soudain, elle le voit enfin. Coincé sous une boîte en carton. Son vieil iPod, rose, évidemment. Il est plus léger que dans ses souvenirs. Plus petit aussi. Elle appuie sans trop y croire. Mais comme par miracle, l’écran s’allume.Une hausse des ventes en reconditionnéQuelques secondes plus tard, la musique démarre. Pas de chargement. Pas de publicité. Pas d’écran qui s’interpose. Juste des chansons qui s'enchaînent. Elle redécouvre même certains artistes de son enfance, comme Jena Lee. Sur son lit, son téléphone s’illumine. Elle ne le touche pas. Car Solène n’est pas uniquement venue chercher un objet. Elle est venue chercher ce moment de déconnexion. "C’est une façon de s’évader. De poser son cerveau", nous glisse-t-elle.Depuis quelques mois, ces gestes se multiplient. Pourtant, l'objet a 25 ans. Lors de sa sortie en 2001, l'iPod marque une véritable petite révolution. L'appareil permet alors de stocker 1.000 chansons pour 399 dollars. Ses prédécesseurs, eux, ne pouvaient stocker que quelques dizaines de morceaux. Shuffle, Nano, Touch… Au fil des décennies, Apple a décliné son iPod en une vingtaine de versions, certaines capables de stocker des dizaines de milliers de chansons. D’autres moins, mais pour moins de 50 dollars.Et, alors qu’Apple fête ses 50 ans ce 1er avril, la Gen Z (entre 15 et 30 ans) ne redécouvre pas l’iPod par hasard. On le cherche. On le rachète. On le recharge. Le baladeur réapparaît progressivement dans les usages d’une génération qui a grandi avec les smartphones. Non pas comme une curiosité, mais comme une alternative.50 ans d'Apple : l'ancêtre de l'ordi personnel naissait dans un garage 12:41Pour preuve, selon Backmarket, les ventes de l’iPod, sous (presque) toutes ses versions (Nano, Shuffle, Touch), ont augmenté de 30% sur la plateforme de reconditionné. De son côté, Axios rapporte une hausse des recherches pour l'iPod Classic de 25% sur eBay entre janvier et octobre 2025, en comparaison à la même période en 2024.Il faut dire que la firme de Cupertino a stoppé la production du baladeur en 2022 pour se concentrer progressivement sur son produit phare, l’iPhone. Cette année-là, Apple en avait vendu environ 450 millions. Une seule solution, donc, pour les nostalgiques du baladeur… se ruer vers le reconditionné pour retrouver un objet emblématique de leur jeunesse.Si Apple n'a pas encore commenté cette tendance, Tony Fadell, un ancien cadre de l’entreprise qui a aidé a façonné l'iPod, estime que "les gens veulent du numérique qui n'est pas connecté", auprès du New York Times. Selon lui, s'il faut choisir entre "1.000 chansons dans sa poche ou une quantité illimitée de chansons mais avec 1.000 notifications par heure", alors les consommateurs ne choisiront pas la deuxième option.L’iPod (ré)apparaît donc comme un objet paradoxal. Ancien, mais parfaitement adapté à une inquiétude contemporaine: celle de ne plus réussir à se concentrer... ni même à se reposer. Dans les transports, dans les facs, les signes sont discrets. Un fil qui dépasse d’une poche. Un geste circulaire sur une molette. Mais la tendance n’en est pas moins importante."Mon cerveau se repose"C’est justement le choix qu’a fait Léa, 22 ans. "J’ai commencé à saturer. J’en avais marre de mon téléphone", nous a-t-elle simplement expliqué. "Pas juste des réseaux sociaux, mais de tout. Des notifications, des messages. Même la musique, qui est censée être un truc cool, ça devenait… envahissant. Je recevais une notif, je cliquais, puis une autre. Et au bout de cinq minutes je ne savais même plus ce que j’écoutais."Elle a acheté un iPod Nano d’occasion, "un peu sur un coup de tête". Ce qui change, d’abord, c’est le cadre. L’iPod ne permet qu’une seule fonction. Il ne propose ni messages, ni réseaux sociaux, ni flux infinis. Seulement de la musique, choisie à l’avance, transférée manuellement. Une contrainte qui, loin de rebuter, séduit.Les premiers jours, Léa tâtonne. Car posséder un iPod ne suffit pas. Encore faut-il réussir à télécharger des musiques sur le précieux appareil. Pour ça, il faut donc télécharger des musiques sur iTunes et synchroniser le baladeur. Soit en achetant un CD ou un vinyle pour en extraire les morceaux… soit en convertissant des fichiers depuis Youtube en MP3, une pratique souvent illégale lorsqu’elle ne respecte pas les droits d’auteur."C’est plus long, clairement. Mais en fait, c’est ça que j’aime bien." Aujourd’hui, elle s’impose des