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📅 01/04/2026 à 11:03
L’IA est un "changement révolutionnaire pour l’armée": quel est son rôle et comment le Pentagone l’utilise-t-il dans la planification de ses opérations en Iran?
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Le président américain Donald Trump assiste à une cérémonie de passation de commandement au cours de laquelle l'amiral Karl Schultz succède à l'amiral Paul Zukunft à la tête des garde-côtes américains, au quartier général des garde-côtes américains à Washington, DC, le 1er juin 2018 - Photo par SAUL LOEB / AFPL’intelligence artificielle change la guerre. Du soutien aux opérations contre l’Iran à l’implication dans la capture de Nicolás Maduro au Venezuela, le Pentagone explore des technologies jugées "révolutionnaires" par les forces militaires, notamment les IA intégrées à Maven, la plateforme "intelligente" militaire. Mais quelle est l’ampleur réelle de leur utilisation sur le terrain?Depuis plusieurs mois, l’intelligence artificielle occupe une place de plus en plus importante au sein des forces armées dans le monde. Aux États-Unis en particulier, elle suscite de vives discussions au Pentagone, notamment autour des tensions entre l’administration américaine et l’entreprise californienne Anthropic, concernant l’usage de ses outils d’IA dans l’armée. Cette affaire met en lumière une question fondamentale: à quoi sert réellement l’IA militaire? À planifier, à attaquer, à bombarder? En réalité, un peu à tout cela à la fois."Dire que la période que nous traversons actuellement est bouleversante serait un euphémisme monumental. Chacun utilise ses propres analogies, mais je pense que ce à quoi nous assistons aujourd’hui est aussi significatif que la course aux armements nucléaires (...) Nous n’utilisons pas très souvent l’expression 'changement révolutionnaire' dans l’armée. Mais je pense que cela relève clairement de cette catégorie", a analysé le général James Rainey, qui a occupé le poste de commandant général de l’Army Futures Command de 2022 à 2025.Après l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par l’armée américaine, des sources gouvernementales ont indiqué au Washington Post que l’intelligence artificielle d’Anthropic, notamment son modèle Claude, avait été utilisée par des responsables du Pentagone pour analyser des éléments de renseignement et des scénarios opérationnels, soulevant un débat sur le rôle des IA dans la planification militaire.L’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro lors d’une cérémonie militaire à Caracas, le 4 août 2018 (photo d’illustration) © JUAN BARRETO / AFPDes médias rapportent également que, durant les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran débutées le 28 février, des outils d’IA ont contribué à la collecte de renseignements, à la sélection des cibles et à la planification des missions, accélérant certains processus à une vitesse inédite.Cette intégration de l’IA dans des opérations sensibles a intensifié les interrogations sur ses usages réels. Après une attaque au missile Tomahawk contre une école en Iran, ayant fait plus de 185 victimes civiles, principalement des enfants, des experts et observateurs ont souligné que des systèmes comme Claude sont de plus en plus impliqués dans des décisions opérationnelles cruciales, même si l’étendue exacte de leur rôle reste floue et suscite d’importantes controverses éthiques et politiques.Commandement, ciblage et frappesLe chatbot Claude fait partie du système intelligent Maven, issu d'un projet lancé par Google dans les années 2010 pour aider les analystes militaires à extraire des informations pertinentes de vastes flux de données vidéo. Après le retrait de Google en 2018, sous la pression de ses employés, l'entreprise Palantir a repris le développement et a obtenu en septembre 2024 un contrat de près de 100 millions de dollars sur cinq ans pour améliorer Maven.Le système actuel combine plusieurs modules: commandement et contrôle, renseignement sur les cibles, évaluation des dommages, et modèles d’IA spécialisés pour le renseignement géospatial.Le site spécialisé dans les actualités militaires, DefenseOne, rappelle que Maven remplit trois fonctions principales, à savoir générer des cibles, associer les munitions appropriées et évaluer les impacts des frappes, en croisant données ouvertes et données classifiées militaires. Claude, quant à lui, semble être un module complémentaire plutôt qu’un composant central de Maven.Un marin américain devant un avion F/A-18E Super Hornet, attaché à l'escadron de chasse 87, sur le pont d'envol du plus grand porte-avions du monde, l'USS