● Courrier International 📅 31/03/2026 à 20:32

“Nuestra Tierra”, un docu argentin qui explore avec brio les douleurs autochtones

Géopolitique
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“Nuestra Tierra” est un documentaire présentant une grande sensibilité esthétique. Il tire parti des paysages à couper le souffle de la province de Tucumán, dans le nord de l’Argentine, pour explorer l’histoire occultée des peuples amérindiens. Photo Météore Films Avec Nuestra Tierra [“Notre Terre”], c’est la première fois que [la réalisatrice et productrice argentine] Lucrecia Martel explore le genre documentaire. Pourtant, certaines thématiques de fond viennent recouper et même prolonger celles qui traversaient son dernier long-métrage de fiction, Zama [sorti en France en 2018]. Celle, en particulier, du racisme. Le documentaire [sorti au début du mois de mars en Argentine] s’intéresse à l’assassinat de Javier Chocobar, dans la province de Tucumán. L’homme était un chef chuschagasta, une communauté amérindienne appartenant au peuple diaguita, qui vit dans cette province du nord de l’Argentine. Ironie du sort, son assassinat a eu lieu à la date emblématique du 12 octobre 2009, et le procès n’a touché à son terme qu’une décennie plus tard [le 12 octobre est la date de l’arrivée de Christophe Colomb sur le continent et du début de sa colonisation espagnole, au cours de laquelle beaucoup d’hommes sont morts en tentant de défendre leurs terres ancestrales ; il est désormais célébré en Argentine comme “journée du respect de la diversité culturelle”, au cours de laquelle un hommage est rendu aux traditions des peuples natifs]. À lire aussi : Interview. Au FIFDH, à Genève, rencontre avec deux Péruviens qui font rimer cinéma avec quechua Parmi les accusés se trouvait Darío Luis Amin, porteur d’un projet d’exploitation minière sur les terres occupées par la communauté, et dont celle-ci revendiquait depuis des années la propriété légale. À ses côtés, deux anciens policiers qui l’accompagnaient au cours de cette journée fatale, Luis Humberto Gómez et José Valdivieso. “Dieu est-il témoin de tout cela ?” Rompant avec le cinéma habituel de Lucrecia Martel, le documentaire s’ouvre sur des images satellite de la Terre vue de l’espace. La séquence se poursuit avec des vues de drones et de caméras qui plongent dans l’environnement rural où vit la communauté chuschagasta, et s’achève sur un match de football féminin. D’une certaine manière, il part du général pour s’approcher du particulier, du céleste au plus terre à terre. Et il ne s’agit pas de la seule dichotomie établie par la réalisatrice, qui alterne entre le registre du procès, celui des témoignages de proches du militant Chocobar, et enfin un enregistrement vidéo qui a fait office de pièce à conviction : la confrontation entre Amin et les siens, d’une part, et Chocobar et sa communauté, d’autre part, qui a conduit à la mort du chef. Nuestra Tierra, avec un t majuscule, est un documentaire qui traite aussi bien des problématiques de la justice que du manque d’intérêt pour les communautés amérindiennes. À lire aussi : En salle. “La Fleur de Buriti”, un film au cœur de la résistance du peuple krahô en Amazonie On dit qu’il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, et la ligne de défense des ex-policiers se passe effectivement de commentaires. Ils affirment que “l’État argentin les a entraînés” à répondre par des tirs, alors que Chocobar et ses compagnons se sont défendus, comme ils le racontent eux-mêmes, à l’aide de bâtons et de pierres. Dans une séquence, on voit même la veuve de Chocobar au bord de la supplique : “Dieu est-il témoin de tout cela ?” À gauche, l’ancien policier José Valdivieso, lors de son procès pour le meurtre de Javier Chocobar, en 2009. À droite, un témoin de la communauté autochtone chuschagasta. “Nuestra Tierra” alterne entre les images d’archives, les entretiens et les prises de vues dans le prétoire. Photo Météore Films Le film sert de témoignage, et Martel prolonge le suspens jusqu’à la toute fin du procès, lorsque l’on saura si les accusés sont condamnés ou non (ce que nous ne dévoilerons pas ici, malgré le fait que la décision de la justice ait été rendue publique) et les événements qui s’ensuivent. La sensibilité de la réalisatrice, originaire de la province de Salta [dans le nord du pays], s’incarne et se laisse deviner dans des séquences qui peuvent paraître anodines, mais qui viennent sublimer le récit avec le brio auquel elle nous a habitués. Courrier international est partenaire de ce film. Pablo O. Scholz Lire l’article original Cinéma Peuples autochtones Amériques Sur le même sujet Documentaire. 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La relation se brise à partir de 2008, lors d’une tentative avortée de rachat du média par Néstor Kirchner. De plus, les Kirchner estiment que Clarín ne soutient pas suffisamment la campagne présidentielle de Cristina Kirchner, qui arrive à la présidence en 2007, ni les premières élections législatives de 2008, que le kirchnérisme finira par perdre. Depuis, les Kirchner sont ouvertement en guerre contre tout le conglomérat. Parmi quelques batailles, la persécution pour prouver que les fils adoptés de la propriétaire du groupe, Ernestina Herrera de Noble, étaient des “enfants volés” pendant la dictature, une théorie qui s’est révélée fausse. Ou aussi celle qui a été appelée “la mère de toutes les batailles” : la fameuse loi de l’audiovisuel lancée par le gouvernement Kirchner et finalement approuvée en 2013, après quatre ans de labyrinthes judiciaires, avec laquelle le gouvernement Kirchner a cherché à dissoudre le pouvoir du holding en limitant ses concessions. Le site existe depuis 1996. Outre la possibilité de lire l’ensemble des articles de la version papier et des suppléments de fin de semaine, il propose un fil d’information continu. Particulièrement complète, la page est enrichie de liens vers les différentes publications du groupe. Lire la suite Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. 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