moments avec son nouvel objet fétiche. "Je pars marcher une heure, juste avec ça. Au début, j’avais le réflexe de chercher mon téléphone. Maintenant, beaucoup moins. (...) J’ai l’impression que mon cerveau se repose."De son côté, Hugo, 19 ans, étudiant en première année, ne parle pas de fatigue, mais de dispersion. "Je me suis rendu compte que je n’écoutais plus des chansons, mais des bouts de chansons", nous raconte-t-il. "Je zappais tout le temps."Crise de l’attentionIl a acheté un iPod Nano d’occasion après être tombé sur une vidéo sur Tiktok. "Au début, c’était presque un défi. Voir si j’étais capable de ne pas zapper", assure-t-il. Mais très vite, quelque chose change. "Comme tu as un nombre limité de morceaux et que c’est un peu compliqué de les télécharger, tu fais plus attention à ce que tu mets dessus. Et du coup, tu écoutes vraiment les sons." Il assure avoir redécouvert des albums entiers, laissés de côté depuis des années."Avant, je ne dépassais jamais la troisième piste. Maintenant, j’écoute jusqu’au bout. Ca m’arrive même d’écouter des albums en entier. Un peu comme ce que les parents faisaient lorsqu’ils avaient des vinyles ou des CD", souligne-t-il.Charger des morceaux, organiser ses playlists, accepter de ne pas avoir accès à tout... Toutes ces pratiques s’inscrivent à rebours des logiques dominantes. À l’ère des algorithmes, où tout est accessible immédiatement, certains choisissent de ralentir. "Quand j'écoute de la musique avec mon iPod, je ne sors pas mon téléphone toutes les deux minutes. Je regarde autour. Ça paraît bête, mais ça change tout", détaille-t-il.Les différentes générations d'Ipod d'Apple, du modèle classique au Nano. © Flickr - CC Commons - Colin HarrisIl y a, dans ce retour, quelque chose qui dépasse la simple fatigue numérique. Une forme de nostalgie, aussi. Morgane, 25 ans, en parle avec un léger sourire. "Je n’ai jamais eu d’iPod quand j’étais ado. C'était trop cher pour mes parents. Et puis j’ai récupéré le smartphone de mon frère donc ils n’en ont pas vu l’utilité", se souvient-elle pour nous. Elle l’admet, elle était un peu jalouse de ses camarades avec leurs écouteurs blancs pendus autour du cou.Un effet de modeAlors dix ans plus tard, elle a fini par en acheter un. "Ce que j’aime, ce n’est pas seulement écouter de la musique. C’est tout ce qu’il y a autour. Le fait de choisir, de classer, de prendre le temps." Au total, l'étudiante en droit a téléchargé une douzaine d’albums, allant de Nirvana à Lana Del Rey."C’est une nostalgie un peu inventée", reconnaît-elle. "Mais elle fait du bien. On a l’impression que tout était plus simple, moins stressant." Elle le compare avec les plateformes actuelles. "Aujourd’hui, tout est fait pour que tu consommes vite. Là, tu construis quelque chose", sourit-elle, avant d'admettre que l'appareil d’Apple est aussi une question de style.En effet, sur les réseaux sociaux, l’iPod devient aussi un objet à montrer. A intégrer dans une esthétique. Depuis plusieurs mois, de nombreux membres de la génération Z plébiscitent sur les réseaux sociaux un retour aux activités et aux modes de consommation des médias "analogiques", comme le tricot, la peinture, les DVD, les vinyles… et l'iPod, donc. Le but? S'éloigner des écrans et des algorithmes pour retrouver un apaisement mental.Le bonus RMC : Les vinyles ont de nouveau la cote ! - 18/03 1:36Des figures comme Addison Rae participent à cette mise en scène. La chanteuse a récemment fait la promotion de son single, Headphones On, à travers une série de vidéos montrant un iPod Nano de troisième génération. La star de Tiktok s’est même amusée à faire gagner à ses fans le précieux objet argenté. Mais derrière l’image sur les réseaux, il y a aussi un changement d'usage.Reprendre la mainMaxence, 21 ans, insiste sur un autre aspect: la frustration du streaming. Le jeune étudiant rêve de devenir musicien. Alors forcément, il écoute quelques morceaux assez "niches", admet-il. "J’avais des playlists entières où des morceaux disparaissaient", s’agace-t-il. "Pas souvent, mais assez pour que ça m’énerve."Certaines fois, lorsqu’il se rend sur Deezer, une chanson apparaît grisée. Un message lui indique alors que le titre n’est tout simplement "plus disponible". "Parfois, c’est une question de droits, parfois c’est juste une version qui change… mais au final, toi, tu perds le morceau", peste-t-il.Car sur les plateformes comme Spotify ou Apple Music, les catalogues évoluent en permanence, au gré des accords avec les maisons de disques. Un titre peut disparaître, être remplacé, ou devenir inaccessible selon les pays. Ainsi, la chanson Amnésie, de Damso, n’est pas disponible sur les plateformes. Même son de cloche pour Trust Issues, de Drake."Ca m’a fait réaliser que rien ne m’appartenait vraiment", poursuit-il. Il décide de "reprendre la main" sur sa consommation de musique. Il achète un iPod, récupère des fichiers, télécharge des albums… Tout ça, sur les bons vieux convertisseurs de fichiers en ligne."