Gerald R. Ford (CVN 78), le 2 mars 2026 © Photo par - / US NAVY / AFPIl n’effectue pas directement de ciblage, mais facilite la synchronisation des différents sous-systèmes et modèles d’IA, agissant comme une interface avancée pour simplifier le travail des opérateurs humains. Les fonctions de base de Maven, telles que l’évaluation des dommages ou la fusion de données, existaient déjà avant l’arrivée des modèles de langage comme Claude, qui viennent surtout renforcer l’efficacité et l’ergonomie du système."Le nombre de choses que nous pourrions savoir et que nos commandants ignorent est stupéfiant. Et je pense que nous pourrions rapidement (appliquer l’IA à ce domaine, NDLR) dès maintenant, car il n’est pas nécessaire d’être aussi précis que pour larguer une bombe dans une pièce. On atteint presque le même niveau de certitude pour se conformer au droit des conflits armés", a souligné le général James Rainey à nos confrères de DefenseOne.L'ancien cadre de l’US Army a expliqué avoir effectué une dizaine de missions entre l’Irak et l’Afghanistan, expériences qui l’ont confronté à ce manque de connaissances récurrent, un problème auquel sont confrontés les militaires américains déployés partout dans le monde. L’IA sert en quelque sorte à réduire le "brouillard de guerre", tout en coordonnant et en organisant les forces sur le terrain.Une "opération militaire" clé en mainPour comprendre l’usage de Maven dans le ciblage militaire, il faut d’abord saisir le processus lui-même. Selon The Economist, celui-ci se déroule étape par étape: un commandant sollicite des options de ciblage pour un scénario donné, puis les services de renseignement exploitent l’imagerie satellite, le renseignement électromagnétique et d’autres sources pour constituer une base de données comprenant des milliers de cibles potentielles, ainsi que des bâtiments "à ne pas frapper".Un "armurier" sélectionne ensuite les cibles en fonction des munitions disponibles, un avocat informe le commandant des conséquences possibles des frappes, et la Direction de la stratégie transforme ces données en plan de guerre, qui est ensuite converti en ordres de mission pour les unités opérationnelles.Maven se distingue par sa capacité à raccourcir certaines étapes: même si la sélection finale des cibles reste humaine, l’IA peut accomplir en quelques secondes un travail qui prendrait habituellement des heures ou des jours, permettant aux forces américaines de réagir plus rapidement que l’ennemi. "Le champ de bataille moderne est saturé de données. L’IA est indispensable pour les analyser et en tirer des décisions", résume le colonel Jeff Pickler, officier supérieur au sein de la 2nd Multi-Domain Task Force des forces armées américaines."Par exemple, la Russie a décidé d'envahir l'Ukraine en supposant que le sol serait gelé, car il l'était toujours à cette période de l'année. Or, il ne l'était pas. Une information totalement impossible à connaître. Je pense donc que nous pouvons utiliser de grands modèles de langage, l'IA et l'apprentissage automatique pour appréhender rapidement ces données", développe James Rainey.Si les États-Unis avancent à pas de géant dans le domaine de l’IA militaire, leur rival chinois n’est pas en reste: l’Armée populaire de libération (APL) déploie une guerre de "précision multidomaine", combinant IA, big data et exercices simulés pour identifier les vulnérabilités adverses.Entre 2024 et 2025, la Chine a intensifié ses efforts avec près de 350 contrats d’IA, couvrant véhicules autonomes, surveillance sous-marine, brouillage radar et cyberguerre, et grâce aux progrès des modèles linguistiques à grande échelle. En bref, Pékin vise à rattraper, puis dépasser, les États-Unis d’ici à 2027. La guerre de l'IA n'est donc pas terminée, et l'IA dans la guerre non plus.Dossier : Guerre en Iran et au Moyen-OrientGuerre au Moyen-Orient: le Royaume-Uni convie "35 nations" à une réunion sur la sécurisation du détroit d'OrmuzDIRECT. Guerre au Moyen-Orient: des frappes israélo-américaines menées sur des complexes sidérurgiques en IranLe revers est brutal en Allemagne: la prévision de croissance est divisée par plus de 2 par les principaux instituts (la France résiste mieux)Les plus lus"Nous terminons le travail": Donald Trump affirme que les États-Unis quitteront l'Iran "d'ici deux à trois semaines"Revalorisation de la prime d'activité, versement du chèque énergie, campagne de déclaration des revenus ... Tout ce qui change au 1er avril 2026Artemis 2: en quoi consiste cette mission qui emmène quatre astronautes vers la Lune?Main sur le but bosnien, carton rouge... 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