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📅 31/03/2026 à 11:09
“Il n'y a plus de gasoil, il n'y a plus rien” : pénurie de carburant en France, 1057 stations à sec, la crise s'emballe
Géopolitique
👤 Aymeric Geoffre-Rouland
“Il n'y a plus de gasoil, il n'y a plus rien” : pénurie de carburant en France, 1057 stations à sec, la crise s'emballe Par Aymeric Geoffre-Rouland Publié le 31/03/26 à 11h09 Nos réseaux : Suivez-nous Commenter 6 En mars 2026, le prix du gazole a bondi de 50 centimes en un mois. Aux pompes, la tension est palpable.© Rabizo Anatolii"Je voulais mettre mon plein de gasoil, là, je suis en fonds de réserve, mais il n'y a pas moyen, il n'y a plus de gasoil, il n'y a plus rien”, expliquait un automobiliste en région parisienne au 20 heures de France 2, le 30 mars. Et en effet, la situation s'est dégradée à une vitesse que peu d'observateurs anticipaient.En l'espace d'un mois, le nombre de stations-service en rupture de stock est passé d'une soixantaine fin février à près de 800 le lundi 30 mars, confirmées par le JT de France 2, et déjà plus de 1 000 aujourd'hui selon les données compilées par prix-carburant.eu. Le gazole concentre l'essentiel des tensions : au 30 mars à 18 h, 10,4 % des quelque 9 864 stations répertoriées en France ne pouvaient plus en fournir, d'après le site essencepascher.fr.Nombre de stations-service en rupture de stock en France sur le mois de mars 2026. La courbe reste stable autour de 200-350 jusqu'au 25 mars, avant une envolée brutale qui culmine à plus de 1 100 stations le 30 mars. Au 31 mars, 1 057 stations sont encore à sec.© penurie-carburant.frLa Haute-Garonne, les Bouches-du-Rhône et la Gironde figurent parmi les départements les plus touchés, mais la Seine-Maritime, le Bas-Rhin, le Nord et le Loiret subissent eux aussi des difficultés notables. Les consommateurs qui cherchent le carburant le moins cher se déroutent vers ces stations qui ne peuvent pas, en termes de stockage ou en termes de délai d'approvisionnement, absorber toute cette clientèle.Le prix moyen du litre de gazole a atteint 2,1888 euros cette semaine, un niveau jamais vu depuis 1985, selon les données relayées par Le Figaro. L'envolée représente environ 50 centimes de hausse depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février, et 8 centimes sur la seule dernière semaine.Le SP95-E10 reste plus contenu, autour de 1,97 euro en moyenne, mais la tendance reste haussière. Il faut aussi compter avec la hausse des certificats d'économie d'énergie (CEE), passés de 11 à 16-17 centimes par litre depuis le 1er janvier 2026, un facteur structurel indépendant de la conjoncture pétrolière.Prix moyens nationaux des carburants au 31 mars 2026 à 10h30. Le gazole atteint 2,238 euros/L, le SP95 franchit les 2 euros, seul le E85 reste sous le seuil d'un euro.© prix-carburant.euTotalEnergies, piégé par son propre bouclier tarifaireLe mécanisme est presque contre-intuitif. Le 13 mars, TotalEnergies annonçait le plafonnement du prix de l'essence à 1,99 euro/L et du gazole à 2,09 euros/L dans ses 3 300 stations métropolitaines, y compris sur autoroute. Le groupe avait initialement promis, en début d'année, de maintenir un plafond unique à 1,99 euro pour tous les carburants sur l'ensemble de 2026. Le conflit au Moyen-Orient et la flambée du diesel importé ont rendu cet engagement intenable.Le communiqué de TotalEnergies.© TotalEnergiesL'écart entre le tarif plafonné de TotalEnergies et le prix moyen national (plus de 2,18 euros pour le gazole) a déclenché un afflux massif d'automobilistes vers ses pompes. Les stations du groupe, dimensionnées pour un flux normal, n'ont pas pu suivre. Résultat : fermetures temporaires en cascade, files d'attente interminables, et dans certains cas un rationnement à 10 litres par personne, comme à Poitiers. à lire également :1NEWS : Applis et logicielsHausse du carburant : 3 applications gratuites indispensables pour trouver les stations les moins chèresAvec les prix du carburant qui repartent à la hausse, voici les meilleures applications mobiles gratuites pour trouver la station essence... il y a 20 jours Ce 31 mars, le plafonnement expire pour les clients disposant d'un simple contrat énergie chez TotalEnergies. Seuls ceux cumulant un contrat d'électricité et de gaz conserveront un plafond privilégié de 1,94 euro/L jusqu'au 16 avril, date à laquelle il sera relevé à 1,99 euro/L. L'accès à des prix plafonnés devient donc un levier commercial conditionné à une double souscription, ce qui ne manquera pas d'agacer."Avec 7,5 milliards d'euros, qu'est-ce qu'on fait ? On subventionne l'ensemble des énergies renouvelables sur tout le territoire français, on équipe en véhicules électriques de nombreuses professions” explique Nicolas Goldberg, expert énergie chez Columbus Consulting et Terra Nova, à Public Sénat. Un diesel hors norme autorisé par décret, et un détroit toujours bloquéFait très révélateur de la gravité de la situation : le 26 mars, une décision publiée au Journal officiel a autorisé, à titre exceptionnel, la vente d'un gazole dont la résistance au froid est limitée à 0 °C, contre -15 °C en temps normal.Il s'agit concrètement d'un diesel d'été, mis en circulation plus tôt que prévu pour gonfler les volumes disponibles. Bercy estime que cette mesure permet d'augmenter de 20 % la production de gazole sur le site de Rhône Énergies, à Fos-sur-Mer. La dérogation expire ce 31 mars, sans prolongation annoncée à ce jour. Pour les conducteurs circulant en altitude ou dans des zones encore exposées au gel, ce carburant présente un risque réel de cristallisation et de panne. Il ne s'agit pas de pallier des problèmes d'approvisionnement, mais bien de mettre davantage d'hydrocarbures en circulation, de participer à la stabilisation du marché, mais aussi de renforcer notre souveraineté énergétique.En toile de fond, la cause première reste géopolitique. La France importe 51 % du gazole qu'elle consomme, dont 29 % en provenance directe du Proche-Orient. Le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, par où transitent habituellement 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, a provoqué une hausse d'environ 60 % des cours du brut. Le Brent a franchi les 100 dollars le baril dès le 11 mars. Tant que ce verrou maritime reste fermé, la pression sur le diesel européen ne faiblira pas.Le gouvernement maintient qu'il n'y a pas de risque de pénurie "généralisée", s'appuyant sur la diversification des sources d'importation et les stocks stratégiques. Mais entre les stations à sec, le rationnement local, un diesel dégradé vendu par dérogation et des plafonds tarifaires qui s'effritent, la notion de "contrôle" de la situation demande une certaine souplesse sémantique. à lire également :23NEWS : Voiture électriqueHausse du carburant : comment calculer vos économies réelles en passant à la voiture électriqueAlors que le coût des carburants flambe, certains automobilistes pourraient être tentés par la voiture électrique. Voici comment calculer... il y a 15 jours Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.
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