Ça m’a pris du temps. Mais au moins, je sais ce que j’ai. (...) Et c’est moi qui choisis ce que j’écoute. Je ne dépends pas d’un algorithme", tranche le jeune homme.Des économies… ou pasIl évoque aussi la question de l’argent. "Entre la musique, les films, les applis… ça finit par faire beaucoup. Là, j’ai payé une fois l’appareil. Ensuite, je suis libre de télécharger la musique que je veux." Même son de cloche pour Clara, 23 ans. À mesure que les abonnements s’accumulent, certains jeunes revoient leurs priorités et tentent de réduire la facture.L’étudiante en gestion locative a fait ses comptes en début d’année. "Entre la musique, les séries, le stockage… je payais sans vraiment m’en rendre compte. Ce n’est pas énorme à chaque fois, mais mis bout à bout, ça fait beaucoup. Environ 60 euros par mois", nous chiffre-t-elle. Elle décide alors de réduire. Elle résilie plusieurs services et surtout, rachète un iPod d’occasion, après avoir vu plusieurs vidéos d’iPod… sur Tiktok, évidemment. "J’ai payé une soixantaine d’euros sur Leboncoin. Et depuis, plus rien", note-t-elle. A condition, bien sûr, de télécharger la plupart des musiques via Youtube ou de miser sur ses vieux CD. En quatre mois, l’objet a été rentabilisé."Je n’ai pas accès à tout donc ça m'a obligé à choisir", nuance-t-elle. "Ça serait trop long de télécharger mes 4.000 titres likés sur Spotify. Donc il faut être plus sélectif et télécharger au fur et à mesure des envies. (...) Ce n’est pas une mauvaise chose. Juste une autre manière de consommer la musique."Seul hic… la tendance prend de l’ampleur. A tel point que les prix sur les plateformes de revente ont doublé, voire triplé. En 2025, certaines générations d'iPods se sont vendues environ 60% de plus en moyenne qu'en 2023. Certaines versions remises à neuf ont été mises en vente pour près de 600 dollars. A titre de comparaison, la plupart des modèles d'iPod grand public se vendaient entre 100 et 400 dollars dans les magasins de détail, en fonction de la génération et du stockage. Ainsi, l'emblématique iPod Nano 2006 deuxième génération a été commercialisé 159 dollars (et 159 euros) pour 2 Go de stockage.Bien sûr, le streaming reste ultra-dominant. Des milliards de titres sont écoutés chaque année, et rien n’indique un renversement massif. L’iPod ne remplace pas le smartphone. Mais le phénomène pourrait inspirer la firme de Cupertino. "Apple devrait simplement les ramener. Pas de la même manière. Je le ferais différemment. Je le rendrais moderne pour l'ère moderne", glisse Tony Fadell au New York Times.Solène, elle, a eu de la chance de retrouver son vieil appareil dans sa chambre d’ado. Grâce au baladeur, elle a réduit son temps d'écran de manière draconienne. La musique s’enchaîne. Elle ne saute plus les pistes. Elle écoute. Et c’est pour ça qu’elle est venue chercher son iPod. Pas pour se souvenir. Pas pour faire comme avant. Pour retrouver un peu de calme.Dossier : Apple a 50 ans, un demi-siècle d'innovation, de produits et de quelques ratés...Du garage de Jobs à l'Apple Park: 50 ans d'histoire d'Apple à travers ses lieux emblématiquesAirpower, Ping, Newton, Pipp!n et Macbook 12 pouces: Apple fête 50 ans d'innovations et de succès, parsemés de quelques échecs retentissantsEntre Apple et la Chine, presque 50 ans d’une relation complexe, marquée par la dépendance industrielle, les enjeux commerciaux et les tensions géopolitiquesLes plus lus"Nous terminons le travail": Donald Trump affirme que les États-Unis quitteront l'Iran "d'ici deux à trois semaines"Revalorisation de la prime d'activité, versement du chèque énergie, campagne de déclaration des revenus ... Tout ce qui change au 1er avril 2026Artemis 2: en quoi consiste cette mission qui emmène quatre astronautes vers la Lune?Main sur le but bosnien, carton rouge... 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